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	<title>Calie C11-C20 Archives - Le ciel et la Terre se parlent</title>
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	<title>Calie C11-C20 Archives - Le ciel et la Terre se parlent</title>
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		<title>C20 &#8211; Jour 21 &#8211; Mea-culpa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 07:23:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Aaron révèle à Élise un message bouleversant de Calie. Dans son message, Calie remercie Aaron, confie sa tristesse, ses regrets envers sa sœur Hope, et [&#8230;]</p>
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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aaron révèle à Élise un message bouleversant de Calie. Dans son message, Calie remercie Aaron, confie sa tristesse, ses regrets envers sa sœur Hope, et son amour intact pour sa mère. Élise pense que Calie continue d’exister d’une certaine manière, et cherche à réparer ce qui a été brisé. Hope, assiste à la scène, et s&rsquo;interroge sur la capacité de la conscience à voyager entre les dimensions.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="Aaron remet une lettre à Calie écrite de la main de Élise." class="wp-image-3864" style="aspect-ratio:4/3;object-fit:cover;width:1010px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="eager" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/03/Aaron-Calie-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quatre jours se sont écoulés sans évolution majeure dans les affaires de chacun. Ce mail arrivé tôt ce matin, envoyé par la maman de Aaron, va sans doute bousculer ma routine matinale&nbsp;! Avant même de le lire, je sens déjà l’émotion prendre le dessus. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Email <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;De : Mrs Moore <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Objet : Calie <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À&nbsp;: Dr Élise Ioannis<br><br>Chère Docteur, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aaron semble avoir retrouvé un peu de joie de vivre, sans pour autant être moins sollicité par ses rencontres avec les esprits. Le voir aller beaucoup mieux, et gagner en confiance, je m’interroge sur l’attitude que je dois à présent lui témoigner. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’esprit de votre petite Calie semble actuellement bien le préoccuper. Au cours de leur dernière rencontre, Aaron a eu la présence d’esprit de répéter tout ce qu’il entendait dans le dictaphone de son téléphone. Quelques heures plus tard, en le voyant transpirer à vouloir retranscrire par écrit ce qu’il avait enregistré, je me suis permise de lui servir de secrétaire. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voici donc, à quelques virgules près, la retranscription fidèle d’un message qui vous est adressé. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lettre de Calie pour vous, <br> <br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Très chère Maman, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aaron s’est très bien acquitté de sa mission. C’est un petit garçon épatant, courageux, à la très belle sensibilité. Dommage qu’il ait encore peur de ce qu’il voit, car sans le savoir, il fait un bien énorme à des gens&#8230; comme moi. Grâce à lui, on partage une apparence, et parfois même, quelques mots. Il me permet d&rsquo;exister, vraiment. Ou du moins, il me sauve de l&rsquo;oublie. Parle-lui toi. Il t’écoutera avec beaucoup moins de méfiance qu’il en a envers moi, ou d’autres… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ta lettre m’a touchée&#8230; beaucoup. Elle m’a aussi rassurée. J’avais deviné que ce qui clochait chez toi était grave, suffisamment pour expliquer ton absence. Tu as choisi de partir, mais moi, je n’ai pas choisi de rester seule avec Papa… Parce que je n’ai toujours pas compris cette injustice, j’ai le cœur lourd, souvent, je l’avoue, mais je m’efforce de rester positive. L’amour reste bien plus léger à porter que la rancœur. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’ignorai tout de ce qui s’est passé à ma naissance. C’est en t&rsquo;entendant le révéler à Hope que… la honte m’a submergée… Je me suis complètement plantée sur elle. Je regrette tellement mon comportement… Ce n’est pas juste ce qu’il lui est arrivé. Ce n’est pas juste non plus ce qu’il nous arrive. C’est triste, super triste même. Je n’aurais sans doute pas autant cherché, toute ma courte vie, celle qui manquait tant dans mon paysage affectif. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je comprends à présent l’évidence de ma rencontre avec Éléonore. Loin de vouloir renier mes sentiments pour elle, j’aurais dû grandir avec Hope, ma sœur, et l’aimer tout autant. Nous aurions partagé ton amour, à parts égales. Quel tragique malentendu&nbsp;! Que de beaux sentiments gâchés et de temps perdu&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Elle aussi a été privée de sa gémellité. Je ne peux pas retenir mes larmes. Je suis nulle&#8230; mon attitude à son égard est méprisable. Comment m’excuser… m’excuser d’avoir si peu vécu, que son sacrifice n’ait servi que douze trop petites années, c’est tout&nbsp;!… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des pensées super sombres me traversent l’esprit… Comment réparer&nbsp;? Que peut-on lui offrir d’aussi somptueux, que ce qu’elle m’a déjà donné… <br> <br>&nbsp;Maman, à quoi sert l’amour sinon qu’à nous rendre si triste&nbsp;??? <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Continue de m’écrire, je t’aime Maman. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie</em> <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voilà, veuillez accepter mes excuses pour cette petite intrusion dans votre vie privée. Je vous souhaite beaucoup de courage pour traverser ces moments, que je devine bouleversants. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je vous remercie encore, d’avoir su rendre à mon fils le sourire qu’il avait perdu depuis si longtemps. Si je peux encore aider d’une façon ou d’une autre, n’hésitez pas. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Amicalement <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Émilie Moore </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie, ma petite fille tu n&rsquo;es pas nulle&#8230; Loin de là. Tu as du cœur&#8230; moi aussi je t&rsquo;aime. Écris-moi encore, parle-moi&#8230;<br> <br>Hope &#8211; Élise <br> <br>– Tu crois que j’suis définitivement prisonnière, comme elle&nbsp;? Moi je serais coincée dans ta tête, et elle à son hôpital avec Aléïc&nbsp;? Si c’est l’cas, comment arrive-t-elle à v’nir t’espionner aussi facilement. J’peux apprendre, tu crois, à voyager dans c’te dimension, pareil ? <br>– Je n’en sais rien ma chérie… Je n’ai malheureusement pas de mode d’emploi. Je suppose qu’elle ne quitte pas l’endroit où elle est. Je pense que c&rsquo;est notre sensibilité, à Aaron et moi, qui lui sert de chemin pour voyager jusqu’à nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>C19 &#8211; Jour 17 &#8211; Consultation ésotérique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 10:05:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Élise tente une séance spéciale avec le jeune Aaron, lorsque surgit Hope. Contre toute attente, Hope trouve les mots pour rassurer Aaron. Hope en profite [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Élise tente une séance spéciale avec le jeune Aaron, lorsque surgit Hope. Contre toute attente, Hope trouve les mots pour rassurer Aaron. Hope en profite pour conseiller à sa mère d’écrire une lettre pour réparer le lien brisé avec sa fille Calie. Elle rejette en revanche la proposition de sa mère, affirmant vouloir garder son identité actuelle en attendant un nouveau départ — peut-être un jour sur Terre&#8230;</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="Élise tente avec Aaron de rentrer en contact avec sa fille Calie dans l'au-delà. Hope vient troubler la séance." class="wp-image-3775" style="aspect-ratio:1.3393039237419642;width:887px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/02/0Bureau-EAH3-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sam conduit son bus, avec un sourire permanent aux lèvres, qu’il doit garder même en dormant. Sa bonne humeur affichée accentue ses rides, mais lui confère une insolente sympathie, à remonter le moral à un déprimé proche d’en finir. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je m’installe sur la banquette du fond comme à mon habitude. Déformation professionnelle ou pas, j’aime observer les gens, analyser leurs attitudes, et chercher à reconnaitre des comportements caractéristiques. À partir de cette rapide évaluation, mon imaginaire prend souvent le relais et leur invente des vies qui leur correspondent… Ma routine quotidienne a bien besoin d’un peu d’extraordinaire, pour en briser la monotonie&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’histoire que raconte Aléïc à Calie, elle, semble bien ancrée dans la réalité. Elle aussi a le mérite de me transporter loin du boulot. J’imagine tellement bien Calie et son père dans la même situation conflictuelle&nbsp;! J’espère de tout cœur qu’elle et lui vont pouvoir s’en inspirer, que la magie va opérer, et qu’une «&nbsp;Happy end&nbsp;» sera écrite. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le bus ralentit, s’arrête, et me ramène dans ma réalité. Sans plus avoir à demander l’arrêt, Sam me dépose devant l’hôpital. Je le remercie d’un sourire sincère, espérant au passage lui gratter un peu de sa positive attitude. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’emprunte l’ascenseur pour atteindre mon étage, repoussant, toujours et encore, ma résolution d’offrir à mon corps le raffermissement musculaire généralisé qu’il me réclame, en acceptant de monter quelques marches. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les portes s’ouvrent, j’avance droit devant, les yeux baissés désormais, anéantissant ainsi toute chance à ce couloir mutant d’installer en moi une névrose phobique permanente. Ma neurotransmission cérébrale&nbsp;est définitivement victime d’une surconsommation de caféine&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je reçois Aaron, en première consultation de la matinée.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise &#8211; Aaron</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– Bonjour Aaron. <br>– Hi Ma’am ! <br>– Aujourd’hui, nous allons faire une séance un peu spéciale. On va s’occuper de ton angoisse de la dernière fois, tu te souviens&nbsp;? En se quittant, je t’avais promis que nous allions parler à Calie. Et bien, si tu es d’accord, c’est ce que nous allons tenter de faire maintenant. Ça va, tu n’as pas trop peur&nbsp;? <br>– No Ma’am, vous êtes là&nbsp;! <br>– Alors je t’explique comment on va procéder. Mais auparavant, il faut que je te révèle une chose très importante. Une chose… Une chose que je croyais oubliée mais qui est revenue… bien trop tard. Calie a une sœur, et… <br>– …Elle est là&nbsp;! C’est Hope&nbsp;? C’est elle&nbsp;? Elle est là… assise à votre bureau. Elle est plus grande que Calie, mais elle lui ressemble. <br>– Hope, tu es là&nbsp;? Comment est-ce que… <br>– Salut Aaron. Wahou, t’es l’premier à voir mon apparence, la vraie, j’veux dire. J’finissais par croire que j’n’étais qu’des mots sur du papier. Bien heureuse de n’pas avoir l’aspect d’la dernière chose vivante qu’j’ai pu être. En r’vanche, ne m’demande pas d’expliquer comment ça marche, tout comme toi, j’découvre. &lt;br– Hope, ma chérie, fait un effort de prononciation, ou parle lui en anglais, si tu veux qu’il te comprenne&nbsp;! <br>– Ah, oh yes&nbsp;!! Excuse me buddy&nbsp;! You’re such an amazing little boy. Don’t worry, be happy, Hakuna Matata, you’re ok ? <br>– …yep ?… <br>– Hope, nous sommes là pour tenter de parler à Calie, puisque tu es là, penses-tu… <br>– …Genre séance de spiritisme, Calie es-tu là&nbsp;? C’n’est pas un peu relou ça&nbsp;? <br>– Oui, non, en fait, je comptais aussi un peu sur toi. Te demander… <br>– … Bien essayé, mais non&nbsp;! Ça m’saoule qu’on s’serve de moi sans s’préoccuper de c’que j’ressens. De ce que ça m’fait d’apprendre que j’ai grandi dans l’ombre de ma sœur. Qu’avant d’lui demander quelque chose, il faudrait peut-être, avant tout, s’présenter l’une à l’autre. Laisse-moi réécrire mon histoire avec Calie… Demande-lui toi-même ton truc&nbsp;! Sinon, si la lâcheté n’t’étouffe pas, d’mande à Aaron. L’investir d’une telle mission l’rassurerait. Il n’se retrouverait pas comme à chaque fois la peur au ventre, sans rien avoir à lui raconter… Et à propos d’son problème, moi j’ai un message pour lui. <br>– Hey Aaron, my friend. Bring your ear closer, I have a secret to tell you. I have a very important message for Calie. If she no longer wants her body, and her soul has to be replaced, I volunteer. Can you do that for me, Hakuna Matata ? <br>– Sure ! <br>– Et bien, tu as trouvé la formule magique pour le faire sourire… Que lui as-tu dis exactement&nbsp;? <br>– Hakuna Matata ?!!! <br>– Ma’am, Hope est super cool&nbsp;!…</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Hope me défit, mais le sourire de Aaron fait plaisir à voir. C’est la première fois que je le sens ainsi, apaisé, presque joyeux. L’instant est si magique, que je préfère écourter la séance, pour le laisser profiter de cet état de grâce un peu plus longtemps. Sur les conseils de Hope, je vais l’écrire, cette lettre, à Calie, et je demanderai à mon petit messager préféré s’il veut bien la lui remettre.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;<em>&nbsp;&nbsp;Calie ma fille, mon cœur, </em></p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je t’entends parler, parfois seule, parfois avec Aléïc ou à ton père, à qui pourtant le son de ta voix ne parvient pas. Mais à moi, il ne reste que ton silence. Ce silence cruel où mes doutes et mes regrets murmurent sans cesse. </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je comprends ta tristesse et ta révolte. Te sentir abandonnée est une douleur légitime. Te voir si malheureuse et en colère renforce ma culpabilité déjà trop lourde à porter. On ne guérit jamais totalement des blessures passées, j’en sais quelque chose, au mieux on apprend à vivre avec. </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je souhaite tellement te voir heureuse, et libérée de ces chaines qui te retiennent ici. L’amour que ton père et moi te portons peut paraître étouffant, mais il est sincère, et tu n’arriveras pas à nous forcer à moins t’aimer. </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu peux alors comprendre combien j’étais anéantie et vulnérable après ton départ. Hope… Oui, elle est entrée dans ma vie parce que je te sentais encore là, près de moi. J’ai cru que ton esprit me hantait, que nous étions connectées, jusqu’à m’avouer que ce n’était qu’une hallucination. Mais c’était trop tard, mon imagination galopante voulait te retrouver, te recréer, et je n’ai pas eu le courage de repousser cette douce jeune fille, dont j’avais tant besoin pour me consoler. Ainsi est née Hope, celle à qui tu reproches d’avoir pris ta place. </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La vérité est toute autre&nbsp;! Elle va une fois de plus surprendre, et faire mal. Hope est ta sœur&nbsp;! Les traumas psychologiques morcèlent parfois la réalité, pour en éliminer les moments les plus pénibles. Puis un jour, tous les fragments de souvenirs se réassemblent, pour enfin recréer le vrai fil de l’histoire. Voici la tienne. Avec Hope vous partagiez le même ventre, le même début de vie. Nous… Nous avons été contraints de lui dire aurevoir pour que tu puisses vivre. Elle t’a laissée la place. Mais son corps astral, lui, est resté&nbsp;! Depuis tout ce temps, son âme a grandi en moi, dans ton ombre. À travers elle je te voyais, et l’amour que je lui donnais t’était toujours destiné. Je comprends à quel point cela a dû te blesser. Être comparée, te sentir éclipsée… Mais pour elle aussi, c’est le drame de toute son existence. Elle n’a jamais eu d’identité propre. Il n’y a rien de pire&nbsp;! Peut-on encore réparer&nbsp;? </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie, nous avons toutes les trois des blessures à guérir. Le passé est figé, mais l’avenir… l’avenir est entre nos mains. Il ne tient qu’à nous d’essayer de le rendre meilleur, ou pas. </em><br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie, Hope, vous êtes mes filles chéries. Ensemble soyons fortes, soyons unies, soyons une vraie famille. </em></p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je vous embrasse toutes les deux très affectueusement. </em></p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Maman</em></p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Hope &#8211; Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– Vous aviez déjà choisi un prénom pour moi, avec Serge… avant qu’je cède la place&nbsp;? <br>– Hélas, non. Avec ton père, on a cru que… qu’effacer ce moment de notre mémoire nous aiderait à supporter ton départ. C’était une erreur, égoïste, je le sais aujourd’hui. Mais oui, tu mérites un vrai prénom maintenant, un prénom qui te définisse pleinement. Que dirais-tu qu’on en discute ensemble, en famille ? <br>– Plus tard, M’man. Ce prénom… j’aimerais qu’il symbolise un changement profond chez moi. Pour l’instant, Hope, c’est moi. Ça m’suffit. J’le garde… jusqu’à c’que mon rêve devienne réalité. <br>– Ton rêve ? <br>– Celui d’un nouveau départ. Un jour peut-être&#8230; sur Terre !</p>
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		<title>C18 &#8211; Jour 16 &#8211; Dialogue de sourds</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 17:01:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>   Élise explore la page de Calie reprise par Rebecca, et tente de la convaincre de lancer son propre site web. Un échange de lettres ravive [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>   Élise explore la page de Calie reprise par Rebecca, et tente de la convaincre de lancer son propre site web. Un échange de lettres ravive le conflit profond entre Calie et son père autour de sa “renaissance” et de la science. Blessée par les mots culpabilisants de son père, Calie exprime sa colère et son besoin d’être entendue, implorant qu’on respecte son combat et son identité. En parallèle, l’histoire de Dan et Flo montre qu’un mur peut tomber grâce à l’amour et au dialogue, laissant entrevoir qu’une réconciliation reste possible.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="Dan trouve un moyen radical pour communiquer avec sa fille" class="wp-image-3671" style="aspect-ratio:4/3;object-fit:cover;width:884px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/02/0Dan-Flo-Mur-1-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J‘ai les yeux secs, et irrités. À peine réveillée, et dans l’obscurité de la nuit, je les agresse à la lumière bleue de mon téléphone. Sans doute également irradiée par son signal WIFI capté plein pot, je cherche la page Facebook de Calie, revisitée par Rébéca. Je quitte la chambre en quête d’un horizon qui dépasserait la taille d’un écran de cinq pouces. Je persiste alors dans la cruauté oculaire, en ouvrant mon ordinateur, et en recevant une intensité de lumière encore plus importante&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’heure affichée sur le micro-onde refusant de me bousculer ce matin, les gestes réflexes assurant une routine bien huilée sont à la traine. L’esprit préoccupé davantage par mes mots de passe que par la cafetière, la page Facebook de Calie apparaît enfin. Une photo représente un désert aride, sur laquelle un slogan contraste dans un ciel orageux, affichant d’entrée la couleur&nbsp;: «&nbsp;Ma planète est toute cassée, aidez-moi à la reconstruire&nbsp;». En médaillon, le visage de Calie illumine toute la page. Elle est belle comme un ange. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Son intro, en revanche, affiche clairement l’intention de ne pas se mettre en avant&nbsp;: «&nbsp;Je n&rsquo;existe pas, ne me cherchez pas, je ne suis qu&rsquo;une poussière d&rsquo;étoile, qui voyage à travers l’univers !&nbsp;». Rebecca doit chercher ainsi à décourager toute tentative de rentrer en contact avec la véritable Calie. Les thèmes abordés dans les articles postés s’articulent autour de la protection de la nature, les pensées inspirantes de grands personnages, et la psychologie en général. L’ensemble dessine un profil à la personnalité hybride, avec une belle harmonie des personnalités entre elle et Calie. Bien que tout soit cohérent et plutôt bien fait, je suis perplexe. L’idée d’origine, qui devait faire de cette page le relai des idées pour lesquelles Calie se battait, est un peu diluée par la sensibilité de Rebecca. Personnellement, j’apprécie cette douceur et ce côté humain qu’elle apporte, qui s’opposent aux slogans souvent agressifs d’une vision pessimiste et déprimante de l’avenir. Seulement, sommes-nous toujours dans la même optique de départ&nbsp;? Pour approfondir mon exploration, j’ose cliquer sur un lien qui me permet d’envoyer un message à l’administratrice de cette page d’accueil. <br> <br>– Hi Becky, ton travail est remarquable. Je suis séduite autant par le design que par le contenu. Je retrouve à la fois Calie avec ses idées, et toi, avec toute ta sensibilité. L’ensemble est harmonieux et agréable à regarder. Sincèrement, tu as toute la compétence pour lancer ton site à toi toute seule… <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Moins d’une minute après avoir envoyé le message, la réponse de Rebecca tombe sur mon Messenger. <br> <br>– Nah… Même pas dans mes rêves&nbsp;! Sans m’en rendre compte, Calie m’aide à passer par-dessus mes gros blocages. À travers elle j’parle aux gens, enfin. C’est elle, mais c’est moi aussi… J’sais pas comment t’dire… Je suis à nouveau visible, mon physique n’est pu un handicap. <br>– Becky, tu serais à côté de moi, je te caresserais le visage tellement tu oublies que tu es jolie. Tes rougeurs ne seront jamais définitives et tu le sais, tes yeux sont magnifiques… <br>– Flattez moi, ça changera rien. C’que j’vis est comme une renaissance. J’découvre la vraie vie. À travers Calie, on s’intéresse à moi, j’interagis avec les autres… J’existe enfin&nbsp;!!! <br>– Becky, je suis heureuse de voir naitre en toi ce tout nouvel enthousiasme. Garde toutefois en tête que Rebecca est une adorable jeune fille, pleine de talent, et qui mérite qu’on le lui dise. Autorise-nous à t’aimer… <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je poursuis mon exploration digitale, en consultant mes emails reçus cette nuit. Serge figure en tête de liste. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Email <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;De : Serge <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À : Élise <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Objet&nbsp;: Aléïc &amp; Calie <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Bonjour Lise, je te remercie pour ton retour aussi rapide. Notre protocole de communication semble vouloir fonctionner. Je continue donc sur ma lancée, avec ces deux lettres adressées à Aléïc et Calie, qu’ils liront je l’espère ce matin. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Très bonne journée, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Serge <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aléïc, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Merci vraiment pour ce très, très précieux témoignage. Merci d’avoir choisi de nous aider. Nous allons en effet voir si, parmi nos volontaires, nous avons un père et sa fille, à qui cette histoire correspond. Ta question sur ton identité est bien légitime. Seulement, je risque de te décevoir une nouvelle fois. L’état dans lequel nous t’avons récupéré ne nous laissait aucun espoir de trouver quelque chose d’exploitable dans ton cerveau. Je te passe les détails, mais contre toute attente, nous avons réussi tout de même à te redonner un pouls et une respiration autonome. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À partir de là, les travaux sur la mémoire pouvaient commencer. Il faut me croire, si nous avions soupçonné la moindre petite activité neuronale chez toi, nous aurions procédé autrement. Même encore maintenant, regarde ton encéphalo&nbsp;! Par conséquent, nous n’avons donc aucune sauvegarde à te proposer, si c’est ce que tu nous demandes. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’autre part, nous ne disposons pas non plus d’un seul document qui nous permettrait de t’identifier, cela fait partie de la procédure. Je suis désolé. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Après, au risque d’être brutal, je te laisse méditer sur cette question. Qu’espères tu obtenir en retrouvant tes souvenirs&nbsp;? Souffrir à jamais d’être séparé prématurément de tes proches&nbsp;? Cultiver de faux espoirs de réveil&nbsp;? Te laisser gagner par une déprime permanente&nbsp;? N’est-ce pas là pour toi l’opportunité de te construire une nouvelle existence, ailleurs, différente, sans influence du passé, avec tes propres choix&nbsp;? Une sorte de renaissance en somme&nbsp;? <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie, ma chérie, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu ne sembles pas mesurer la chance qui t’est offerte de revenir parmi nous. C’est une opportunité unique, pour toi comme pour nous, et un enjeu considérable. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Parfois je me demande si, au fond, mourir t’arrangeait. Ton état de santé te permettait de rassembler autour de tes idées, sans avoir à te battre pour te soigner. Et plus la situation empirait, plus tu appréciais de te voir convaincre davantage. Je ne saurais jamais si tu t’es laissée prendre à ton propre jeu ou si, par manque de courage, tu as préféré partir. Quelle que soit la vérité, le résultat reste le même&nbsp;: tu as plongé tout le monde dans une tristesse infinie, y compris ceux que tu pensais aider. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Était-ce vraiment ça ton message&nbsp;? Ce n’est pas en fuyant qu’on atteint ses objectifs, Calie. Pour réussir dans la vie, il faut savoir observer, écouter, et adapter son discours si besoin. Mais surtout, il faut être là, vivante, avec toute ta sensibilité et ton intelligence. Tu veux changer les choses alors commence par vouloir vivre, ma chérie. Vivre, tu entends&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aujourd’hui, je t’offre cette chance. Une porte entrouverte, une possibilité de tout recommencer. Une opportunité qui dépasse nos propres intérêts. Je t’en supplie, ne la laisse pas passer. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je t’aime plus que tout, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Papa <br> <br>Hope &#8211; Élise<br> <br>– Il avait d’jà posé un détonateur sur la colère de Calie, là il vient d’marcher d&rsquo;ssus lourdement ! La psycho chez lui, c’est clairement pas son domaine&nbsp;! Si l’obstination est héréditaire, ils sont pas près de s’comprendre ces deux-là&nbsp;! Rassure-moi, tu penses bien comme moi, là&nbsp;? Il n’digère toujours pas que Éléonore soit bien plus proche d’elle que d’lui, son propre père. Il est encore complètement verrouillé dans l’idée d’s’être fait voler sa fille, c’est c’qui l’travaille&nbsp;! <br>– Je comprends ta colère ma chérie, mais essaie de voir ça de notre côté… Le réveil du corps de Calie, c’est plus qu’un enjeu familial. C’est un pas immense pour la science, une revanche sur l’injustice qu’a été sa perte. Ton père a consacré sa vie à la recherche, et aujourd’hui… On est si proche de la revoir, ta sœur, notre enfant. Tu ne veux pas y croire, toi aussi&nbsp;? <br>– Mais j’rêve&nbsp;? Tu penses vraiment c’que tu dis&nbsp;? T’as idée d’la colère de Calie qui arrive, là&nbsp;? C’est carrément la bombe à fragmentation que toi et ton mari lui présentez&nbsp;! Pose tes fesses dans l’fauteuil et protège-toi derrière ton écran d’ordi. Quand ça va péter, j’veux que tu t’souviennes de ce que j’t’avais dit. Mais tu l’as eu où ton diplôme de psycho&nbsp;? <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Hope ne m’a encore jamais tenue tête à ce point. J’ai toujours fui les situations conflictuelles autant que je pouvais, préférant lâchement le silence à une dispute stérile attisée par la colère. Sans courage pour lui tenir tête, je suis ses recommandations et m’exécute. Sans surprise, la réaction de Calie ne se fait pas attendre. <br> <br>Calie <br> <br>– Papa, tout ce que tu dis là est injuste, odieux même. Tu n’as pas le droit de chercher à me culpabiliser… pour assouvir une ambition personnelle&nbsp;! Il y a bien d’autre domaines de recherche que s’obstiner à vouloir ressusciter les morts&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;C’est pas vrai, je n’apporte pas que de la tristesse aux gens. Si tu ne retiens de moi que mes trois dernières semaines de vie, alors oui, je comprends ta déception&nbsp;! Tu n’as pas compris que mon cœur est bien plus gros que ce que tu vois avec tes instruments. Aux gens que je rencontrais, je leur parlais de ces petits instants de bonheur qui embellissaient mon quotidien&nbsp;: le sourire d’une infirmière, un matin ensoleillé, une part de tarte maison à la fraise, préparée rien que pour moi. Ces souvenirs, je les collectais comme des trésors, pour m’aider à affronter les coups durs. Et tu sais quoi&nbsp;? Quand je racontais tout ça, les gens souriaient. Oui, ils souriaient, parce que je leur rappelais toutes ces choses dérisoires qu’ils oubliaient de voir dans leur propre vie. Et toi Papa, tu les caches où tes jolis souvenirs&nbsp;? En as-tu déjà seulement vécu un ? Après quoi cours tu&nbsp;? Visiblement, pas après le bonheur ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et puis tu n’as pas le droit non plus d’affirmer que je ne me suis pas battue. Pas comme tu voulais sans doute, mais j’ai résisté. J’ai lutté aussi longtemps qu’il me restait des larmes à pleurer… Qu’on appelle une maladie Leucémie, ou bien Éléonore, cela ne change en rien le diagnostic, les prescriptions, ni la progression des cellules cancéreuses. Avec mes mots d’enfant, je voulais juste me protéger d’un environnement hostile et agressif, en humanisant ma maladie. Je ne pouvais pas gagner sur tous les fronts. La science avait perdu, mais mon engagement à défendre des causes justes donnait un sens à tout ce qu’il m’arrivait. Au nom d’un monde meilleur, je supportais les souffrances, les privations, l’exclusion, pour arriver enfin à accepter qu’à dix ans… il m’était interdit de penser à l’avenir. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je sais que c’est peine perdue de vouloir te convaincre, même après toutes ces années. Mais là, tu vois… Ta lettre… Tes mots, ils me font tellement mal… Ils sont autant de briques qui viennent se rajouter au mur qui nous séparait déjà… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comment pouvons-nous nous aimer autant, et être incapable de nous comprendre&nbsp;? <br> <br>Calie &#8211; Aléïc <br> <br>– Aléïc, je t’en supplie, continue ton histoire. Est-ce que le mur qui sépare Dan et Flo est aussi haut que le nôtre, entre mon père et moi&nbsp;? <br>– Ce n’est pas simple chez eux non plus, il y a tout autant de silences et de malentendus. J’ai d’autres souvenirs implantés de leur histoire que je suis prêt à raconter. Il me manque malheureusement la fin, le dénouement. Il faudra sans doute l’inventer. Inspire-moi… Si tu as un message à passer à ton père, c’est le moment. <br>– Un message&nbsp;? Il n’a pas le droit de me parler comme ça, ni de me culpabiliser. Tu veux savoir ce que j’ai envie de lui dire&nbsp;? Que tout nous oppose. Que s’il y a bien quelqu’un à ramener parmi les vivants, c’est bien lui&nbsp;! C’est lui qui est aveugle à mes efforts, lui qui entretient ma colère et ma rancœur, lui qui me déçoit autant qu’il m’inspire. Je ne serai jamais maman…, … Mais je n’imagine pas une seule seconde avoir le culot de manipuler mes enfants de la sorte, ni aucun autre d’ailleurs. Je sais très bien le mal que ça fait de ne jamais se sentir écoutée, ni valorisée. À l’âge où la personnalité se construit, c’est destructeur. Ce qui aide à grandir, c’est ressentir l’altruisme et le respect autour de soi. Ce sont des fondamentaux de vie, ça&nbsp;! Faut-il avoir été à ce point malade, pour avoir découvert ça toute seule&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;S’il me faut hanter ce lieu à jamais, alors voilà ce que je répèterai en boucle à tous ceux qui y passeront&nbsp;: écoutez vos enfants. Respectez-les. Donnez-leur des raisons d’aimer la vie. C’est la base, dont il ne s’est jamais soucié. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tant que ma colère ne sera pas calmée… je resterai très vraisemblablement prisonnière de ces quatre murs. Sauve moi Aléïc, sauve-moi, je n’en peux plus d’ici&nbsp;!<br>Mur des lamentations <br>– Ok, je poursuis l’histoire. Même si je ne l’ai pas vécue physiquement, j’en ressens encore aujourd’hui toutes les émotions&nbsp;! Il vous appartient, toi et ton père, d’en écrire la fin… Je vous laisse la main quand vous voulez … <br> <br>Souvenir 2 – Rien ne va plus <br> <br>Dan <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Grosse panique ce matin, tous mes bouts d’histoire sont là, posés sur la table, et aucun assemblage pertinent ne me saute aux yeux. J’en suis rendu à devoir faire un puzzle avec des pièces qui ne s’emboitent pas entre elles. Mes premières gouttes de sueurs froides coulent sur mes tempes puis dans le cou. Des semaines passées à écrire dans tous les sens pour faire jaillir la créativité, et résultat… rien&nbsp;! Que des chemins à peine empruntés qui n’aboutissent nulle part. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il est trop tard pour reculer, et après tout ce travail, je me retrouve quasiment au point de départ. C’est décourageant. À ce niveau, ce n’est plus du calibre d’une page blanche devant laquelle je me trouve, mais d’un mur entier. Une violente envie de tout taguer me démange. Remplacer des centaines de pages manuscrites par des slogans aussi laids qu’idiots sur les murs du salon me soulagerait surement. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;C’est cet instant précis que Flo choisit pour passer en coup de vent devant la table du salon sur laquelle je me suis installé, en m’ignorant insolemment, brandissant ainsi fièrement mon inexistence à ses yeux. Son attitude est une véritable flèche tirée intentionnellement, et qui atteint sa cible. Mon cœur est transpercé de part en part. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Intérieurement j’explose. Blessé, en colère contre elle et contre moi, l’émotion m’anéantit. J’aimerais avoir le courage de monter dans sa chambre avant qu’elle ne parte pour l’école, la prendre dans mes bras et lui dire je t’aime… Mais là, je ne m’en sens plus la force, et puis avec sa combinaison d’ado révoltée sur le dos, elle est plus glaciale qu’un corps cryogénisé. Comment en sommes-nous arrivés jusque là ? <br> <br>Flo <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis inscrite au collège en troisième. C’est l’année pendant laquelle je dois me trouver un stage découverte en entreprise. Rien qu’à l’idée d’imposer mon incompétence à des inconnus qui vont prendre sur leur temps de pauses café pour me supporter cinq jours d’affilée, j’ai la boule au ventre. Autour de moi, quasiment tous les élèves ont la chance de ne pas se prendre la tête pour démarcher les entreprises, puisqu’ils seront directement accueillis dans celles où travaillent leurs parents. Moi, je n’en ai qu’un, et il n’a vraiment pas été inspiré de choisir cette période pour se lancer tête baissée dans un projet perso. La seule année de toute ma scolarité où j’avais vraiment besoin que mon père ait un boulot, il choisit précisément ce moment-là pour le quitter. Je suis maudite&nbsp;! Pourquoi me fait-il ça à moi, sa fille ? <br> <br>Dan <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette fois rien ne va plus. Mon projet part en sucette, la maison est un véritable champ de bataille et je suis en train de perdre ma fille. Je file au premier magasin de bricolage que je trouve. Je tente le tout pour le tout. Mon cœur fait une overdose d’amour frustré, il a besoin de se lâcher… <br> <br>Flo <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je ne peux même pas me payer le luxe de rentrer en retard à la maison. J’assume mon côté solitaire, le bavardage entre filles ce n’est pas mon truc non plus. Sans activité extrascolaire ma vie est plutôt réglée comme du papier à musique. Tous les jours je rentre directement. En marchant normalement, je ne mets grand max que dix-sept minutes. C’est la moitié du temps total que je consacre à mettre le nez dehors. L’autre moitié… ben, c’est tristement le temps que je mets pour aller à l’école&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous sommes lundi, il faut que je sorte la poubelle. Une forte odeur de peinture masque celle de pourriture qui d’ordinaire habite de l’autre coté du couvercle. Par curiosité, et sans doute masochisme, j’ose ouvrir cette grande bouche à l’haleine fétide pour découvrir ce qui a bien pu lui rester coincé entre ses dents. Une dizaine de bombes aérosol et trois pots baveux de peinture blanche agonisent au fond. Pleine d’interrogations, je sors le container malodorant dehors pour marquer notre bout de trottoir de notre odeur, comme pour dissuader quiconque de s’approcher de notre « bazar land » ! Ayant déjà reçu ma dose olfactive cancérigène à plein poumon, j’opte cette fois pour l’entrée principale pour quitter ce froid humide de fin d’automne. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La surprise me coupe le souffle. Mon père a pété un câble. Il faut qu’il m’arrive un truc pareil pour réaliser que dans la vie je n’ai plus que lui. Je suffoque d’angoisse. Avec ce qu’on traverse en ce moment, je n’aurais jamais soupçonné que je sois autant affectée. Je suis toute émue. Ce que je découvre est dingue, inimaginable. Un bug dans son système affectif lui a retourné «&nbsp;l’cerveau&nbsp;». Il a repeint tout un mur du salon en blanc… cadres compris… avec écrit en haut et au milieu « L’Amour est trop beau pour le garder secret, Je t’AIME ma Fille ». Mes jambes me lâchent, je tombe à genoux sur la moquette, mes affaires se répandent tout autour de moi. Un tsunami de larmes va déferler dans quelques secondes. Je progresse à quatre pattes de quelques centimètres avant de me relever et de courir jusqu’à ma chambre, en essayant de retenir tant bien que mal toute mon émotivité !… Avant même de claquer la porte derrière moi, j’éclate en sanglots jusqu’à en trembler, sans retenue. Entre deux spasmes, je laisse toute mon émotion exploser, et bouleverser mes pensées, mes sentiments. J’ai la tête qui tourne, l’odeur de peinture était trop forte, moi non plus je ne vais plus bien. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Deux heures passent. J’ai froid. J’ouvre timidement la porte de ma chambre, voir si le couloir vers la salle de bain est libre, comme si nous vivions à quatre ou cinq sous le même toit. D’un bond je rejoins mon objectif et referme la porte à clé́ derrière moi. Dans la glace je découvre mon costume d’Halloween. Je suis passée d’une tête de blasée fatiguée à celle d’une morte vivante. Mes cheveux sont gras et tout plat. Je veux redevenir moi, pas ce que je vois. Je fais couler l’eau de la douche, et me déshabille. Je ne me trouve ni belle ni moche. Mon corps change, j’espère à la fin avoir plus de poitrine. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je ne veux pas qu’on me regarde, mais en même temps je voudrais vraiment me sentir femme. Parfois j’ai moi-même du mal à me comprendre. Je rentre sous la douche et laisse enfin l’eau chaude glisser sur ma peau. Je repense à la fresque de mon père dans le salon. Lui aussi doit se sentir seul. Lui aussi doit avoir ses propres blocages en communication pour réaliser une telle œuvre. Les chats ne font pas des chiens ! Il ne m’a même pas offert l’opportunité́ de détester une belle mère. Je ne comprends décidément autant pas les garçons que lui ne doit comprendre les filles. <br> <br>Dan <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’ai les larmes aux yeux en ramassant les affaires de ma petite fille, éparpillées dans le salon. Le choc a été trop brutal, j’ai sous-estimé son hyper émotivité. Je voudrais monter pour lui demander pardon, mais je n’en ai encore pas le courage. Ce qui est fait est fait. Mon cœur s’exprime et il n’en a pas fini. Voir ma petite fille aussi triste me vide de toute énergie, et réfléchir dans ces conditions ne m’amènera pas les meilleures réponses aux questions que je me pose. Je prépare à diner, peut-être la faim l’aidera-t-elle à baisser le pont levis, et à sortir de sa forteresse. <br> <br>Flo <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une odeur de cuisine me sort de mes pensées abyssales. Depuis la douche je suis toujours en peignoir, sans rien avoir pris la peine d’enfiler en dessous. J’ai faim, j’ai zappé la cantine à midi. J’écris un journal, mais il est dans ma tête, trop peur qu’on découvre ce qu’il y a dedans, que ce soit mal interprété. Il est hyper top secret. Alors des fois je me perds dans de trop longues réflexions et je ne vois pas le temps passer. J’entrouvre la porte de ma chambre comme pour mieux ressentir l’atmosphère ambiante. Je me décide enfin à descendre l’escalier, pieds nus, les cheveux encore mouillés. Je suis fatiguée mais apaisée. <br> <br>Dan &#8211; Flo <br> <br>– Je voulais te demander de m’exc… <br>– …Non, non. Ça va, c’est bon… Ton truc… C’est… Bizarre, mais c’est cool. Merci. <br>– Je n’ai pas trouvé plus petit pour te dire ce que j’avais sur le cœur. Après, il reste de la place pour se dire des trucs. Je suis certain qu’il y a des choses qui ont besoin de sortir, chez toi aussi. Tu vois, là&nbsp;? Tu as toute la panoplie du parfait graffeur : pinceaux, marqueurs, bombes… Écris ce que tu veux. Vide ton sac. Je te promets de répondre… à tout, y compris aux reproches que tu as à me faire. <br>– Ok, ouais… Je l’ferai… <br>– Je… Je t’aime vraiment Flo. <br>– Je t’aime aussi Papa. <br> <br>Flo <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avec le marqueur en main les idées se bousculent. L’espace à remplir est immense, mais certainement pas encore suffisant pour contenir toutes les choses que nous ne nous sommes pas dites avec Papa. Je voudrais écrire quelque chose de gentil. Mes sentiments sont aussi top secret que mon journal. Ils me consument de l’intérieur car je n’arrive pas à les exprimer. Je suis presque certaine qu’autre chose va sortir et cela n’aura aucun sens ! <br> <br>Calie &#8211; Aléïc <br> <br>– Allez Flo, laisse ta main te guider. Ferme les yeux et respire un bon coup, tu verras bien ce qui te préoccupe tant. <br>– Je te passe le marqueur, Calie, si tu veux&nbsp;? <br>– Pour l’instant, je me laisse porter par l’histoire, ça me plait… vraiment&nbsp;! <br>– Ok, attends-toi quand même à un moment donné qu’elle te bouscule un peu. Je suis sûr que l’envie de prendre la plume finira par te rattraper. Je continue… <br> <br>Flo <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Papa, pourquoi as-tu quitté ton travail ? » Ce n’est pas ce que je voulais écrire, mais c’est ce qui est sorti. C’est complètement débile, je ne suis pas fière de moi, et ça ne va pas aider au rapprochement. Déjà que je le sens complètement à l’ouest, il va maintenant se mettre à culpabiliser de m’avoir entrainée dans cette galère ! <br> <br>Dan <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Elle a écrit sur le mur, ça marche. Tout lien entre nous n’est pas définitivement rompu. L’espoir de communiquer à nouveau renaît. Sa question toute simple devait la travailler depuis un moment, si elle ne pouvait pas l’exprimer oralement. En revanche, je suis un peu en peine d’arguments pour formuler une réponse pertinente. <br> <br>Hope &#8211; Élise <br> <br>– Hey là, réveil… M’man… T’as boulot aujourd’hui, tu t’rappelles&nbsp;? <br>– Oui, oui… Peut-être. Je… Je réfléchis encore. Tu m’avais prévenue qu’en lisant la lettre de son père, Calie risquait de mal réagir, mais là… On est en train de la braquer complètement. Nos arguments, pourtant pertinents, ne passent pas. <br>– Vous la poussez à bout, elle sort les griffes, normal&nbsp;! <br>– Alors, il faut changer l’approche. Si ce sont ses idées qui la travaillent, il faut lui trouver un espace plus grand qu’était sa chambre d’hôpital, pour les exprimer. <br>– Si tu pensais au Stade de France, va falloir faire un peu d’com avant d’le remplir&nbsp;! <br>– Je pensais plutôt à une plateforme numérique, un site en ligne sur internet… <br>– Sans compte Insta, elle va ramer pour faire l’buzz&nbsp;! <br>– Oui, mais Rebecca a repris sa page Facebook. On a une piste… Influenceuse, c’est un vrai métier maintenant&nbsp;! <br>– Sauf que Calie n’court pas après des folower. J’ai bien l’impression qu’elle vise quelque chose d&rsquo;bien plus ambitieux&nbsp;! <br>– J&rsquo;informe son père pour avis. Je relis tout ça et je lui envoie. Entre nous la transparence doit être totale&nbsp;! La réponse de sa fille va sans doute le faire réagir !</p>
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		<title>C17 &#8211; Jour 15 &#8211; Reconquête</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2026 15:28:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En pleine nuit, Élise et Serge mettent au point un moyen inédit de communiquer avec leurs filles et avec Aléïc. Calie refuse de revenir à la vie sans Éléonore et remet en question le projet scientifique de son père. Elle le juge bien trop dangereux pour l’humanité. Aléïc livre ses souvenirs fragmentés. Une partie d’échecs s&rsquo;engage, au bout de laquelle se joue bien plus que les destins de chacun&#8230;</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="Le ciel et la Terre se parlent -  Calie
Aléïc invente une histoire pour tenter de réconcilier Calie avec son père. Cette histoire décrit une relation au bord de la rupture entre un père et sa fille." class="wp-image-3560" style="aspect-ratio:1.3385620915032679;width:873px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/02/fotor-ai-20260209155156-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><br>2h03 am &#8211; USA &#8211; Michigan<br> <br>Serge &#8211; Élie <br> <br>– Allo&nbsp;? Please call me back after I wake up… <br>– Lise&nbsp;? Serge. Tu as un moment&nbsp;? Je n’arrête pas d’y penser… <br>– Serge&nbsp;? Mais… Tu ne peux pas penser en silence&nbsp;! C’est petit de se venger comme ça. Il est 2h00 du mat. Je ne suis pas insomniaque, moi&nbsp;! <br>– Ah, oui, excuse&nbsp;! Je rappelle si tu veux, dans combien de temps&nbsp;? <br>– Ça va, le mal est fait. Vas-y, je t’écoute&nbsp;! <br>– Ta toute dernière révélation par mail tout à l’heure… Hope, notre fille&nbsp;? C’est complètement fou cette histoire&nbsp;! Elle m’entend, c’est sûr&nbsp;? Je peux donc lui parler, comme je te parle, là&nbsp;? <br>– Elle t’entend, oui&nbsp;!… Elle entend Aléïc, aussi… Pour info, ils sont potes, ces deux-là&nbsp;! Ah, et ils se parlent assez souvent, même. Le problème est, si je veux retenir quelque chose de leurs échanges, et bien il faut que je sois là. Et pour le moment… Comme je te laisse imaginer, j’suis chez moi, coincée entre le matelas et la couette.&nbsp;La maison de Hope ferme les volets la nuit ! <br>– Et comment je peux savoir, si tu assistes ou non à la conversation&nbsp;? Je veux dire, pour assurer le coup, si je te poste un email, pourra-t-elle le lire&nbsp;? Et si, effectivement, elle communique avec Aléïc, penses-tu qu’elle puisse lui passer un message de ma part&nbsp;? <br>– Oui, sans doute que oui&nbsp;! C’est à tenter, j’allais justement te proposer une formule du genre… Plus simple… Imprime ce que tu as à dire à Aléïc, et affiche-le quelque part à côté de son lit. S’il entend, il voit également. Il le lira ton message, il y a tellement peu de distraction dans cette chambre&nbsp;! Pour les filles, Hope me suit partout, aucun souci pour elle. Quant à Calie, accorde-lui un peu de ton temps dans la chambre, le matin, quand tout est calme. Parle lui, et laisse-la lire ce que tu lui as écrit. Mets-moi en copie de tes messages, préviens-moi lorsque tu auras fait ça et si j’ai un retour, je te raconte… Ça te va&nbsp;? <br>– Parfait pour moi. Je prépare ça, même si je ne sais pas encore trop par où commencer. Exprimer mes sentiments n’a jamais été mon truc… Ce serait extraordinaire tout de même, si ça marchait… Parler à mes filles, c’est fou&nbsp;! Tout ce temps à rattraper… Je suis tellement heureux d’apprendre l’existence de Hope, mais tellement triste en même temps, d’avoir pu l’ignorer comme ça durant toutes ces années. Tu penses que c’est du cynisme, d’être resté systématiquement sourd et aveugle à toutes ses manifestations&nbsp;? Tu crois que nous sommes cyniques&nbsp;? <br>– Nous étions dans le déni, Serge. Le déni, le même que celui avec lequel je vis avec la disparition de Calie. Je ne crois pas à la mort de Calie&nbsp;; je ne voulais pas croire à l’existence de Hope. C’est à la fois une force et un problème. Nous devons en avoir conscience et travailler là-dessus. Nos filles en sont les premières victimes, elles souffrent. Nous ne sommes pas cyniques, juste égoïstes… <br>– Ça se tient. Tu as raison, pensons aux filles avant tout. Réapprenons à être parents&nbsp;! Merci…&nbsp;! Bonne nuit, enfin, ce qu’il en reste&nbsp;!! <br>– … Pense à dormir toi, la nuit&nbsp;!… <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;6h30 am, vibration de mon portable… une fraction de seconde avant la sonnerie du réveil. Le mode avion bon sang, encore oublié&nbsp;! Chris Martin dort encore, lui&nbsp;! Un e-mail… Un e-mail de Serge, il n’a pas trainé&nbsp;! <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Email <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;De : Serge <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Objet : Mes filles <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À : Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme convenu, je te transmets ce premier message à nos filles, en espérant ne pas avoir été trop maladroit. Je t’ai mise aussi en copie d’une lettre pour Aléïc. Je vais lui accrocher quelque part à côté de son lit, juste après. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À mes filles, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par où commencer&nbsp;? Tellement de choses sont à dire, tellement de temps est à rattraper, tellement vous me manquez, toutes les deux… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Notre famille ne ressemble résolument à aucune autre&nbsp;! Les mondes dans lesquels nous vivons sont bien différents, mais pour autant, rien n’empêche à l’amour de s’y installer. Malgré les frontières qui nous séparent, nous n’avons jamais été aussi proches les uns des autres. Notre grand défi maintenant, bien avant de songer à reconstruire notre famille, c’est de trouver un moyen de communiquer tous ensemble. J’ouvre donc la voie, avec cette première lettre. <br> <br>Hope, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quelle leçon de courage et de ténacité tu nous donnes. Après tous ces moments difficiles, tes efforts sont enfin récompensés pour notre plus grand bonheur. Bienvenue ma fille, bienvenue, quelle chance nous avons de t’avoir. Nous te devons des excuses, pour t’avoir si longtemps oubliée, sans chercher à comprendre d’où venait cette voix que ta mère entendait à longueur de temps. Inconsciemment, nous voulions même peut-être ne pas le savoir. Pardon, pardon encore, et merci de nous apporter cette nouvelle merveilleuse lumière dans nos vies. <br> <br>Calie, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mon ange, à toi aussi je te dois des excuses. Ton amie Éléonore semble bien exister, et je ne voulais pas le croire. Je ne me serais pas autant énervé contre toi, à te voir mettre en scène ta maladie, plutôt que de chercher à aller mieux. Plus ton état se dégradait, plus ça avait l’air de te satisfaire&nbsp;!… Je comprends mieux maintenant. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu étais sous influence, tu n’étais pas vraiment toi… Ce n’était donc pas qu’une grosse crise d’ado rebelle que nous traversions ensemble&nbsp;! Ton Éléonore, entre nous, est donc la seule responsable de notre mésentente. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si j’ai pu te blesser, alors je te demande pardon ma chérie. On ne changera pas le passé, mais aujourd’hui, une seconde chance s’offre à nous. Une chance impossible d’ignorer, ni de refuser, parce qu’elle est unique, et qu’elle aura un impact planétaire phénoménal si tout réussit. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu devines sans doute de quoi&nbsp;je parle ? Calie, il n’est plus interdit de penser aujourd’hui que tu peux revenir parmi nous… Tu imagines ce que cela signifie, et le formidable espoir que ça va entrainer&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors je te le demande, pour l’amour de notre famille, pour la science, voire l’humanité entière, aide-nous. Aide-nous à reconstruire notre famille, aide-nous à prendre une revanche sur ta maladie. Redonne espoir à ceux que la maladie condamne. Autorise les enfants qui partagent ce que tu as traversé, de vivre une vie entière. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes filles, mes chéries, le destin semble enfin décidé à réparer ses erreurs du passé. Les derniers évènements, les dernières révélations vont toutes dans le même sens. Soyons unis dans cette aventure, soyons solidaires, soyons une famille. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’ai tellement hâte à présent de vous entendre, de vous lire, de vous serrer dans mes bras&nbsp;! <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je vous embrasse fort, je vous aime <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Papa <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et voici ma lettre pour Aléïc <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Très cher partenaire, <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jamais je ne me serais imaginé un jour écrire à un esprit désincarné. Il m’a fallu un moment pour accepter tout ça, ton existence, ta présence parmi nous. J’imagine que, comme nous, tu ne t’attendais pas à te retrouver là, à t’observer, à nous observer, et chercher en te posant tant de questions ce qui avait bien pu clocher dans ton parcours&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je n’ai malheureusement pas d’autre réponse à te donner, que celle-ci&nbsp;: tu es officiellement décédé. Tu as fait don de ton corps à la médecine, ce qui au passage te dépossède de ton identité officielle. En toute légalité, et en suivant toutes les règles en vigueur, nous avons eu la chance de pouvoir te ramener jusqu’ici. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce que nous nous sommes autorisés de pratiquer sur ton corps, crois-le ou non, aurait été totalement impossible si le moindre petit souffle de conscience avait été détecté chez toi. Le respect de l’individu, même post mortem, est une règle d’or que je me suis toujours fait un point d’honneur de respecter, et veiller à faire respecter dans mes services. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Compte tenu de la situation, je me dois de te faire un brief de tout ce qu’on fait ici, histoire de clarifier les choses. Je vais donc te parler de ce que tu as déjà subi, de nos intentions, et de ce qu’il est possible d’en espérer. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le sujet de recherche auquel tu participes est la reconstruction de fonctions cognitives altérées ou détruites chez un individu, victime d’un accident ou d’une maladie dégénérative. Nos deux axes d’études visent principalement la mémoire et la motricité. Nos découvertes figurent de petites révolutions dans le milieu, mais nous restons encore assez éloignés des objectifs très ambitieux que nous nous sommes fixés. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aujourd’hui, nous avons néanmoins réalisé plusieurs prouesses techniques. La première est d’avoir pu te reprogrammer certaines cellules prélevées sur des organes sains, pour réparer des organes différents et déficients. Grâce à elles, ton cœur fonctionne de façon autonome, et tu peux respirer sans assistance. Tu es officiellement décédé il y a 17 jours, d’une rupture d’anévrisme. Tu es là seulement que depuis quinze jours. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Même si le miracle semble opérer, ça ne reste que de la mécanique et, au risque de te décevoir, cela ne peut en rien être considéré comme un signe de vie sous-jacente. Considère-toi, une deuxième fois, comme en état de mort cérébrale. Ton cerveau, même à nouveau irrigué, a subi de trop lourds dommages. Nous n’avons hélas ni le budget ni le temps nécessaire pour tout réparer. Désolé de te tuer l’espoir, tes chances de revenir parmi nous sont quasi nulles, et puis ce n’est pas le sujet. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce qui m’amène à te parler de notre deuxième formidable découverte. Nous avons mis au point un protocole qui permet la portabilité de certaines fonctions cérébrales, d’un individu à un autre. Sans entrer dans les détails, nous sommes parvenus, à partir d’une cartographie tridimensionnelle à la précision encore jamais égalée, à enregistrer une séquence d’activité cérébrale chez un individu, puis de la reproduire à l’identique chez un autre. Alors, dit comme ça, ça fait un peu penser à du Frankenstein, mais nous n&rsquo;en sommes pas si loin, je pense. Devant l’immensité de la tâche, nous avons pour le moment choisi de limiter notre domaine d’expérimentation sur de minuscules zones qui abritent la mémoire. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toutes nos tentatives sur toi se sont révélées être un succès. Notre énorme frustration se situe au niveau de l’interprétation précise du cerveau, des signaux complexes qu’on t’a envoyés. En d’autres termes, nous savons que nous transférons un souvenir d’un individu à un autre, sans pour autant savoir concrètement l’étendue de ce qu’on lui envoie, et ce que l’individu en question peut nous en dire de vive voix. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aléïc, si tu décidais de nous aider, tu pourrais alors commencer par nous raconter quelque chose que tu penses étranger à ton histoire. Cela permettrait dans un premier temps de valider définitivement notre protocole, puis et surtout, de mesurer l’étendue du champ d’informations qu’un même signal peut transporter. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je ne peux hélas pas te forcer à coopérer avec nous. Je n’ignore plus dorénavant ton inconfort à te voir subir tout ça. Je reconnais ma totale incompétence avec l’au-delà, je ne peux donc rien te promettre ou te laisser espérer. Je comprends que ce doit être terrible d’entendre ça, alors que tu es là, sans vraiment savoir dans quelle direction avancer. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ce contexte, je me permets malgré tout de te proposer de faire un bout de chemin avec nous. Ton aide nous est très précieuse, et je ne te cache pas que sans toi, avec le travail déjà accompli, nous ne pouvons plus continuer, ni recommencer ailleurs cette aventure. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si aujourd’hui nous avons une réelle chance de réveiller le corps de Calie, c’est entièrement grâce à toi. Tu peux au moins être fier de ça. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En espérant une relation entre nous apaisée, je te pris de bien vouloir croire à ma sincérité, et mon entier dévouement dans ce projet. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Serge <br> <br>Élise &#8211; Hope <br> <br>– Hope ma chérie, tu as lu&nbsp;? Alors, rassurée&nbsp;? <br>– Oui, émouvant&nbsp;! Un peu court en c’qui m’concerne, mais l’essentiel est dit, c’est bien&nbsp;! En r’vanche, pas certaine qu’il soit encore très bien en phase avec Calie. Sa réponse, si elle lui répond, risque d’être musclée&nbsp;! Quant à moi, je n’sais pas trop quoi dire… Il semble tellement au taquet niveau émotion, qu’j’ai peur si j’lui répond là tout d’suite, d’lui déphaser définitivement les idées. J’voudrais pas dev’nir la cause de sa démotiv’, et qu’il n’aille pas au bout de c’qu’il prétend être capable de faire. <br>– Tu as raison. Je ne sais pas si c’est par maladresse qu’il lâche ses bombes, ou seulement qu’il n’a pas encore tout bien compris, mais on ne devrait pas tarder à en mesurer les dégâts. Je m’attends à recevoir très vite une première victime. J’enfile la blouse blanche et je sors l’ordi portable. Cette fois, je tente la prise de note «&nbsp;en live ». Je m’installe confortablement sur le fauteuil, le dos de travers, les jambes repliées sur le coussin, l’ordi posé sur l’accoudoir. Hope chérie, tu peux aller me faire un café, s’il te plait&nbsp;? <br>– Si c’est de la caféine dont tu as besoin, j’peux très bien t’dire un truc qui t’énerve tout autant&nbsp;! <br>– Non, ça va, merci. Tant pis, je passerai par Starbucks tout à l’heure en allant au boulot ! Si j’ai des hallucinations comme la dernière fois, je t’en tiendrais personnellement responsable&nbsp;! Ça y est, ils arrivent, mes visiteurs, mes bouffées de chaleur les annoncent. Mes yeux luttent pour rester ouverts… Vite à l’ordi. <br> <br>Calie &#8211; Aléïc <br> <br>– Papa, c’est «&nbsp;l’amour de notre famille&nbsp;» qui m’attache à cet endroit, et qui m’en retient prisonnière. L’amour dans notre maison, vous en faites tellement mauvais usage que ça déborde de partout, c’en est étouffant et il n’y a plus la place pour rien chez nous. Toi et maman, sans le savoir, vous me retenez ici avec vos projets, vos sentiments, et le déni de la perte de votre enfant. Vous pensez que j’ai encore douze ans, mais j’ai grandi. J’ai grandi, jusqu’à ce que vous n’ayez plus à décider pour moi. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette expérience que vous préparez est démente, effrayante même. Ramener des morts à la vie, à l’échelle planétaire, c’est de l’inconscience&nbsp;! La mort, vue de là où je suis, n’est pas une fin mais un début, une nécessité même, ça fait partie du cycle de la vie. Laissez-moi continuer mon chemin, je ne sais pas encore comment, mais j’ai la conviction de pouvoir continuer à aider les gens, et à très grande échelle… La science ne devrait-elle pas attendre que l’humanité soit un peu plus raisonnable et responsable, pour lui proposer une telle option&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et puis tu n’as encore rien compris à propos d’Éléonore. C’est moi l’influenceuse. Elle a toujours voulu que je guérisse, elle. Si elle portait le visage de la maladie, c’était pour aider les patients à reprendre courage, voir l’ennemie en face aide à le combattre. Avant moi, elle a joué ce rôle des centaines de fois. Et elle a sauvé des vies, comme ça&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En s’infligeant autant de souffrance, elle voulait sans doute expier de sombres souvenirs de sa mémoire, elle ne m’en a jamais parlé, mais… Je sais que notre rencontre a été magique. J’ai tout de suite vu en elle la sœur avec qui j’aurais dû grandir. Mon amour pour elle a calmé sa rage qui la consumait depuis de nombreuses années. C’est moi qui l’ai détournée de son sacerdoce, pour l’entrainer dans ma croisade… inachevée&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aujourd’hui, écoute bien, la seule raison qui me ferait accepter de retourner dans mon corps, c’est qu’elle aussi décide de se réapproprier le sien, pour qu’ensemble nous puissions nous serrer dans les bras. Ce n’est hélas carrément pas possible. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je l’aime Papa, je l’aime et ça, ça ne se décide pas&nbsp;!<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je ne reviendrai pas à la vie sans elle. <br> <br>– Aléïc, si tu es là, c’est le moment de lui balancer ton histoire. Entre nous, il y a «&nbsp;mésentente&nbsp;» complète&nbsp;! À quoi sert de vouloir faire des efforts, si c’est pour se rendre compte que même après sept ans, rien ne change. Aléïc, je t’en supplie, tu es notre seul espoir… mon seul espoir. <br>– J’ai un début de quelque chose, oui, en effet. Je n’ai rien inventé cependant. Calie, je le fais uniquement pour toi, car perso, je ne sais plus trop où en j’en suis, si du reste un jour je me suis senti quelque part. <br>– Alors raconte. Vas-y fais le. Imagine ton tortionnaire en face de toi, parle lui. <br> <br>– Serge, je m’aperçois qu’il est bien plus facile de vous maudire dans votre dos que de vous parler en face, même par personne interposée. C’est assez intimidant et stressant à la fois, de s’adresser à «&nbsp;LA&nbsp;» personne qui détient ma vie entre les mains. Pour tout dire, il m’est tout simplement inenvisageable, en écoutant ce cœur battre, de penser que j’ai perdu toute chance de me réveiller un jour&nbsp;! En ce qui concerne ma mémoire, elle semble être compartimentée en plusieurs vies, que je n’ai pas pu vivre personnellement considérant ma différence physique avec les personnages, mais dont très mystérieusement je me souviens très bien&nbsp;! Je peux vous en raconter deux différents extraits, deux personnalités à part, mais qui partagent la même histoire. On retient définitivement mieux ce qui touche profondément, d’autant plus lorsqu’on pense l’avoir vécu. Les voici comme je les ai ressentis. Autorisez-moi donc, chaque fois, à parler à la première personne. <br> <br>Souvenir 1 – Père et fille <br> <br>Dan <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je m’appelle Daniel, j’ai 43 ans, je suis écrivain. Bien que je n’aie encore rien publié, l’écriture est mon activité principale. Je m’y attèle tous les jours, depuis maintenant près de vingt et une semaines. Des petits bouts d’histoire s’accumulaient depuis des années dans ma tête, mais les contraintes professionnelles qui pesaient sur le planning de mes journées avaient jusqu’à présent toujours su faire taire toute ambition dans ce domaine. A croire que l’espace devenait trop petit, il fallait bien qu’un jour la marmite explose et que tout cela se répande quelque part. J’ai donc ouvert un livre pour ramasser tout ça, et commencer à regarder si déjà quelques assemblages étaient possibles. J’ai quitté mon boulot sans pour autant arrêter de travailler. Mais les gens comprennent&nbsp;: «&nbsp;Ouah, la chance, il a arrêté de bosser&nbsp;!! » Alors ça les fait sourire. Je passe pour un gros privilégié de nanti qui se paie le luxe de ne rien foutre de ses journées. Je me projette dans leurs pensées et j’y découvre toute l’amertume que j’aurais certainement ressentie, moi aussi, à leur place. C’est malheureusement comme ça&nbsp;! Certaines situations ne peuvent être comprises seulement lorsqu’elles sont vécues de l’intérieur. Aujourd’hui, mon esprit est sollicité comme jamais. En se libérant des chaines du monde du travail, on pense gagner enfin en liberté, mais comme à chaque situation nouvelle, un temps d’adaptation est nécessaire. La tentation d’entreprendre tous azimuts est grande, mais elle disperse dans le même temps l’énergie, et complique toute réalisation dans un domaine en particulier. L’écriture a su répondre à toutes mes attentes, calmer mes inquiétudes et surtout donner un sens à ma démission posée il y a quelques mois. La douloureuse contrepartie est ma perte de revenu. Le peu d’argent mis de coté ne nous emmènera pas jusqu’à la publication. Même avec tout le talent du monde, mon inexpérience va prendre un certain temps à se résorber. Je devrais probablement reprendre une activité rémunérée d’ici quelque temps si je veux joindre les deux bouts, mais pas avant d’avoir bien avancé dans mon projet. Le temps devient donc mon ennemi. Le stress s’est incrusté dans ma supposée oisiveté, et s’attache solidement au fil de mes pensées dans cette nouvelle aventure. Je suis tellement branché là-dessus, depuis le début, que la gestion du quotidien est très vite devenue catastrophique. Comment ça pouvait marcher avant, alors que j’avais beaucoup moins de temps à y consacrer&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je vis seul avec ma fille, Florence, quatorze ans. Sa mère a choisi un jour de suivre un autre chemin que le nôtre. Beaucoup de frustration et de non-dits m’empêchent encore maintenant de parler librement de cette rupture. Plutôt que de me rapprocher de Flo, de m’efforcer à être davantage présent, et surtout de parler avec elle, je constate piteusement qu’encore une fois je n’ai pas été à la hauteur… J’ai cherché à minimiser l’évènement, et cédé à la facilité en lui faisant croire qu’une famille monoparentale était devenue une norme dans la société́ actuelle. Je pensais que c’aurait été suffisant pour l’installer dans un schéma affectif qui lui convenait, mais je me trompais. La présence et l’amour d’une maman est irremplaçable. On peut juste supporter son absence, mais pas sans une blessure permanente au cœur. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aujourd’hui, je l’ai entrainée bien malgré elle dans cette nouvelle aventure. Pire, je lui ai rajouté des tâches ménagères qui nous évitent d’avoir la tête complètement sous l’eau. Je l’aime de toute mon âme, mais trop peu d’indices dans mon comportement ne transpirent, sans doute par timidité, ou seulement maladresse, c’est bien différent que lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant. Je comprends alors parfaitement bien que ça ne peut pas lui suffire. Je ne sais pas comment le lui dire, je n’arrive même pas à lui parler. Elle m’en veut, je le sens bien. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Notre relation s’est encore dégradée ces derniers jours. Derrière ses allures d’ado révoltée, difficile de savoir si c’est à cause de moi ou seulement la crise d’adolescence qui plombe notre communication. Je suis dans une impasse, je ne sais plus quoi faire. J’aimerais seulement un jour la revoir sourire, et que nous puissions nous câliner comme autrefois. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En attendant que le temps use cette regrettable tension qui s’est installée entre nous, je fuis lâchement chaque jour un peu plus longtemps dans mon histoire imaginaire, à essayer de créer des personnages qui de près ou de loin nous ressemblent un peu. <br> <br>Flo <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je m’appelle Florence, une idée de mes parents qui partageaient sans doute à l’époque un profond intérêt pour l’Italie. L’ironie de l’histoire est que nous n’y avons jamais mis les pieds. Maintenant c’est trop tard, pas ensemble en tout cas. Maman est partie de la maison alors que je n’avais que sept ans. Difficile à avaler, à cet âge, l’excuse bidon que c’était pour me protéger, et que ça allait être beaucoup mieux ainsi. Sept ans plus tard, je suis toujours en colère. Sans être responsable de rien, l’amour maternel avec lequel j’aurais dû grandir m’a été volé. C’est pas juste&nbsp;! J’en veux à la terre entière, à mon père qui n’a pas su la retenir, ni même me dire pourquoi elle est partie, à mes copines qui se vantent de piquer les fringues de leur mère… Mon cœur saigne et ne cicatrise pas. Ma colère est très fragilement contenue, mais comme un volcan en activité, prête à exploser à la moindre contrariété. Un rien est capable de déclencher une crise de larmes, une violence verbale que je ne maîtrise pas, ou encore une attitude systématiquement inverse à celle qu’on attend de moi. Alors que les autres filles s’ingénient à séduire et soigner leur look, moi j’assure le service minimum. Ça m’agace tellement de m’entendre dire que je suis jolie, que je réponds «&nbsp;c’est pas d’ma faute, j’fais rien pour&nbsp;». J’en ai même franchement marre, à vrai dire. L’intérêt pour une personne ne se réduit quand même pas à son apparence&nbsp;! A croire qu’il n’y a que ça de bien chez moi. J’aimerais être transparente, briller d’intérêt autant qu’un lampadaire éteint en pleine journée. Les plus courageux des garçons osent parfois m’approcher et tenter d’être gentil avec moi. Je ne mords pas mais d’entrée, je ne leur laisse aucun espoir. En fait, je suis à chaque fois en panique. Je ne fais confiance à personne. Je suis toujours sur la défensive, et j’ai surtout très peur de ce qu’il risque d’arriver après. Ma première fois n’est pas prête d’arriver. A me voir ainsi fuir les garçons, on doit déjà croire à l’école que je suis lesbienne. Les rumeurs ici courent bien plus vite que la réalité. À force, l’idée a bien fini par me polluer l’esprit&nbsp;! Le suis-je, le suis-je pas, comment savoir&nbsp;?&nbsp; Essayer avec une fille, pourquoi pas, juste une fois, la toute première, pour apprendre ou juste me rassurer. Mais je ne suis tellement pas sûre de mes sentiments, que j’ai trop peur de ne plus savoir quel genre vouloir aimer après. Je n’ai personne vraiment à qui en parler. Je n’arrive pas à aimer autre chose que ma tristesse et ma solitude. J’enrage alors de plus belle. Je ne vois vraiment pas comment m’en sortir. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voilà certainement ce que vous attendiez. Avec cette précision de détails, auriez-vous tout logiquement pratiqué sur moi une sauvegarde de tout ce qui m’appartenait auparavant&nbsp;? Après m’avoir spolié l’espoir de retrouver un jour mon enveloppe charnelle, dois-je également faire une croix sur ma véritable identité, mes propres souvenirs, ceux concernant mes amis, des moments passés en famille&nbsp;? Quant aux proprios à qui j’ai volé ces fragments de vie, si l’opportunité de leur parler un jour m’était donnée, je suis certain de pouvoir les aider&nbsp;! <br> <br>– Merci… Ce n’est pas facile aussi pour toi, je sais. Garde espoir Aléïc, ensemble nous allons nous en sortir. Regarde autour de nous, ça commence déjà à bouger. Ma mère renoue avec son mari, Hope et Éléonore sont réelles, et Serge… Mon père est à deux doigts de réveiller mon corps. <br>– Tu peux remercier Hope et Éléonore de ma part, Calie&nbsp;? L’idée qu’à l’hôtel des âmes égarées nous ne sommes pas seuls, quelque part ça me réconforte. L’idée de voir ton père te ramener à la vie t’enthousiasme subitement&nbsp;? <br>– Pas vraiment, non&nbsp;! J’ai d’autres projets, beaucoup plus urgents de mon point de vue. Et puis, jamais je ne laisserai tomber Éléonore… Même si elle reste muette. Le vrai problème, tu veux que je te dise, c’est ce projet fou&nbsp;! Rien ne va arrêter la médecine d’avancer. Si ce n’est pas mon père qui trouve comment réveiller les morts, ce sera un autre… Il faut que ce soit lui, car de là où nous sommes, nous pourront bien mieux gérer l&rsquo;accueil de son invention dans le milieu scientifique. Donc, faut l’aider malgré tout, tu comprends&nbsp;? <br>– Je comprends… En fait, non, pas du tout&nbsp;! Tu veux que ce projet aboutisse, mais tu ne veux pas y participer, alors que sans toi il n’a pas de sens… Ce n’est pas un peu contradictoire, tout ça&nbsp;? <br>– Pour une fois je suis d’accord avec ma mère. C’est une partie d’échecs notre affaire. Nous sommes tous sur le même plateau, avec non pas deux adversaires qui s’affrontent, mais deux équipes. Dans la nôtre malheureusement les ambitions divergent, et trempent dans une sauce à l’arrière-goût d’intérêts personnels. <br>– Je ne te suis plus trop là, c’est qui l’équipe d’en face&nbsp;? <br>– Réfléchis, dans notre équipe nous avons mon père, ma mère, son collègue américain, Hope, toi, Éléonore et moi. En face, nous avons le côté sombre de l’humanité, avec comme pièces principales la mort, le profit que certaines dérives des inventions de Serge pourraient engendrer, et l’ensemble des mauvais comportements humains contre lesquels j’engage toute mon énergie. <br>– En clair, tu es en train de me dire que nous jouons tous dans la même cour, mais avec chacun des buts différents&nbsp;? Une partie d’échecs avec plusieurs rois à faire tomber dans le camp adverse, c’est ça&nbsp;? <br>– Parfaitement. Ton roi contre lequel tu joues c’est ta mémoire; celui de ma mère et mon père, c’est mon réveil; celui de Hope c’est d’exister pour de vrai; celui d’Éléonore et le mien est de réconcilier l’humanité avec elle-même, ainsi qu’avec sa planète. Tu as tout compris&nbsp;! <br>– Tu as une idée de comment tout ça va se finir&nbsp;? <br>– Je ne vois pas encore l’avenir&nbsp;! Je peux juste rappeler qu’aux échecs, il y a la possibilité de repêcher des pièces hors-jeu. Qui choisira-t-on de ramener sur le plateau&nbsp;? Qui choisira-t-on de ramener à la vie&nbsp;? Toi&nbsp;? Moi&nbsp;? Éléonore&nbsp;? Hope&nbsp;? ou encore, nous quatre&nbsp;? <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes doigts n’ont jamais tapé aussi vite. Une dernière relecture, et j’envoie tout ça à Serge.</p>
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		<title>C16 &#8211; Jour 14 &#8211; Tout s&#8217;accélère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 17:43:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Élise décide d’interconnecter tous les protagonistes pour tenter de sauver Calie et redonner un sens au chaos qui les entoure. Les révélations s’enchaînent : Hope [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Élise décide d’interconnecter tous les protagonistes pour tenter de sauver Calie et redonner un sens au chaos qui les entoure. Les révélations s’enchaînent : Hope découvre sa véritable identité, Aaron dévoile l’existence d’Éléonore, et Serge apprend la vie secrète des âmes, relançant l’espoir. Désormais, tous sont entraînés dans une course contre le temps où science, amour et destin s’entremêlent.</em>..</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-3301" style="aspect-ratio:1.3385674753845165;width:929px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/02/fotor_creation_2026-02-03-2-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">
Élise
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nouvelle journée, et tout s’accélère dans ma tête. Le boulot passe clairement au second plan. J’ai une nouvelle mission qui va me challenger. Je me suis lancée le défi d’interconnecter tout le monde, Calie, Hope, Aléïc et Serge. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au moins quatre bonnes raisons d’utiliser toute mon énergie pré-caféinée pour me sortir du lit. L’exploit accompli, telle une somnambule en pleine action, je rejoins le canapé du salon. Bien déterminée à voyager dans l’autre dimension, l’idée d’écrire à l’ordi en simultané tout ce que j’entends me traverse l’esprit… sans s’y arrêter&nbsp;cette fois ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je profite alors de mon état encore moitié ensommeillé pour me déconnecter volontairement du monde réel, et retrouver avec hâte mes filles chéries, mon mari, et Aléïc.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Aléïc &#8211; Hope</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– Qu’est-ce qu’il se passe, là&nbsp;? Optimus est à l’agonie, ses ventilos sont à l’arrêt, il ne respire plus. C’est jour férié, ou tout le personnel est en grève ? Pourquoi tout est éteint&nbsp;? En demandant plus de calme, ce n’était pas à ce point, je rigolais&nbsp;! Trop de solitude me stresse&nbsp;! Ohé, il y a quelqu’un&nbsp;? <br>– Ça va là, Aléïc… Profite, on t’fiche la paix pour une fois… T’es genre jamais content toi&nbsp;! <br>– Tu vois&nbsp;? Toi aussi tu es bizarre&nbsp;! Il s’est passé un truc grave&nbsp;? C’est Serge&nbsp;? <br>– C’est tout l’monde&nbsp;! J’crois qu’Serge est parti s’pendre, et qu’le reste de la troupe l’a suivi, par solidarité. T’as foutu un tel souk dans la boutique l’aut’ fois, que tous, là, sont calmés à jamais. <br>– Tu parles de mon arrêt cardiaque&nbsp;? Tu ne crois pas que je l’avais prémédité, quand même&nbsp;? <br>– J’parle de c’qui d’vait être LE grand jour pour Serge, et que t‘as complètement foiré&nbsp;! <br>– Hé là, un peu trop facile de tout me mettre sur le dos&nbsp;! Mes revendications étaient légitimes. Tôt ou tard, à continuer comme ça de toute façon le clash était inévitable. <br>– Ben là, c’est arrivé&nbsp;!… Pi voilà&nbsp;! <br>– T’es sûre que tu vas bien&nbsp;? Après ce gros plantage, tu devrais être en colère, me maudire, et avoir plein d’arguments pour me demander de dégager&nbsp;? T’abandonnes&nbsp;? <br>– Les temps changent Aléïc, et les gens avec&nbsp;! <br>– C’est donc si grave que ça, ce qu’il s’est passé au labo&nbsp;? Tu es flippante là, avec ton étrangeté comportementale ! <br>– L’bilan top déprime, c’est qu’Serge va d’voir rendre les platines, faute de financement. Ma mère perd tout espoir de se rabibocher avec son mari. Toi, on n’sait pas&nbsp;! Et moi… <br>– Toi ?? <br>– Moi, j’viens d’apprendre qui j’suis, ou plutôt… qui j’aurais dû être… mais que j’suis quand même&nbsp;! 
<br>– Version décryptée&nbsp;? Toi aussi, tu as un problème d’identité&nbsp;? <br>– En clair, j’suis bien la fille de ma mère… Mais je n’suis pas née… On était deux dans son ventre, mais il a fallu que j’cède la place pour l’aut’. Et devine quoi&nbsp;? <br>– Qu… Je n’en sais rien, on t’a proposé un deal&nbsp;? <br>– Même pas&nbsp;! À c’t’âge-là, on t’demande rarement ton avis&nbsp;! L’autre, c’était Calie. Calie est ma sœur jumelle. Triste histoire pour ma mère, à nous deux, nous n’avons vécu qu’douze ans&nbsp;! Après, comment n’pas douter d’avoir fait l’bon choix en l’ayant choisie elle, et pas moi&nbsp;! <br>– Hey, positive, tu as une sœur, c’est énorme, non&nbsp;? Et puis, tu n’es plus l’invention de ta mère, tu peux enfin te détacher d’elle maintenant, et aller explorer ailleurs&nbsp;? <br>– Ailleurs où&nbsp;? J’ai bien peur qu’tout l’monde ici moisisse dans sa propre prison. Toi et Calie dans cette chambre d’hôpital, moi c’est dans la tête de ma mère&nbsp;! Et j’suis pas prête d’en sortir&nbsp;! Tu penses vraiment qu’un paradis existe, pour des gens comme moi, qui n’ont même pas eu d’vie terrestre&nbsp;? <br>– Je crois ce que je vois, et après la mort, il m’a été permis d’observer que le chemin continue&nbsp;! Mon corps visiblement est en état de mort cérébrale, pendant l’expé il était même en arrêt cardiaque, plus mort que ça tu ne peux pas. Et pourtant, pendant cet instant, je discutais comme si de rien avec Calie. Le paradis existe peut-être, mais pour y arriver, on a sans doute des trucs à accomplir avant. C’est l’hypothèse pour moi, qui m’aide à comprendre ce que je fous là. Comme là par exemple, Calie me demande de lui écrire une histoire qui l’aiderait, elle et son père, à faire la paix. C’est complètement dingue, mais rien n’arrive par hasard. Alors j’imagine que nous sommes tous embringués dans une grosse affaire, dont les tenants et aboutissants nous échappent, mais dans laquelle chacun de nous a un rôle à jouer&nbsp;! <br>– C’est beau c’que tu dis. Mais si tout s’affiche aussi clairement dans ton esprit, dans l’mien c’est l’brouillard complet, avec visibilité zéro centimètre&nbsp;! <br>– Avec tout ce qu’on m’a rentré de force dans le crâne, j’ai de quoi lui écrire son histoire, à Calie. Mais pour ça, elle et son père vont devoir communiquer. C’est là que toi et ta mère intervenez. Calie est ta sœur, pour de vrai, c’est le moment d’enterrer la hache de guerre. Votre famille n’a pas un sérieux besoin de se réassembler&nbsp;? Tu vois, tout s’emboite. Reste à remotiver Serge. Au point où il en est, c’est un défibrillateur d’enthousiasme dont il a besoin. Tu ne crois pas que ce serait le moment ou jamais de lui balancer la vérité sur le corps de Calie&nbsp;? <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette dernière phrase interrompt net la discussion. Entre savoir ce qu’on doit faire et se l’entendre dire par un autre, l’effet n’est pas du tout le même. Un secret m’a été dérobé et dévoilé au grand jour. Le risque d’une mauvaise réaction de Serge n’est pas à prendre à la légère. Ce serait catastrophique pour la suite de l’aventure. Je n’ai plus d’autre choix que d’accélérer la manœuvre, et de le rencontrer au plus tôt. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mon corps est réveillé, ma tête, elle, est en manque de caféine et me réclame son premier shoot du matin&nbsp;! Je troque à regret le canap pour le tabouret bar de la cuisine. Huit heure trente à l’horloge digitale du micro-onde, une sonnerie retentit, c’est le téléphone. Heather réussit cette fois à me faire décrocher. C’est à propos de Aaron, sa maman a appelé le cabinet pour dire qu’il était en panique, et voulait absolument me voir. C’est à propos de Calie, dit-elle. Pleine d’inquiétude à mon tour, je décide de me rendre directement à leur domicile, après avoir découvert qu’à pied nous n’étions pas si éloignés. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Arrivée sur place, je découvre un petit garçon sur le lit de sa chambre, tout recroquevillé, ses grands yeux bleus noyés de larmes. Il ignore pour la première fois ma présence, et son regard est perdu dans le vide. Je tente une première approche, en m’adressant à ce vide que j’essaie de combler avec quelques paroles&nbsp;: <br><br>Élise &#8211; Aaron<br><br>– Aaron, tu es à la maison… ta maman m’a appelée, et je viens d’arriver. Nous sommes en sécurité ici, dans ta chambre… Elle est chouette, dis-moi&nbsp;! Ensemble rien ne peut nous arriver, tu le sais&nbsp;? Je vais prendre ta main, et tu vas me raconter ce que tu as vu… Ça a dû être costaud cette fois, pour te mettre dans un tel état… <br>– Les ailes d’ange, Ma’am, je sais qui c’est… <br>– Dis-moi alors, car depuis qu’elles me sont apparues, j’appréhende chaque ouverture de porte d’ascenseur… <br>– C’est Éléonore… Elle est derrière… Elle veut sortir… 
<br>– Éléonore&nbsp;? C’est Calie qui … <br>– …Non c’est elle… C’est Éléonore&nbsp;! Le mur qu’elle nous a montré, avec les ailes gravées dessus, c’est une porte… Son corps est juste derrière, allongé, comme si elle dormait. J’ai pu voir son visage, ses mains, ses pieds… ils ne sont pas du tout abimés par le temps. Elle porte une robe blanche, de religieuse on dirait, avec une petite croix qu’elle tient entre ses doigts. Elle doit avoir l’âge de Calie… Son fantôme était debout, à côté, et me regardait, avec un air triste… Elle ne m’a pas parlé, mais je sais qu’elle a peur… peur que Calie parte sans elle. Elle a compris ce qui se prépare pour la faire revenir à la vie. Alors, lorsque Calie aura rejoint sa famille, elle doit penser qu’on l’oubliera. Éléonore, elle, personne ne l’attend, et on va lui enlever sa seule famille, son âme sœur, son amie. Ma’am, faut l’aider. Elle aussi. <br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je cède à l’émotion, et serre Aaron contre moi. Libéré du poids de cette nouvelle vision, il éclate en sanglots. Sans m’expliquer cette surprenante maîtrise de mes sentiments après cette annonce foudroyante, je tente calmement de réconforter mon petit protégé. <br> <br>– C’est une très forte, et très belle amitié qui existe entre Éléonore et Calie. C’est normal qu’elle soit triste de voir partir son amie, non&nbsp;? Tu pleures pour ça&nbsp;? <br>– No Ma’am… Moi aussi j’ai peur… Calie m’a demandé un truc que je ne peux pas faire, je ne sais pas, je ne veux pas, c’est impossible, impossible… <br>– Si c’est impossible, elle devrait s’en douter un peu, non, tu ne crois pas&nbsp;? <br>– Calie pense que son corps, qui refuse de vieillir, retient son âme de partir là où elle veut. Elle me demande alors de lui en trouver une autre, pour… pour si son corps se réveille. Éléonore ne m’a rien demandé, elle. Mais son corps est dans le même état que celui de Calie, prêt à se réveiller. Si c’est ça qui la retient elle aussi, et qu’elle voit s’envoler Calie, elle voudra forcément la suivre… Je vais alors devoir trouver pas une, mais deux âmes pour ça… mais même une&nbsp;seule, c’est impossible ! Il va se passer quoi maintenant, j’ai peur… <br>– Il va se passer qu’on va parler à Calie, Aaron. Tu vas m’y aider. Je suis sa maman, un enfant écoute toujours sa maman. Tu n’écoutes pas ta maman, toi&nbsp;? Et puis, je te rappelle que Calie est ton amie. Elle ne te fera jamais de mal, tu le sais ça. Et comme Éléonore est aussi l’amie de Calie, elle n’a aucune raison non plus de te faire du mal&nbsp;! <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Deux petits bras autour de ma taille me serrent fort. J’ai réussi à remettre un peu de confiance dans sa vie. Reste à rassurer sa maman qui, les larmes aux yeux, aussi bleus et bouleversants que ceux de son fils, doit commencer à me reprocher d’entrainer son fils dans mes propres affaires. Arrivée au boulot, tout est confus dans ma tête. Je n’arrive plus à prioriser, tout est important. Et puis cette révélation, à propos du corps intact de cette petite Éléonore… Il faut que j’en parle à Josh, il aura peut-être une explication, lui. Et aussi, comment allons-nous le trouver, ce fameux mur/porte sur lequel figurent des ailes d’ange ? <br> <br>Hope &#8211; Élise <br> 
<br>– Des ténèbres je survivrai 
<br>&nbsp;&nbsp;D’l’oubli ’réapparaitrai 
<br>&nbsp;&nbsp;Ma vie bercée d’injustices 
<br>&nbsp;&nbsp;Là où il n’y a pas d’police 
<br>&nbsp;&nbsp;J’cherche mais j’ne trouve pas ma place 
<br>&nbsp;&nbsp;Qu’importe la peine que ça m’fasse 
<br>&nbsp;&nbsp;Tout l’monde s’en fout bien d’ma gueule <br>&nbsp;&nbsp;J’dois m’construire même si j’suis seule <br>&nbsp;&nbsp;Des ténèbres je survivrai 
<br>&nbsp;&nbsp;D’l’oubli j’réapparaitrai <br> <br>– C’est ta revanche mon ange, là, que tu m’annonces&nbsp;? <br>– C’est cette Éléonore qui m’inspire&nbsp;! Quel sale coup d’la vie lui est-il arrivé, pour s’être brulé les ailes, avant même son ascension au ciel. Quelle malédiction pèse sur son corps pour n’pas s’être décomposé depuis tant d’années&nbsp;? <br>– Je n’en sais rien ma chérie, mais une chose est certaine, Calie vouait son amitié à une véritable personne. Tout comme toi, Éléonore n’est pas un personnage imaginaire. Ça aussi, ce serait bien que Serge le sache. <br>– Alors t’es prête, pour l’grand déballage&nbsp;? <br>– Non, mais je n’ai plus le choix&nbsp;! Je l’appelle… Ce soir, promis. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;22h00 une promesse est une promesse&nbsp;!… <br> <br>Élise &#8211; Serge <br> <br>– Allo ? <br>– Serge&nbsp;? C’est Lise. <br>– Lise&nbsp;? Heureux de t’entendre, mes insomnies sont interminables, merci d’en rompre la monotonie&nbsp;! <br>– Mince, ah oui le décalage… 4h00, tu ne dormais pas&nbsp;? Ça va&nbsp;? <br>– Je lisais, enfin j’essayais… Qu’est-ce qui t’amène à cette heure, pas les impôts, rassure-moi&nbsp;? Tu as vu autre chose dans le labo, c’est ça&nbsp;? Des nouvelles de Calie&nbsp;? <br>– Non, oui, j’ai des choses à te dire, des choses importantes… qui pourraient te… <br>– …Lise, je suis au bout du rouleau, là&nbsp;! Plus rien ne peut m’atteindre. Tous mes projets sont en ruines. Pire que ça, je perds la foi, je suis fatigué, je n’ai plus envie. Alors vas-y, quoi que ce soit, je suis prêt&nbsp;! <br>– C’est à propos de Calie… Écoute, je sais c’est dur, mais… tu te rappelles de cette Éléonore dont elle parlait tout le temps&nbsp;? <br>– …&nbsp;! Oui, on en a déjà parlé mille fois&nbsp;! Une amie imaginaire… <br>– Non, Serge. Elle existe. Elle a existé. Et son corps est caché quelque part à Saint Camille. Calie pouvait lui parler… depuis l’au-delà. Elle n’a jamais été une invention de son esprit. <br>– Et ça change quoi&nbsp;? Cette fille, imaginaire ou pas, a bien persuadé notre enfant de refuser de se soigner. Elle l’a conduite à… <br>– …Serge, écoute-moi. Cette petite n’est pas responsable de notre malheur. Et chose extraordinaire, par je ne sais quel miracle, son corps serait dans un parfait état de conservation… Puis ce n’est pas tout. Le corps de Calie est lui aussi à Saint Camille. Il est tout aussi intact… J’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il soit préservé. <br>– Quoi&nbsp;?! Où ça&nbsp;? Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit&nbsp;? Pourquoi m’as-tu laissé croire… <br>– …C’était compliqué. Tu étais effondré, injoignable. J’étais seule pour prendre cette décision. Tu étais où&nbsp;?… On m’a proposé un protocole expérimental de conservation. Illégal, mais… prometteur. Seulement la science, aujourd’hui, n’est pas encore en mesure de répondre au fabuleux défi auquel je m’accroche depuis le début… Nous avons préféré garder le silence pour te préserver, espérant que ton virage professionnel allait pouvoir combler ce grand vide qu’a laissé notre petit ange derrière elle. <br>– Nous ? Ce « Nous » c’est qui ? <br>– «&nbsp;Nous&nbsp;», ne concerne que deux seules personnes, moi et un ami américain, que tu as plusieurs fois croisé sans jamais avoir pris le temps de le rencontrer vraiment. Il était à Saint Camille ce jour-là, pour un congrès m’a-t-il dit. C’est lui l’artisan de cette aventure. C’est encore lui seul qui connaît l’endroit précis où repose Calie. <br>– Joshua, Joshua… Cumming&nbsp;? C’est lui qui m’a remis l’urne&nbsp;? <br>– Oui, c’est bien lui. Je lui ai promis de protéger son identité dans cette affaire, ne me trahis pas. Il a transgressé un grand nombre de règles pour sauver le corps de Calie, que je refusais catégoriquement de voir emmener. <br>– De quel défi parlais-tu il y a un instant&nbsp;? <br>– Le protocole… Il y a une réelle chance que ça marche&nbsp;! Calie est exactement dans le même état que le jour de sa mort. Aucune dégradation biologique… Tu comprends mieux, ce que cela laisse imaginer&nbsp;? Tu serais prêt à… <br>– … Prêt&nbsp;? Lise, c’est ce que j’espérais depuis toujours. Réparer ce qui a été brisé. Tu ne mesures pas ce que ça représente pour moi, pour mes recherches. Tout ça a enfin un sens. Calie est donc là… Elle nous demanderait juste de lui rendre son corps&nbsp;? On va tout mettre en œuvre pour ça&nbsp;! <br>– Ne t’emballe pas. Calie et Éléonore ne manifestent aucun signe de vouloir se réapproprier leur corps, pas encore, quand bien même il serait prêt à redémarrer. Ce n’est pas qu’une question de science. <br>– Alors on les convaincra. Peu importe le temps que ça prendra. Je veux tout savoir. Quelques points sont à considérer, toutefois. Le cadre juridique n’est pas du tout dimensionné à cette affaire. Nous devons désormais protéger ces deux petites miraculées qui n’ont plus aucune existence légale. Je propose d’aller chercher leurs corps seulement lorsque nous serons totalement prêts à les accueillir. En attendant, je ne veux pas savoir où elles se trouvent. J’ai besoin de rester concentré. Peux-tu organiser une rencontre avec le docteur Cumming&nbsp;? Nous avons du travail en perspective. <br>– D’accord. Je vous prépare ça. <br>– Tout ceci annonce donc ton retour&nbsp;? Tu vas venir, n’est-ce pas&nbsp;? Le Docteur Cumming aussi, c’est évident&nbsp;? Quand pensez-vous arriver&nbsp;? La maison est grande et bien vide, je peux vous loger. <br>– Je viendrai, je serai là, quoiqu’il m’en coute&nbsp;! Merci pour l’offre d’hébergement c’est gentil, on a le temps d’en reparler d’ici là. Je vous arrangerai une visio avec Josh, je te tiens au courant. Je dois raccrocher maintenant, j’ai une montagne de paperasse à traiter avant demain. Je t’embrasse, à très vite. <br>– Oui, à très vite. Merci de m’avoir redonné du cœur à l’ouvrage. Financièrement c’est le chaos. Je vais devoir prendre des mesures drastiques, mais avec un tel objectif, plus rien ne pourra nous arrêter désormais. Courage Lise, ménage tes forces, les jours à venir vont être longs et intenses en émotion. Moi aussi, je t’embrasse. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis épuisée, et le mot est faible. Mais voir Serge à nouveau enthousiaste m’irradie de bonheur. Je me suis libérée de mon plus lourd secret, et nous allons travailler ensemble sur le réveil de Calie. La pertinence de cette entreprise était bien réelle. Mon vœu le plus cher se réalise, enfin… <br> <br>Hope &#8211; Élise <br> <br>– …Et moi&nbsp;? Pour moi, rien n’change fondamentalement. J’suis et j’reste l’enfant cachée, l’fœtus d’trop qu’on a offert sur l’autel des sacrifices au dieu d’la médecine, implorant sa clémence pour sauver ma p’tite sœur. Ma non naissance m’a privée d’identité. Toute l’affection qu’j’ai reçue n’m’a jamais été destinée au fond. Mon inexistence, là, m’est agitée sous le nez, et ça fait mal&nbsp;! R’garde, même Éléonore prend plus de place que moi… J’dois l’annoncer moi-même à Serge, que j’suis sa fille&nbsp;?<br>Des ténèbres je survivrai D’l’oubli j’réapparaitrai <br>– Ma chérie, autorise-moi des paliers de décompression, dans l’ascension de ces montagnes d’émotions. Il n’y a aucune raison de te cacher à ton père, bien au contraire. Autorise-lui seulement un peu de temps pour digérer déjà tout ça&nbsp;! <br>– Dix-neuf ans, c’est assez «&nbsp;un peu d’temps&nbsp;», pour toi, ça&nbsp;? T’crois pas qu’il a l’transit émotionnel un peu lent, là&nbsp;? <br>– Je lui envoie un mail là maintenant, ça te va&nbsp;? Nous sommes toutes et tous acteurs dorénavant de ce projet fou, qui peut véritablement aller bien au-delà d’une grande découverte scientifique. Ensemble, nous devons faire en sorte que cette aventure aboutisse et si possible, en évitant de tous se déchirer. Les enjeux sont considérables, pour nous, mais aussi pour l’avenir de l’humanité. J’ai besoin de toi Hope, plus que jamais. Soyons amies, écrivons ensemble une belle histoire de retrouvailles familiales. Je t’aime ma chérie… Vraiment, vraiment</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>C15 &#8211; Jour 13 &#8211; Traumatisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2026 10:55:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Élise révèle à Hope qu&#8217;elle est l&#8217;âme du fœtus sacrifié in utéro, pour sauver sa jumelle, Calie. Cette confession bouleverse leur relation : Hope affirme [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Élise révèle à Hope qu&rsquo;elle est l&rsquo;âme du fœtus sacrifié in utéro, pour sauver sa jumelle, Calie. Cette confession bouleverse leur relation : Hope affirme son existence, sa légitimité et son amour filial, tandis que Calie affronte sa culpabilité et sa jalousie. Entre les deux sœurs, un lien nouveau se tisse, ouvrant la voie à une réconciliation intime et à l’acceptation de leur gémellité réinventée&#8230;</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-3237" style="aspect-ratio:1.3385674753845165;width:907px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/01/fotor-ai-20260129104750-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Encore une nuit blanche à cogiter. Je manque de sommeil, d’énergie, d’idée pour me rendre utile moi aussi dans cette affaire. Ce à quoi j’ai assisté hier, entre Calie et Aléïc, était juste irréel. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je relis ma prose, le moral n’y est pas. Il apparait de plus en plus clairement que Calie n’est pas du tout séduite à l’idée de retourner sur terre. Comment la convaincre que chez elle, c’est avec nous, son père et moi… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je pense pouvoir l’aider à renouer avec son père, en facilitant la communication entre nous trois, grâce à ma clairvoyance. Son idée d’histoire est plutôt astucieuse, et pertinente. Inventer un chemin virtuel sur lequel elle et son père vont pouvoir projeter leurs différends, c’est digne d’une psy. Aller chercher une réconciliation sur un terrain neutre, les chances d’aboutir augmentent forcément. C’est prouvé. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Reste donc à régler la question : comment câbler tout le monde pour transmettre les messages&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le rôle de chacun, dans cette histoire, commence à se dessiner. Si je sers de relai pour rediriger les messages vers chaque destinataire, il va tout de même me falloir un messager, une messagère, pour les distribuer&nbsp;! <br> <br>– Ah ouais, et là, tout d’suite, tu penses à qui pour transmettre tes textos à Aléïc, ou encore à Calie&nbsp;? <br>– Hope ma chérie… <br>– Hope ma chériiiie… J’t’ai pas déjà dis c’que j’en pensais moi, du taf de messagère&nbsp;? <br>– Doucement, il se passe quoi là, je ne t’ai encore rien demandé&nbsp;? Je réfléchissais… <br>– …Y s’passe quoi&nbsp;? Tu l’fais exprès ou quoi&nbsp;?… J’ai tout à perdre, moi, dans l’histoire. Calie revient, et j’disparais moi. Reconnais-le, avec elle dans l’paysage, je n’te sers plus à rien. Pire, si j’n’étais plus là, t’apparaitrais aux yeux de tous, genre, complètement guérie. Tu r’partirais alors sur d’bonnes bases, vers de nouveaux amis, une nouvelle vie, normale celle-là … Mon destin n’est pas de m’sacrifier au nom d’ta santé mentale&nbsp;! <br>– Hope, ma très, très chère fille. Écoute attentivement ce que j’ai à te dire. L’instant est solennel. Je vais te révéler une vérité acide, qui depuis dix-neuf ans ronge ma mémoire. Tu existes, tu entends&nbsp;? Ton âme existe bel et bien, et elle est là, en ce moment, devant moi. <br>– Quoi&nbsp;? Si l’plan est d’m’embrouiller pour arriver à tes fins, c’n’est pas la peine de t’donner tant d’mal. C’est d’jà assez l’cahot chez moi&nbsp;! <br>– Depuis que tu m’as convaincue d’accepter ma clairvoyance, tous les éléments du puzzle s’assemblent. Ma sensation d’avoir toujours eu deux filles, le déni de ces voix que j’entends, mes cicatrices du passé…ta personnalité, bien à toi… Il faut que je te reparle de ma grossesse. Hope tu es là, tu m’entends&nbsp;? <br>– Je t’écoute maman, je n’te quitte pas d’une semelle, tu l’sais… <br>– Il y a dix-neuf ans… il y a eu un problème. Un événement particulièrement douloureux m’a affectée jusqu’au tréfonds de mon âme. On n’a pas toujours conscience d’avoir subi un traumatisme, lorsqu’on en est victime. Des fois même, on pense avoir surmonté l’épreuve avec succès. Mais après toutes ces années… Mes comportements bizarres auraient dû me mettre la puce à l’oreille. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’étais enceinte, et heureuse… C’était ma première grossesse. Avec ton père, nous n’attendions pas un, mais deux bébés. Deux petites filles, deux charmants petits êtres qui poussaient dans mon ventre, sans problème apparent. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Malheureusement, peu de temps après avoir connu ce délicieux moment où, pour la première fois, je vous ai senties bouger, il est apparu un problème. Toi et ta sœur partagiez le même placenta. Par endoscopie fœtale, il n’était hélas pas possible de vous séparer à l’époque. Sans intervention rapide, aucune de vous n’allait survivre. L’alimentation partagée menaçait directement le bon développement des deux fœtus. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Précipités par la gravité, et l’urgence de la situation, il nous a été demandé… il nous… Nous avons dû faire ce terrible choix. Une décision, pour une jeune maman, et une première grossesse, impossible à prendre. Hope, je… je m’excuse… <br>– Continue maman, continue… <br>– Il fallait dire aurevoir à l’une d’entre vous. Sacrifier une vie, pour en libérer une autre. Seule Calie a survécu, grâce à toi ma chérie, grâce à toi… Et quelque part, le ciel t’en remercie, car tu es toujours là. Avec ta détermination à vouloir exister à tout prix, tu as complètement redistribué les cartes. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sincèrement, je ne sais pas à quel stade de développement, l’âme d’un petit être devient mature, mais en ce qui te concerne, la tienne s’est révélée très précoce. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Depuis cette sombre journée, tu ne m’as jamais plus quittée. Grandir dans l’ombre de ta sœur a forgé ton caractère, grâce auquel tu es bien vivante. Tu es vivante Hope, tu entends, tout autant que Calie. La mort est une escroquerie, trop peu de personnes encore la considèrent comme un passage vers autre chose, quelque chose de merveilleux… <br>– Je n’suis passée à rien du tout, moi&nbsp;! Et avec c’que t’envisages de faire avec le corps de Calie, j’pense pas non plus qu’tu vas lui faciliter l’passage, à ta chose&nbsp;merveilleuse… <br>– Touchée&nbsp;!… Il y a un temps pour tout. La grande horloge du temps n’avance que dans un seul sens, vivre intensément chaque moment est important pour l’équilibre mental, ou spirituel. Ni toi, ni Calie n’avez assez profité de cette fabuleuse vie terrestre. Tant qu’il restera des options sur la table, je me battrai pour permettre à Calie de revivre son passage sur terre, jusqu’au bout, et sans raccourci… <br>– …Et pour moi&nbsp;? <br>– Hope ma fille, il y a sans doute aussi des choses qui vont se présenter, pour toi aussi. Nous découvrons seulement, toutes les deux, cette situation nouvelle. Je ne peux encore rien te promettre, seulement t’assurer que j’investis tout mon amour maternel dans cette affaire. En attendant, te savoir là avec moi, en personne et bien réelle cette fois, ça me libère de toutes ces années de doutes et d’idées noires. Tu es véritablement, tout autant que ta sœur, crois-moi, ma joie de vivre. <br>– Émue&nbsp;!… Je n’réalise pas encore…Ça confirme c’que je soupçonnais depuis des lustres, mais… je n’sais pas si ça change grand-chose au final, pour moi&nbsp;! J’n’ai aujourd’hui qu’mes prières, pour espérer voir un jour de vraies larmes couler sur mes joues&nbsp;! <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette journée commence trop fort en émotion… Avec le manque de sommeil, la fatigue nerveuse, je me déclare inapte à bosser ce matin. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’envoie un texto à Heather, qu’elle décale mes rendez-vous de la matinée. Je passerai en début d’après-midi mesurer l’ampleur du travail à rattraper. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Heather me répond… Déjà&nbsp;? Elle semblait s’y attendre, bizarre, elle m’encourage même à me reposer, «&nbsp;vraiment&nbsp;» insiste-t-elle, avant de revenir au cabinet. Sans aucun autre commentaire, elle y ajoute un lien Facebook en bas du message&nbsp;: https://www.facebook.com/Calinnis/ <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;C’est la page Facebook de ma petite Calie. Rebecca n’a vraiment pas perdu son temps. Je découvre pour la première fois sa page. Calie est là, juste devant moi, à l’écran, elle semble si présente… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’émotion me submerge. Je comprends à présent, ce que Heather entendait par «&nbsp;vraiment&nbsp;»&nbsp;! Elle connait mes vulnérabilités, craquer ici est bien moins compliqué à gérer qu’à l’hôpital. J’éclate en sanglots… La fontaine de larmes alimentée par tout ce qui me pèse depuis des jours coule à flot. Pleurer soulage. Au bout d’un moment, un léger gout salé au bord des lèvres me rappelle ces gros chagrins de mon enfance, très vite consolés dans des bras aimants. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je repars me coucher, avec le secret espoir que ma Calie viendra me parler, me consoler. Je regarderai sa page plus tard, lorsque «&nbsp;l’émotiomètre&nbsp;» sera redescendu, un peu. <br> <br>– Calie&nbsp;? C’est Hope. Je… j’sais qu’tu m’écoutes. J’ai un tas d’choses sur le cœur, une liste infinie d’trucs à te dire mais j’n’y arrive pas, ça bloque et je n’sais pas pourquoi&nbsp;! C’est idiot. Me sens un peu seule au monde, là tout d’suite. Tu n’veux pas m’aider&nbsp;? T’es là&nbsp;? D’après Maman nous sommes sœurs… Ça m’fait vraiment plaisir, tu sais&nbsp;?… Même que, techniquement, si j’suis sortie la première tu pourrais être comme… ma p’tite sœur&nbsp;?… J’voulais juste qu’tu saches, heu… juste te dire… Je t’aime petite sœur&nbsp;! C’est tout&nbsp;! <br>– Hope&nbsp;? J’ai… J’ai entendu Maman te raconter son histoire&nbsp;! Comment fais-tu, sérieux, pour parler au monstre d’égoïsme que je suis&nbsp;! Je suis coupable de… d’avoir pris ta vie, et de rien en avoir fait. Pire, au nom d’idées qui ont fini dans la poussière, je me suis laissée partir bien trop tôt. Je regrette, je suis pitoyable, monstrueuse. Je ne croyais pas en ton existence, je la refusais. Tu n&rsquo;étais qu’une invention de Maman, une idée malsaine, juste là pour me remplacer&nbsp;! Tu m’avais volé son amour… Alors que de l’amour, tu en avais besoin, tout autant que moi, et maintenant encore plus. Maman t’aime. Maman t’aime pour m’oublier… Tu es tellement celle qu’elle souhaitait que je devienne, la fille parfaite, la fille qu’elle mérite&nbsp;! T’es fraîche, lumineuse, pleine de… de trucs positifs. Même tes musiques, elles sont belles. Je ne peux pas lutter, j’en n’ai même pas envie. Tu fais du bien à Maman, c’est ça qui compte. La jalousie me pourrit l’existence. Je me sens si seule, abandonnée… Oubliée, comme un cauchemar dont on voudrait se débarrasser. Et toi tu es là&nbsp;! Bien réelle maintenant… Ça me rend folle. Moi… J’ai envie d’aller me cacher. Je ne veux pas tout casser, surtout cette belle complicité que vous avez construite ensemble, avec maman. Mon chemin est ailleurs. Quelque part, là où je pourrai sans doute, un jour, rendre Maman fière de moi. Là où je pourrai accomplir quelque chose qui donnera enfin un sens à tout ce que j’ai traversé, et que je n’ai pas choisi. Hope je te déteste, mais en même temps, je t’aime à la folie. Tu as manqué à ma vie… Tu manqueras toujours à mon passé, que j’ai dû affronter toute seule. Je t’en veux pour ça, j’en veux à Maman, à Papa, je m’en veux à moi aussi… La vie est injuste, la mort l’est tout autant&nbsp;! Tu mérites de vivre, pas moi&nbsp;! <br>– Les larmes n’coulent pas qu’sur les joues des vivantes. Tes sentiments transpercent toute l’énergie qui m’anime. Entre nous, une corde d’un instrument d’musique imaginaire est tendue, vibre, et les premières notes se font entendre. Notre musique est belle, quelles que soient les oreilles qui l’écoutent, parce qu’elle est vraie, sincère et remplie d’amour. On n’choisit pas ses parents petite sœur. Petite, on n’choisit pas grand-chose en fin de compte, encore moins les maladies ou les accidents dont on est victime. J’ai une théorie un peu fumeuse, mais qui peut aider à comprendre. Certaines choses ont sans doute besoin d’être séparées pour créer une histoire, pour générer des émotions et les transformer en sentiments. Je n’sais pas vraiment c’que j’suis, ni c’que nous sommes, mais l’énergie qui nous anime est sensible à tout ça. Cela nous permet même d’réagir, d’échanger en pensées, de partager ce que l’on ressent. La vie est une émotion. Regarde-nous, nous existons à travers nos larmes, même si elles ne s’voient pas&nbsp;! Je t’aime comme tu es p’tite sœur, ne change pas, surtout. Tu es bien plus grande que moi… Tes idées sur la planète sont belles et pertinentes. Ton engagement à les défendre est admirable. Nous n’sommes pas jalouses l’une de l’autre, nous nous aimons&nbsp;! Une pudeur débile nous retient seulement de s’serrer l’une contre l’autre. Calie, écrivons la suite de notre histoire, en réinventant notre gémellité. Si je suis plus grande que toi, alors… Ton cœur, lui, est bien plus gros que le mien&nbsp;! <br>– Je… Grrrr… Je t’aime aussi, Grande sœur. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes larmes coulent sur l’oreiller, je garde les yeux fermés. Je veux rester avec mes enfants, mes bébés… Elles se parlent, enfin…</p>



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		<title>C14 &#8211; Jour 12 &#8211; Tornade</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 16:08:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Lors d’une expérience incontrôlée, Aléïc bascule dans une confrontation bouleversante avec l’âme de Calie. Elle lui révèle qu&#8217;elle et lui sont retenus dans une prison [&#8230;]</p>
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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lors d’une expérience incontrôlée, Aléïc bascule dans une confrontation bouleversante avec l’âme de Calie. Elle lui révèle qu&rsquo;elle et lui sont retenus dans une prison spirituelle créée par le chagrin de son père. Calie confie alors à Aléïc une mission cruciale pour tenter de libérer les âmes retenues, et de protéger l’avenir de l’humanité.</em>..</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-3157" style="aspect-ratio:4/3;object-fit:cover;width:692px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/01/Aleic-Serge-panique-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Serge et moi sur le même projet, l’idée m’a travaillée toute la nuit, impossible de dormir. Une question me torture l’esprit depuis hier: notre amour pour Calie est-il capable à lui seul de retenir l’âme de notre fille dans l’enceinte de cet hôpital&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Faudrait-il enfin nous résoudre à faire notre deuil et la laisser partir, alors qu’une réelle chance de la revoir&nbsp;vivante s’offre à nous ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis partagée entre le devoir parental, à savoir, apprécier ce qui est bon pour elle, et… rien d’autre en fait&nbsp;! L’amour d’une mère pour son enfant me rend très égoïstement sourde à tout ce que Calie doit souhaiter sincèrement. Ce à quoi Serge restait farouchement sourd durant sa maladie, je constate tristement que tout comme lui, je ne suis pas prête à l’entendre non plus. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ce tourbillon d’émotions, essayons de garder un peu de sang-froid, si j’ose dire, rester cohérent, et aller au bout de mon entreprise. Serge, Josh et moi, pouvons la ramener à la vie… C’est une certitude maintenant, un pari fou mais à présent partagé. Ensemble, nous ne pouvons que y arriver. <br> <br>Hope &#8211; Élise <br> <br>– T’y crois sérieux, au r’tour à la vie d’un corps sans âme&nbsp;? <br>– Un corps qui revient à la vie, a forcément une âme… Son corps d’enfant, une fois réanimé, l’âme de Calie reviendra en prendre possession, j’en suis certaine. Je veux y croire&nbsp;! Laisse-moi y croire, mon cœur&nbsp;! Tout comme Aléïc, un lien solide attache son âme à son corps, c’est le phénomène à cause duquel, lui aussi reste malheureusement coincé là où il est… enfin, c’est comme ça que j’imagine les choses&nbsp;! <br>– Alors, comment t’dire&nbsp;! Si tu perds ton temps à écouter une personne, c’est bien qu’tu veux la comprendre, non&nbsp;? Alors pourquoi avec Calie, depuis qu’tu l’écoutes, l’envie d’la décoder s’est envolée chez toi ? J’t’explique la situation. Après sept ans d’errance, tu n’crois pas qu’elle va l’trouver tout rabougri son corps&nbsp;! Tu crois vraiment qu’elle rentre encore d’dans&nbsp;? J’s’rais toi, j’m’attendrais tout de même à des surprises, avec tes certitudes à la noix ! <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ma petite diablotine de Hope me souffle à l’oreille ce que ma raison refuse d’entendre. J’ignore sa mise en garde, convaincue qu’en tant que parent, tout ce qui concerne les enfants ne peut être qu’inspiré par une sagesse divine. Je préfère clore le débat. <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je n’ai toujours pas reçu de visite ce matin. J’observe depuis peu une clairvoyance nettement moins contrainte. Limite, je suis impatiente d’aller retrouver mes voix, pour suivre en live les dernières évolutions. Ma capacité à m’auto projeter dans la dimension voisine s’améliore. Rien n’est définitivement acquis, mais je me rapproche de mes objectifs: ne plus jamais perdre le contrôle pendant ce genre d’exercice, et pouvoir en choisir le moment. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avant même que l’arôme de café tout juste libéré de sa boite ne donne à mon organe olfactif le signal du début de journée, je décide de passer à la pratique. Après seulement quelques exercices de relaxation en pleine conscience, je suis parachutée dans une atmosphère agitée. Un évènement se prépare, ou est déjà en cours. <br> <br>Aléïc &#8211; Hope <br> <br>– C’est quoi encore&nbsp;ce boxon&nbsp;? Hope&nbsp;? Yo, quelqu’un peut-il me répondre&nbsp;? Serge tu fais quoi là, avec ton tabouret à la main&nbsp;? <br>– Pas la peine d’hurler comme ça, respire, profite, on t’a démasqué tu devrais t’réjouir&nbsp;? T’as enfin vue sur ton néon, c’est c’que tu voulais, non&nbsp;? apprécie&nbsp;! <br>– …&nbsp;! On me prépare pour une nouvelle expé, je ne veux pas&nbsp;! Je ne veux plus d’autres souvenirs que les miens… je veux me retrouver moi, c’est possible ça&nbsp;? T’as prévu une marche arrière à ton protocole, Dark Serge&nbsp;? La réversibilité, ça te parle&nbsp;? <br>– Tu parles plutôt à Daft Serge, là&nbsp;! T’as raison, tout porte à croire qu’il va r’prendre les platines&nbsp;: les charrettes pleines de câbles, la tribune pour les schtroumfs observateurs, les écrans allumés… Tu vas encore jouer les vedettes, t’aimes pas la fête&nbsp;? <br>– Je ne vois pas en quoi une lobotomie est festive&nbsp;! Je m’imagine davantage sur la place du village, au moyen âge, juste avant mon exécution. On va tuer encore un peu plus celui que j’étais avant. <br>– Laisse lui au moins l’temps d’t’expliquer, r’garde il s’assoit près d’ton lit. <br>– Inutile, on va me dépouiller ce qu&rsquo;il me reste de conscience, ça ne t’énerverait pas ça&nbsp;? Je ne vaux pas mieux qu’un rat de laboratoire. Si j’avais le choix, je pense que je préfèrerais encore le bistouri&nbsp;!! Mon corps y laisserait quelques organes, mais mon âme, elle, au moins, s’en tirerait&nbsp;! <br>– Y’s’passe un truc, là&nbsp;! Tu lui fais peur&nbsp;! Ton cardio s’met à r’faire des siennes. N’vas pas non plus cramer ta dépouille, juste pour une histoire d’égo à la con&nbsp;? <br>– Ce n’est pas la question. Je suis victime d’une injustice, qui fait chauffer la marmite. La science n’a pas tous les droits. En les laissant faire, je perds toute chance de découvrir un jour qui je suis réellement&nbsp;! Au nom de quoi un être humain accepterait-il d’abandonner définitivement son identité&nbsp;? <br>– Optimus est en surchauffe à cause d’ton cardio. Y a panique à bord, Serge n’a plus assez d’doigts pour taper sur tous les boutons à la fois. C’est une invit pour l’au-d’là qu’tu lui balances, là&nbsp;? Parce-qu’à c’rythme, l’cœur va bien finir par s’coincer entre deux côtes… À vouloir jouer l’bad boy, c’est dans la sixième dimension qu’il va s’jouer ton concert. Lui pourrir son grand live avant même qu’ça commence, c’est minimum, six longs mois d’thérapie pour dépression sévère, s’il s’en sort… <br>– Pour qui tu bosses déjà&nbsp;? Eux&nbsp;? Ta mère&nbsp;? C’est elle qui me parle, là&nbsp;? <br>– Laisse ma mère où elle est, s’te plait&nbsp;!! J’suis juste pragmatique. T’as plutôt l’air sain d’esprit, mais ton corps… Si tu l’regardais mieux, il est complètement à la ramasse&nbsp;! Si tu penses y’arriver seul à sortir d’ta grotte, alors vas-y Jésus, lève-toi et marche. Pas certaine qu’après l’plantage du spectacle, on t’prolonge le gîte et l’couvert. Alors conseil, si tu n’veux pas finir sur l’étal d’une vente d’organes en chambre froide, coopère un minimum. Pour l’heure, c’est dans l’intérêt d’tout l’monde de n’pas faire d’vague… Crois-moi&nbsp;! <br>– Je suis vert, mais j’ai quand même mon mot à dire dans cette histoire&nbsp;! Je suis là, et bien là… Alors j’aimerais bien que ça se sache&nbsp;! Je refuse catégoriquement tout ce qui se trame. Ma colère est en ébullition, la marmite est sur le point d’exploser… Qu’ils arrêtent tout de suite, avant de provoquer une catastrophe humanitaire. L’énergie qui m’anime est bien plus puissante qu’elle ne le paraît. <br>– Tu m’fais peur Hulk, vas-tu vraiment t’transformer&nbsp;? <br>– L’adrénaline monte en flèche. Je tourne autour du lit, je ne m’en suis encore jamais autant approché… Si je pouvais prendre mon corps et partir avec, je le ferais sur le champ. <br>– C’est au tour de Serge de se transformer, il est vert de peur&nbsp;! Si ta tension n’baisse pas, elle va finir par faire sauter l’jus dans tout l’quartier. Tous tes indicateurs sont au taquet&nbsp;! Coté spectacle t’assures&nbsp;! Pas certaine qu’ça plaise par contre, et qu’ça termine en applaudissements tout ça&nbsp;! <br>– Hope, je ne maitrise plus rien, ma vitesse dépasse l’entendement. La colère explose, c’est trop tard&nbsp;!!! <br>– C’est toi la tornade dans l’labo&nbsp;? L’tabouret d’Serge qui vole, avec ces deux chaises sans personne d’ssus&nbsp;? Dieu du ciel&nbsp;! Ouah, phénoménal ! <br>… <br>…Et c’est quoi c’grand calme, maint’nant… Ça va&nbsp;? T’es calmé là, ou on est dans l’œil du cyclone&nbsp;? <br>… <br>…Misère, ton cardio n’marche plus&nbsp;!!!! <br>&#8230; <br>– Hope, j’ai changé de décor. Ce n’est plus moi sur le lit, mais quelqu’un d’autre. Quelqu’une, c’est une fille… 
<br>
<br>Aléïc &#8211; Calie
<br>
<br>– Hope&nbsp;?… Elle ne t’entend plus… Tu es avec moi… <br>– Qui, « moi » ? <br>– Regarde, là, plus près&nbsp;!! Regarde bien et imprime mon visage dans ta mémoire. Je te présente celle que j’étais, avant&nbsp;! <br>– Calie, c’est toi&nbsp;? Mais où suis-je parti&nbsp;? Que se passe-t-il, là&nbsp;? Que fais-tu dans mon lit&nbsp;? <br>– Nous sommes au même endroit qu’il y a un instant… à quelques années près. Avec ce qu’il t’arrive, tu peux voir des choses… nouvelles. Relax, tu vas t’y habituer. Il fallait que je te montre ça. <br>– Quoi ça&nbsp;? Un rapt de conscience&nbsp;? Non, je sais, ce sont les médocs… Ils me font halluciner&nbsp;? <br>– Rien de tout ça&nbsp;! Tu t’es seulement pris les pieds dans le tapis et, patatra, t’es tombé, puis tu m’as rejoint ici. Rappelle-toi, ta grosse colère… Avant de partir&nbsp;! <br>– Partir… Partir où&nbsp;? Il se passe quoi là&nbsp;? <br>– Mais bon sang, combien de fois faudra-t-il que tu meures vraiment, pour comprendre&nbsp;? <br>– Comprendre quoi&nbsp;? Le décor a légèrement changé, mais je suis toujours là&nbsp;! À l’exception de mon corps, qui s’est fait kidnapper… <br>– Regarde-moi, morbleu&nbsp;! Je suis clouée dans ce satané lit, à vivre mes dernières heures, et tu m’ignores&nbsp;? Es-tu insensible&nbsp;à ce point ? Je t’ouvre une fenêtre dans le paysage pour t’aider à comprendre, et toi, tu me gifles en me parlant de ton corps que tu ne vois plus&nbsp;! <br>– Mais je ne demande rien à personne moi, qu’est-ce que je fous là, d’abord&nbsp;? Pourquoi est-ce si compliqué de mourir pour de bon&nbsp;? <br>– Mais quel neuneu&nbsp;! Pour te déniaiser, je tente une explication. Attention, écoute bien… Imagine-toi cet endroit, comme une fresque 3D qui nous représente, tous les deux. Là-dessus, plusieurs époques se superposent. Ton esprit a, depuis peu, le pouvoir d’offrir à ton regard celle qui t’intéresse le plus. Tu préfères la scène au passé, avec moi&nbsp;dedans&nbsp;? Ou bien celle au présent, à te contempler&nbsp;? Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle la question n’a plus vraiment d’intérêt puisque quel que soit l’époque, cet espace retient nos deux âmes en otage. <br>– Otages&nbsp;? Otages de qui, et pour quelle raison&nbsp;? Depuis quand sommes-nous là&nbsp;? Comment le sais-tu que tu es coincée ici&nbsp;? Tu as tenté de t’évader ? <br>– Si tu ne l’as toujours pas traversé, le fameux tunnel, tu vas vite comprendre ce que «&nbsp;coincé ici&nbsp;» veut dire. Depuis sept ans, moi, rien n’y fait, je ne réussis toujours pas à décoller de là&nbsp;! D’autres vivent le calvaire depuis bien plus longtemps encore. Nous ne sommes pas seuls, et les raisons qui nous retiennent ne manquent pas, hélas… <br>– Et sortir par la porte, là, juste en l’ouvrant, ce n’est pas plus simple&nbsp;? <br>– La métaphysique et le spirituel s’interprètent de façons très différentes. Là, tu te crois actuellement dans une chambre d’hôpital, alors que ton âme, elle, est bien prisonnière dans une forteresse sans porte, dont les murs sont impossibles à démolir de l’intérieur. <br>– On se met quand à hurler, alors, et crier au secours&nbsp;? On fait quoi, sinon&nbsp;? En sept ans, tu as dû avoir le temps de creuser la question, non&nbsp;? <br>– Je reprends mon histoire de fresque. Qui dit fresque, dit…&nbsp;? <br>– Tagueurs, bombes aérosol, illégalité, impunité, on m’a ruiné la porte du garage… <br>– …Tu y es, il y a bien un artiste derrière tout ça&nbsp;! T’es moins stupide que tu en as l’air&nbsp;! Donc, si tu veux redessiner le paysage, l’artiste, il faut le…&nbsp;? <br>– …Le pulvériser ? – Fausse joie, c’est crétin ce que tu viens de dire&nbsp;! Ça reviendrait à tout anéantir, comme poser une bombe à tes pieds, et te faire sauter avec&nbsp;! Non, pas du tout. Il faut le… convaincre, de peindre une porte… et, ouverte tant qu’à faire&nbsp;! Comme ça, tu comprends&nbsp;? <br>– Un peu abstrait pour moi, tout ça… Tu sais moi, l’art contemporain j’avoue, quand t’es pas initié, pas toujours facile d’en saisir les subtilités. Et d’après toi, ce serait qui, l’illuminé assez tordu pour nous taguer à l’intérieur d’une forteresse sans porte&nbsp;? <br>– La réponse est dans l’œuvre elle-même. Regarde la scène, ça raconte une histoire. C’est triste, bouleversant, douloureux même. Une jeune ado est en train de mourir, une vie trop courte va être emportée. Qui d’après toi ça affecte le plus&nbsp;? Dans quels cœurs dévastés par le chagrin ce drame restera gravé à jamais&nbsp;? <br>– Ses parents, sa famille, ses amis…&nbsp;? <br>– Bien&nbsp;! Ton esprit s’émancipe… sans cerveau tu ne t’en sors pas trop mal. Tu commences à saisir&nbsp;! Regarde-moi, maintenant. Regarde mon visage, que t’inspire-t-il&nbsp;? <br>– Une jeune fille, au teint pâle, les yeux clairs… qui me regardent aussi&nbsp;! <br>– Fais un effort… Tu veux vraiment savoir ce que tu fiches ici&nbsp;? <br>– Ok… Avec ce regard, tu sembles vouloir demander quelque chose, du moins parler, te confier à quelqu’un. Mais en restant muette devant moi, là, pas certain que je sois le bon candidat. Tu as l’air sereine, mais fatiguée, résignée plutôt, à en juger par les feutres et cahiers qui trainent par terre. Tu sais que ton temps est compté, mais à mesure que cette triste échéance se rapproche, une sorte de regret grandit en toi. Un regret, genre, trop lourd à emporter pour ce dernier voyage. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais qu’as-tu de si important à dire&nbsp;? Et à qui&nbsp;? Il y a quoi, dans ces cahiers&nbsp;? <br>– Bravo&nbsp;! Tu vois, quand tu laisses parler ton cœur, tu peux te montrer perspicace. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tous mes cahiers réunis représentent une très longue déclaration d’amour. Une déclaration d’amour à ma planète. J’y explique ce que l’insouciance morbide de l’humanité est capable de lui infliger, et aussi à quel point notre propre espèce peut se révéler autodestructrice. J’ai honte de ce que nous sommes devenus. <br> &nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais je me force à rester positive. Je crois, malgré tout, à la grande sagesse collective… Avec beaucoup de bonne volonté, à nous tous, nous pouvons changer les choses. Il n’est jamais trop tard, mais il faut se mobiliser devant l’imminence de grandes catastrophes à venir. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis déterminée à aider mon prochain à devenir plus responsable, malgré lui s’il le faut. J’ai déjà commencé. De mon vivant, j’ai dressé un inventaire non exhaustif de tout ce qui me révolte, et de toutes les destructions environnementales dont l’activité humaine est responsable. Dans mes cahiers tu vois, il y a tout ça&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’y ai consacré toutes mes forces, ma maladie, ma vie, si bien qu’il m’est impossible désormais de faire machine arrière, et de renoncer à ce combat. Je considère mon activité comme un geste d’autodéfense, contre tout ce qui agresse ma planète, et mes concitoyens. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sauf que maintenant, comme tu vois, ce grand cri de détresse ne résonne plus que dans la poussière, par terre, et à deux orteils près de se faire marcher dessus, et tu sais par qui&nbsp;? Par la seule personne au monde qui refuse de croire au futur de l’humanité&nbsp;!… C’est avec beaucoup de tristesse, et de déception de voir mes idées ne briller qu’en dessous de mon lit, que je te présente… l’architecte de ma forteresse sans porte… mon propre père, Serge&nbsp;!!!!
<br>– Lui&nbsp;? Serge, l’architecte de ta forteresse&nbsp;? Et tu l’associes à des travaux de maçonnerie chez moi aussi&nbsp;? Dans ma forteresse… à moi&nbsp;?
<br>– Compare nos deux situations, morbleu&nbsp;! Chacun à notre propre époque, nous sommes exactement au même endroit, dans le même lit, avec la même personne qui a pris nos âmes en otage, et même plus. Malgré les années, il a toujours la même obsession, celle de marquer l’histoire avec ses fameuses découvertes. Ce qui n’a pas marché sur moi, il le teste dorénavant sur toi. L’artiste, bourrique, l’artiste fou c’est lui&nbsp;! Tu n’avais pas encore deviné&nbsp;? <br>– Ben non, pas vraiment, mais maintenant que tu le dis … J’admire ton engagement, et ta foi en l’humanité. Un tel acharnement à défendre des idées, ça ne se piétine pas comme ça. Tes cahiers ne sont plus sous mon lit, je te rassure, ils ont bien été ramassés. En plus, s’ils sont le recueil des dernières choses que tu as écrites, je suis certain qu’ils sont conservés très précieusement quelque part, en ta mémoire, très probablement chez ton père d’ailleurs. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ta révolution humaine et écologique n’est pas morte avec toi, Calie. Tu as une belle énergie, tu sais, et qui n’a pas diminué depuis l’époque de tes cahiers. Elle sert une cause juste. Le monde a besoin de toi, ne lâche rien. <br>– Tu changes, tu es étrangement réconfortant pour une fois, merci. Si tu cherches toujours ce que tu fais là, et bien c’est clair maintenant. Tu es là pour une mission très précise, mon ami. On t’a envoyé ici pour réparer le passé, mais surtout protéger l’avenir. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ne fais pas cette tête, j’explique… L’histoire se répète. Tu vis la même situation que la mienne, il y a sept ans, avec mon père. Une deuxième chance s’offre à nous Aléïc, pour lui parler. Pour lui dire ce que je n’ai pas pu… pour lui dire ce qu’il n’a pas voulu entendre. Il faut lui faire&nbsp; comprendre que mes cahiers… c’est comme un grand cri de détresse auquel il faut répondre de toute urgence&nbsp;! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le progrès dans tous les domaines, actuellement et malheureusement, ne contribue qu’à précipiter l’humanité vers son extinction. Le projet de mon père ne va pas améliorer les choses, si aucune précaution n’est prise. Il est encore temps d’agir pour éviter l’apocalypse, mais il y a urgence. <br>– Protéger l’avenir&nbsp;?! Ce n’est pas un peu ambitieux ça, comme programme&nbsp;? <br>– Très concrètement, tu veux savoir&nbsp;? Mon père est sur le point d’offrir à l’humanité une découverte fondamentale, qui peut tout autant être bénéfique pour l’humanité, qu’en accélérer son déclin. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En lui servant de cobaye, tu es un élément clé dans la réussite de sa technologie avant-gardiste. La résurrection de mon corps viendra valider toute une vie de recherche et de travail acharné. S’il réussit, il ouvrira alors la voie de l’immortalité pour toute forme de vie sur terre. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Crois-tu sincèrement que la société, à l’heure actuelle, est prête pour cela&nbsp;? <br>– Effectivement, divisée comme elle est, avec la violence et la bêtise dont elle sait faire preuve, il y a de quoi s’inquiéter ! <br>– Délivre-moi&nbsp;! Je saurai, moi, comment avertir des dangers que tout ça représente. De là où je suis, je ne peux malheureusement pas grand-chose. Je dois reprendre mon chemin. La mort n’est qu’une étape, Éléonore m’avait clairement expliqué ce qu’il se passe réellement après, pour le commun des mortels. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sors-moi de là, mon destin est de sauver la planète. D’ici je ne peux vraiment rien. L’humanité entière court un très grave danger, et plus personne n’est capable de contenir cette folie auto destructrice, qui se répand sur terre à une vitesse vertigineuse. Regarde les actualités dans le monde. Les gens n’ont pas tiré les leçons du passé. Ils réinventent toujours et encore la haine, la violence, la guerre, avec une technologie chaque fois de plus en plus performante … <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aide-moi, aide-nous, je t’en supplie… Je dois vraiment atteindre cette sphère du dessus à partir de laquelle il me sera possible d’influencer les consciences. Éléonore me l’avait prédit depuis longtemps, cette fois-ci, je dois y entrer pour de bon, dans cette lumière. <br>– Ce que tu racontes est vraiment flippant, mais je ne vois pas trop en quoi, moi, comme je suis là, je peux aider&nbsp;?! Éléonore, c’est qui&nbsp;exactement ? <br>– C’est «&nbsp;une&nbsp;» ange auquel personne ne croit… Mais toi, tu dois être beaucoup plus ouvert à ce genre de phénomène, avec ce qu’il t’est permis d’observer ! Éléonore est l’âme de cet hôpital. Elle en est la mémoire et la gardienne à la fois. Elle est là, on dirait depuis toujours. Elle se voulait être le miroir de toutes les souffrances, pour aider les malades à lutter contre le mal qui les grignotait. Combattre un ennemi qui a un visage, est bien plus facile que de parler à de vilaines cellules cancéreuses et envahissantes… Elle voulait aider, elle le voulait… jusqu’à ce qu’elle tombe sur moi&nbsp;! Elle et moi, c’est… C’était&nbsp;! Elle… Je l’ai blessée, en partant trop tôt. Je l’ai déçue parce que je ne me suis pas battue, pas comme elle voulait. Je l’ai détournée de sa route, de son sacerdoce, de sa mission qui l’aidait à surmonter une peine profonde, qu’elle cachait. Je l’ai séduite avec mes idées humanitaires. Je l’ai séduite car dans mes yeux elle ne se voyait pas méchante. Je l’ai séduite parce que je l’aimais… Je voulais que nous soyons sœurs, amoureuses, et plus encore… Elle est là, je sais, elle nous observe, mais elle ne parle pas. Elle ne me parle plus… Je suis sa cicatrice béante dans son cœur. Mon cœur saigne lorsque je pense à elle. Crois-le ou non, un esprit ça pleure aussi&nbsp;! Je pleure, souvent. Elle n’incarne plus le mal, sinon elle te serait déjà apparue. Je l’ai détruite… je… j’ai tout cassé. Je ne sais pas aimer. Mes idées, mes personnes chères, tout ça finit par terre, et devient poussière. <br>– Ton amour pour ton amie est sincère, et touchant… Elle ne sait peut-être tout simplement pas comment l’accueillir. On peut même imaginer qu’elle en a peur, et ne pas se sentir à la hauteur. Peut-être aussi elle n’a jamais été aimée, pour s’être complainte dans un rôle de méchante. <br>– Elle me manque&nbsp;!… J’espérais la retrouver, une fois de l’autre côté. <br>– Calie, elle t’écoute, tu m’as dit. Parle lui. Apprends-lui, c’est quoi aimer, et pourquoi ça ne se contrôle pas… <br>– Tu es plus sensible que je ne l’imaginais. Mais je ne sais pas comment lui parler. C’est comme avec mon père, il y a blocage émotionnel&nbsp;! <br>– C’est quoi le plan, alors&nbsp;? Si je peux aider, tu sais où sonner ! <br>– …Le plan&nbsp;? Il n’y en a pas&nbsp;! L’urgence, c’est mon père, il faut casser la glace qui nous sépare&nbsp;! Trouver un moyen, quoi qu’il en coute. Il doit enfin comprendre que je ne suis pas morte pour rien. Qu’il y a bien un sens à tout ça&nbsp;!!! Tant qu’il ne l’aura pas admis, son chagrin me retiendra ici, c’est certain. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aléïc, je ne vois qu’un seul moyen… Attention ça va te surprendre, mais c’est à tenter… Invente-lui une histoire&nbsp;! Invente une histoire, à travers laquelle lui et moi nous pourrions nous parler, et provoquer ainsi une dernière chance de réconciliation. Il est tellement absorbé par son travail et imbibé de tristesse, que sa vie part complètement dans le décor. Et plus ça va, plus il creuse le fossé&nbsp;! Le seul truc qui le fait tenir, c’est l’espoir de voir ses recherches aboutir prochainement, avec toutes les conséquences derrière… Aléïc, c’est vraiment grave ce qu’il se passe, là&nbsp;! <br>&#8230;<br>– Une histoire&nbsp;??? Mais comment, tu m’as bien vu&nbsp;? – Calie…&nbsp;? Il se passe un truc là… Je perds l’image… Je ne vois plus la scène… Le rideau est tombé, tout est noir&nbsp;! <br>– Ouf… je suis revenu… Plus exactement, on a de nouveau permuté. Je suis à ta place, dans le lit. Calie, tu es toujours là&nbsp;? Tu m’entends toujours&nbsp;? 
<br>
<br>Hope &#8211; Aléïc
<br>
<br>– Calie&nbsp;?… Tu délires mon pote&nbsp;? Ça y est, t’es d’nouveau parmi nous&nbsp;? Tu nous as vraiment foutu les «&nbsp;ch’tons&nbsp;» avec ton arrêt cardiaque. R’commence pas trop souvent, c’était genre ouragan d’panique ici, pendant ton absence. Serge y a laissé des plumes, il a transpiré dix litres de sueur froide, si t’avais vu. Toutes ses années d’recherche et d’études ont dû défiler devant ses yeux, sûre&nbsp;! <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je mets fin à cette séance, pour raison physique&nbsp;! J’ai dépassé la fréquence cardiaque humainement supportable. Un expresso par-dessus, et c’est le grand saut&nbsp;! L’émotion est de plus en plus difficile à contenir. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il faut pourtant absolument que j’écrive tout ça à chaud, il serait dommage d’en perdre une miette. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Prévenir Heather&nbsp;? Oui bien sûr, il le faudrait, mais mon récit ne peut tellement pas attendre… <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La prochaine fois, je tenterai de prendre des notes simultanément à l’ordi, je m’économiserai un temps considérable.</p>



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		<title>C13 &#8211; Jour 11 &#8211; Révélation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 07:39:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Élise trouve la force d’affronter ses peurs, et de reprendre contact avec Serge. Elle lui révèle qu’elle perçoit des images très précises de ce qu&#8217;il [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Élise trouve la force d’affronter ses peurs, et de reprendre contact avec Serge. Elle lui révèle qu’elle perçoit des images très précises de ce qu&rsquo;il est en train de faire dans son laboratoire de recherche, à travers les yeux de Aléïc, le cobaye humain sur lequel il travaille.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-3111" style="aspect-ratio:4/3;object-fit:contain;width:603px;height:auto"/ width="1024" height="765" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2026/01/C13-Revelation-1024x765.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">
<br>Élise
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je me réveille chaque matin au côté de Chris Martin, le chanteur de Coldplay. Il a la gentillesse de chanter rien que pour moi dans mon téléphone portable, ma chanson préférée «&nbsp;the Scientist&nbsp;». Je ne le coupe jamais avant qu’il m’ait susurré à l’oreille qu’il me trouve jolie. Seulement après peut alors commencer le long processus de l’émergence matinale.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quitter le lit, et renoncer à toutes les calories douillettement emmagasinées durant la nuit, est la plus difficile décision à prendre de la journée&nbsp;! Mes démons du matin redoublent d’imagination pour me dissuader de me lever&nbsp;! Ce matin, le démon de la paresse gagne en confiance, mais j’ose lui opposer un compromis. Redressée dans le lit et callée entre mes deux oreillers, je vais tenter d’écouter mes voix volontairement, tout en restant consciente. Sans trop forcer, je me laisse envahir par une douce chaleur… Je garde les yeux ouverts.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Aléïc <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Triste paysage ce matin, toutes les couleurs se sont envolées. Dehors, les nuages se désagrègent en flocons, la neige se confond avec mon décor d’hôpital. La lumière blanche des néons donne un ton blafard à tous mes visiteurs. Toute cette monotonie chromatique m’étouffe. Je me déplace vers la fenêtre comme pour mieux y respirer. Dehors, la vie offre des couleurs un peu plus chaudes. <br>
<br>Hope ; Aléïc
<br>
<br>– Oh là, l’ami&nbsp;! L’cardio r’part à l’attaque des sommets&nbsp;! C’est toi ou la machine qui s’emballe&nbsp;? On t’fait rien pourtant, là&nbsp;?
<br>– J’sais pas, Hope&nbsp;! Sans doute les deux, je m’en fous un peu à vrai dire. Un petit coup de blues qui me booste la morosité, sans doute&nbsp;! Tu les vois, toi, les gens en face à leur bureau, empilés les uns au-dessus des autres, dans leurs tours en verre&nbsp;? Tu crois qu’ils sont plus vivants que nous, à fixer à longueur de temps leurs écrans et assis toute la journée&nbsp;? <br>– Ils le sont, oui&nbsp;! Ils le sont, même si la plupart n’en m’surent pas la chance. Eux au moins, ont l’choix de v’nir au boulot le matin. L’soir ils rentrent à la maison, claquent la bise à leurs chéris, enlacent leurs enfants, invitent des amis. Ils mangent, boivent, rient, pleurent, ils vivent, quoi&nbsp;!!! Toi, ça n’t’manque pas, tout ça&nbsp;?
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Calie dit qu’vivre est un privilège. C’est sûr, mais en même temps elle n’a pas idée l’mal qu’ça m’fait d’entendre ça&nbsp;! C’est comme si moi j’n’en n’étais pas digne&nbsp;! Vivre c’est laisser une empreinte, des souvenirs à tous ceux qui t’ont connu, et à travers eux d’continuer à exister, même après la mort. Elle a réussi tout ça, elle.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La vie… un privilège, ok, mais c’qu’elle ignore, c’est qu’d’en avoir toujours été privée est une profonde souffrance. Comment peut-elle être jalouse de moi&nbsp;? Je n’suis qu’un foutu concept, que seul l’cerveau tordu qui l’a créé pourra peut-être un jour s’rappeler. J’deviens quoi moi, l’jour où Élise aura compris qu’entretenir une image d’sa fille à deux époques différentes, est une absurdité pathogène&nbsp;? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;J’ne suis décidément rien du tout, une illusion, la lumière d’une étoile éteinte depuis des années. Calie, elle, c’est l’astre tout entier qui illumine le ciel. Elle n’m’aime pas, et moi je suis jalouse d’elle. Cela doit suffire pour nous tenir à distance l’une de l’autre, j’imagine&nbsp;! J’ne m’rappelle pas lui avoir parlé un jour, même si plein de fois j’en ai eu envie…
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aléïc, tu n’voudrais pas me prêter ton corps&nbsp;? J’ai si mal de n’pas exister&nbsp;! Juste pas longtemps. Jusqu’à c’que tu t’décides à rev’nir d’dans… ou pas. Laisse-moi l’opportunité de laisser ma «&nbsp;Hope touch&nbsp;» dans l’histoire de l’humanité&nbsp;!…
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;…Excuse, me suis un peu emportée&nbsp;!… C’était quoi déjà, ta question&nbsp;?</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>   La mélancolie de Hope, et sa rage de vivre, me donnent définitivement l’impulsion que j’attendais pour me sortir du lit. C’est un message fort, qu’elle envoie aux hésitants du matin. Il méritait de figurer dans ce journal. <br> <br>– Hope, mon cœur, tu brilles bien plus que tu ne l’imagines. Ton empreinte est bien imprimée dans ce journal, et grande nouvelle, je souhaite qu’un jour il soit publié. Même si dévoiler mes vulnérabilités me coute autant que si j’offrais ma nudité aux regards d’inconnus, tout ça ne doit pas servir à rien. Je veux dire à mes futurs lecteurs, qu’il est bien moins difficile de traverser les épreuves de la vie accompagnée, que toute seule. Je veux pouvoir leur dire aussi combien tu es importante pour moi… Combien tu es mon équilibre. Je te remercie aussi pour ce touchant regard que tu as sur la vie. Je pars au travail le cœur plus léger. <br> <br>   L’hiver s’installe pour de bon. La neige persiste depuis plus d’une semaine déjà, et forme à certains endroits une couche plutôt épaisse. Aléïc a raison, toute cette blancheur anesthésie la perception de toutes les autres couleurs du paysage. Les trottoirs chauffés guident les piétons d’un bâtiment à l’autre. La vapeur expirée au travers de plaques d’acier, au milieu de la chaussée, nourrit l’imaginaire quant à une mystérieuse activité sous-terraine dans cette ville. J’arrive au cabinet, toute rêvasseuse. <br> <br>Hope : Élise <br> <br>   – ​If there&rsquo;s something strange  <br>   In your neighborhood  <br>   Who you gonna call  <br>   (Ghostbusters) <br>   Daaa, da daaa, da daaa, da talala !!! <br> <br>   Alors c’est pour aujourd’hui ou demain, qu’tu l’appelles ton homme ? <br> <br>– Hope, ma chérie ? Tu es bien remontée, ce matin ! Mal dormi ? C’est Aléïc la cause ? Tu n’imaginais tout de même pas qu’il allait te refiler son corps aussi facilement. Si ? <br>– Ben nan, même lui n’rentre plus d’dans. En plus, pas certaine qu’il sorte d’sitôt d’réparation ! Non, en fait, j’voulais juste savoir… un truc m’préoccupe. Tu peux m’dire… Encore combien d’histoires démentes tu vas t’inventer pour trouver prétexte à n’pas l’appeler, ton mari ? <br>– Mais je ne m’invente rien du tout… Il m’arrive des choses peu banales, ça va, ce n’est pas la première fois non plus ! <br>– Mais tu n’les vois pas les gens, dans le bus, qui t’dévisagent lorsque tu t’parles toute seule, et avec tes grosses lunettes noires sur l’nez, en plein hiver !? Ta tête n’va pas bien M’man ! Mais t’inquiète, j’suis là, je gère. Hakouna Matata ! <br>– Mais que veux-tu me dire, ma fille… que je perds véritablement la boule, c’est ça ? <br>– M’man, t’as besoin d’moi plus que jamais. M’remplacer par Calie, la vraie, t’f’ra carrément r’plonger grave dans la dépression ! T’presse pas d’guérir, j’peux continuer d’faire l’ménage pour toi dans tes voix. Même si j’reste accrochée à tes basques, ça m’va bien, t’bile pas pour moi. <br>– Mais t’existe pour de vrai, ma chérie. Toutes ces voix qui viennent me visiter, je ne les invente pas, elles arrivent bien de quelque part. Je vais bien finir par dénicher où tu te trouves ! <br> <br>Élise <br> <br>   Le fantastique s’invite parfois dans le quotidien, sans prévenir. La probabilité de me voir arriver au boulot avec presque une heure d’avance était jusqu’à présent nulle. Je vois en ça un signe du destin ! Les étoiles s’alignent enfin toutes dans mon ciel. Ce très précieux moment libre, dans mon emploi du temps, dessert ma très inspirée mauvaise foi à trouver des prétextes pour ne pas appeler Serge. Hope ne me laisse donc plus le choix, je dois faire face à mes responsabilités. <br> <br>Élise ; Serge <br> <br>– Allo, Serge ? C’est Élise, Ça va ? Il est quelle heure chez toi, je dérange ? <br>– Lise ? Oui, non… Non, je veux dire, tu ne déranges pas, jamais. L’heure ? Je ne sais pas, il fait jour, je n’ai pas encore mangé, midi par-là ? Rien de grave, rassure-moi ? <br>– Ouf, avec le décalage horaire, je ne sais jamais ! Non, non, rien de grave, enfin si mais… juste important, disons. C’est… c’est à propos de mes troubles, tu sais ? Ils sont revenus, et sous une forme assez étrange cette fois. <br>– Une seconde, je pose mes instruments ! Là… Je t’écoute. Tu semblais pourtant t’en être débarrassé, à défaut, tu savais les gérer, non ? Ça s’est aggravé tu dis ? Ça coince au boulot ? <br>– Non non, enfin pas vraiment, de ce côté-là ça va. Non, c’est plutôt par rapport à toi, et ce qu’il m’est permis de voir dans ces moments d’absence. Sans vouloir t’espionner du tout, et sans connaitre la part de vérité qui en ressort, je suis comme connectée au… à la personne sur lequel tu travailles. <br>– Lise, tu sais… <br>– …attends, laisse-moi finir, avant tout de suite penser que c’est encore un délire sans rapport. C’est déjà assez compliqué pour moi de te raconter ça ! Ton « cobaye » vit une sorte d’EMI, et son esprit est connecté au mien. Je ne sais absolument ni pourquoi ni comment. Il souffre d’amnésie, ou plutôt, il est un peu perdu dans les souvenirs qu’il a dans sa tête. Beaucoup, d’après lui, ne lui appartiennent pas. Le nom d’emprunt qu’il a en ce moment, c’est Aléïc. <br>– Tout ça est assez troublant, en effet. Il est soumis à des protocoles expérimentaux dans le cadre de nos recherches, mais c’est un corps totalement inerte, officiellement décédé, et qui a suivi tout le parcours administratif légal pour arriver jusque-là ! Je n’ignore pas tous les témoignages post mortem qu’on entend ici et là, mais depuis le temps qu’on travaille dessus, ça paraît franchement étonnant… Jusque-là, rien… ou presque, ne laissait supposer qu’une sorte de conscience l’habiterait ? T’es sérieuse, vraiment ? <br>– Écoute, ce n’est pas tout… Aléïc n’est pas le seul à flotter au-dessus de son lit, dans ton labo. L’esprit de notre fille, aussi incroyable que cela puisse paraître, n’a pas trouvé le repos éternel non plus… Elle aussi… enfin son esprit… se balade quelque part autour de toi !… Serge, tu as parfaitement le droit de ne pas croire à tout ça, je comprendrais parfaitement, ça paraît tellement fou… Je te demande juste… juste de le considérer, comme une hypothèse, tu sais, celle dont on se sert parfois en recherche comme point de départ pour tenter d’expliquer un phénomène étrange. En ce moment, ce que je reçois est si clair, que je me permets de te demander : dégage le visage d’Aléïc du drap qui le recouvre. Il ne le supporte définitivement pas ! Tu obtiendrais bien plus de lui, je pense. <br>– Lise, je suis sur le cul, que dire… Tu sais, le paranormal et moi, ça n’a jamais vraiment cohabité !… Alors, m’annoncer que notre Lilie serait présente à coté de moi mais invisible, j’aimerais tellement y croire mais franchement tu m’en demandes beaucoup, là ! En revanche, c’est bien son souvenir qui me hante, impossible de m’en défaire. Je me surprends même à lui parler souvent, très souvent même. Si elle m’entendait, elle m’aurait déjà fait un signe, obligé ! Quant à notre ami allongé, ce que tu as vu est bluffant. Le drap c’est juste pour respecter la dignité du cadavre, c’est une pratique courante, pour nous il n’est plus vivant, du tout ! Avec ce qu’on lui fait subir, le sachant quelque part à nous observer, ça changerait forcément la donne. Seulement, je ne vois pas encore comment annoncer ça à mon équipe, déjà qu’ils me prennent pour un illuminé. Si maintenant je soutiens que ce qui ne marche pas, c’est à cause du paranormal, mon café va rapidement avoir gout de Lexomil, et je les comprendrais. Je garde l’info pour moi, mais je demanderai à ce qu’on ne lui recouvre plus le visage. Ça va surprendre, mais bon ! Si ça peut aider… <br>– Pour Calie, ne sois pas si persuadé qu’elle ne t’écoute pas. Je l’entends, elle ne m’entend pas, elle t’entend, tu ne l’entends pas. La communication dans notre famille a toujours été compliquée… Aujourd’hui, plus que jamais ! Même entre nous deux, rappelle-toi. Toutes ces choses spéciales que j’ai à te dire me coutent terriblement, crois-moi. L’irrationnel est d’autant plus dur à révéler, qu’à chaque fois ma crédibilité vacille. Il est bien plus facile de qualifier une personne de mytho, que de faire l’effort de la comprendre. La confiance que j’inspire se consume lentement mais sûrement, je le vois bien. Convaincre est un métier, pas le mien ! Psychologiquement c’est épuisant. <br>– Je te comprends, si si ! Je connais ça, être seul contre tous à défendre ce en quoi on a foi. Tu peux me croire, je mesure ta détresse à ne pas pouvoir révéler ce que tu as sur le cœur. Avec moi, tu peux te lâcher vraiment. On se connait suffisamment, tu peux avoir confiance. J’ai aussi mes propres failles, tu sais. Malgré mon esprit cartésien, je ne suis pas tout à fait hermétique à tout ce qui relève de l’irrationnel. Je n’en serais pas là, sinon ! <br>– Merci, pour ton écoute, et ton soutien. C’est important… Ces choses-là sont si difficiles à porter toute seule. Tu me réconfortes, un peu. La confiance, c’est bien de ça dont j’ai le plus besoin en ce moment, car le plus extraordinaire, je te promets, reste à venir… <br>   Je dois te laisser, mes premières consultations attendent déjà… Je t’embrasse. <br>– Rappelle-moi vite… Qu’importe d’où viennent les infos, celles sur notre Lilie m’intéresseront toujours ! Bise. <br> <br>   Je raccroche, épuisée. La pression que je m’étais mise chute d’un coup, entrainant avec elle toute l’énergie que je devais consacrer à cette journée. Il semble ne pas avoir trop mal pris ce début de révélation, mais le gros morceau n’a toujours pas voulu sortir ! Une autre fois sans doute… Il faudra bien ! <br> <br>– Fallait ramollir la pilule avant d’la lui faire avaler ? T’es top M’man, t’as assuré ! <br>– Ne crie pas trop vite victoire mon ange, sa réaction par rapport au corps de Calie est totalement imprévisible. Je comprendrais complètement qu’il prenne ça pour de la trahison. <br> <br>   – ​Rêver n’est pas une trahison <br>   L’amour n’meurt pas tant qu’deux cœurs battent <br>   La confiance rest’ dans vot’ maison <br>   L’amour s’montr’ parfois acrobate <br> <br>   A bien vous écouter vous deux, r’faire vivre Calie vous obnubile grave. Chacun à vot’ façon, vous êtes sur l’même projet ! Tu l’calcules ça ? <br> <br>– Là-dessus tu as raison ma chérie, nous suivons tous les deux le même cap, mais pas dans le même bateau !</p>
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		<title>C12 &#8211; Jour 10 &#8211; Rêves et réalités</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Dec 2025 09:40:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Aléïc vit une crise identitaire profonde, jusqu&#8217;à le faire douter sur son propres genre. Calie révèle que leurs destins sont liés, et qu&#8217;ils sont tous [&#8230;]</p>
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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Aléïc vit une crise identitaire profonde, jusqu&rsquo;à le faire douter sur son propres genre. Calie révèle que leurs destins sont liés, et qu&rsquo;ils sont tous les deux prisonniers du monde des vivants. Le salut de leurs âmes dépend de Serge, avec qui ils doivent absolument trouver un moyen de communiquer&#8230;</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-3011" style="aspect-ratio:1.3708367659173826;width:794px;height:auto"/ width="1024" height="747" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2025/12/Calie-cercueil-1024x747.webp"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes voyages en dimension voisine viennent de plus en plus tôt grappiller de précieuses minutes dans mon capital sommeil. À ce rythme-là, mon humeur matinale, d’ordinaire plutôt rugueuse, va définitivement devenir massacrante. Dommage pour le chauffeur de bus, Sam. Il est en tête de liste des victimes potentielles.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mes crises ne se limitent plus à présent qu’à de simples voix qui me parlent. Je reste toutefois prudente. La perte de connaissance n’est jamais bien loin, sournoise et prête à m’emporter à chaque instant. C’est donc en gardant le contrôle, mais le cœur tambourinant, que j’autorise ma conscience auditive seule à débrancher, pour accueillir mon prochain visiteur.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Aléïc</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aucune idée de l’heure qu’il est. L’ombre du montant de la fenêtre projetée sur le lit afficherait plutôt le matin. </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Hope ; Aléïc</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– T’es encore vivant ? J’sais bien qu’non… Mais est-ce que t’es là quand même ? Comment t’sens tu après c’que Serge t’a fait ? T’encaisses ? Pas un peu vénère ? <br>– Je ne sais plus qui je suis, Hope ! Cette nuit, j’ai fait un rêve… Un rêve tellement réel, qu’il démolit la certitude que je suis l’esprit désincarné de ce corps. C’est allé jusqu’au point&#8230; Tu vas halluciner : je n’étais même plus un garçon, mais une jeune fille. Une ado plutôt mal dans sa peau, que des détails très troublants et précis concernant ma féminité ne laissent aucun doute sur mon genre ! J’étais une fille, Hope. Une fille, dans l’apparence, la sexualité, les souvenirs, tout… Pas avec ce corps là, celui qui est ici ! Ce matin, fille ou garçon, je ne sais plus. Mon amnésie est déroutante. Quand j’essaie de me souvenir, il m’arrive de me voir dans la peau de médecin, technicien, ado, adulte, tout genre confondu. J’ai même l’impression de partager avec Serge quelques-uns de ses propres souvenirs ! Aide-moi Hope, je suis plusieurs personnes à la fois, je ne sais plus laquelle, ni même si je peux choisir ! Le viol de conscience ça existe, tu crois ? <br>– Tu es l’avenir de la science, mon ami. Le projet scientifique de toute une vie, que Serge est sur le point d’offrir à l’humanité entière. Par ton plein engagement dans cette aventure, tu sers la science d’une manière admirable mon ami. Tout comme moi, tu soignes ta sortie. Je suis persuadée que nous sommes, l’un et l’autre, aux portes de quelque chose de grand et fantastique. Allez Aléïc, courage, les choses sérieuses commencent. <br>– Sérieusement, voix fantôme, tu ne culpabilises pas à vouloir me convaincre d’être la victime dans cette affaire ? Même si j’en suis temporairement détaché, je n’ai pas renoncé à récupérer ce corps. Et si possible, avec sa personnalité d’origine ! Tout n’est pas totalement foutu pour moi, du moins, tant que je me vois respirer. Je ne suis pas un animal de laboratoire ! Je suis un patient qui fait juste valoir son droit à être soigné ! Est-ce que tu connais la signification du mot éthique ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors excuse de briser ton enthousiasme, je n’adhère pas du tout au projet. On n’obtient jamais rien de quelqu’un sans son consentement. Aurait-il fallu peut-être commencer par-là !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais qui es-tu à la fin ? Es-tu une de leur foireuse invention pour me faire plier ? <br>– !!! <br>– Tu es encore là, voix fantôme ? Hope, tu as tout entendu ? …Allo, yo, y’a quelqu’un ?… <br>– …Affirmatif, j’confirme ! Quand ma mère t’écoute, forcément j’capte tout… Toi non plus, apparemment, t’es pas seul dans ta tête ! V’voulez pas créer une asso avec ma mère ?! <br> <br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;All day long I think of things but nothing seems to satisfy<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Think I&rsquo;ll lose my mind if I don&rsquo;t find something to pacify <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Can you help me ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Occupy my brain ? Oh Yeah ! ! !</em> <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Moi, j’n’y crois pas du tout à ton rêve ! Comme dit Serge, on t’bourre le mou de souv’nirs qui n’t’appartiennent pas. Alors partant d’là, normale ta p’tite crise identitaire. Dis-toi qu’t’es Aléïc, le seul, l’unique, le tout puissant, et personne d’aut’. Positive, avec cette nouvelle expé, ça va grave améliorer ton approche avec les filles, pas vrai ? <br>– On en reparle quand j’aurai reconnecté avec mes hormones, et surtout avec ma vraie personnalité ! En attendant, peux-tu me dire qui se cache derrière cette voix qui me gave avec sa morale ? Elle va continuer encore longtemps son lobbying ? <br>– Un instant, j’consulte l’registre d’inscrits dans la tête de ma mère !! Non… Rien sur elle ! J’penche pour une âme errante, qu’ton coté « multi-facette » a dû séduire… Une, qui attend ptete aussi un truc en r’tour… En tout cas, c’est clair qu’elle te calcule grave ! J’parie qu’elle n’va pas t’lâcher d’sitôt. Attends toi d’avoir d’ses nouvelles très bientôt, Toto !!! <br>– Oui, ben je ne suis pas pressé ! Game over ! Ils ont fini de jouer avec Toto. Ils le rangent, sous ce foutu drap une fois de plus ! J’arriverais presque à souhaiter que ce corps ne soit pas le mien ! Travailler comme cobaye de laboratoire ne met pas en valeur sur un CV ! Je n’imagine même pas le genre de job qu’on peut te proposer avec une telle expérience ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’idée d’être finalement l’esprit d’une jeune fille, et ne plus avoir à me soucier de mon enveloppe charnelle, m’est clairement plus supportable ! Je finis même par me demander si je n’ai pas plus de souvenirs filles que garçons. Troublant, non ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;En plus, je suis détenu pour des raisons fallacieuses. Sous couvert de recherches scientifiques, Dark Serge poursuit une quête personnelle. En secret, il court après un véritable fantôme qui lui a complètement labouré le cerveau !… Et moi, on cherche à me travestir à l’image de ce fantôme ! <br>– T’es pas un jouet… mais une arme secrète ! C’est pour ça qu’on t’cache. <br>– Une arme ? <br>– Ça n’t’est pas v’nu à l’esprit, qu’tu pouvais être un agent des forces spéciales, qu’on prépare pour une mission top secrète&nbsp;? Moins tu peux en voir, moins tu r’présentes une menace pour l’organisation si t’es capturé. Cette précaution explique complètement ton amnésie, elle fait totale partie du plan. Qu’tu sois barré de ton corps, ou barré tout court, c’est ça, la véritable clé d’l’histoire. Tu vas devoir t’infiltrer dans l’esprit de grands dirigeants, pour qu’notre gouvernement puisse mener des actions très ciblées. Cette nouvelle arme est très secrète, et beaucoup plus efficace que n’importe quel missile intercontinental, et c’est toi ! Fou, non ? <br>– N’importe nawak ! Ton histoire ne colle pas avec les souvenirs de petites nanas pré-ado qu’on m’a imprimés dans la tête. Sinon j’avoue, l’idée est séduisante. Être le James Bond du futur, c’est bien plus valorisant que cobaye&nbsp;humain ! Demande à ta mère où elle cache ses médocs, j’en veux aussi. En substance psychotrope et hallucinatoire, c’est trop d’la balle ! <br>– J’n’ai pas b’soin d’ma mère pour ça ! J’suis assez allumée pour imaginer c’genre de scénar toute seule. Et puis, en attendant qu’tu compiles tout c’qu’on t’fourre dans la caboche, faut bien qu’on t’regonfle un peu l’moral, non ? <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mister Goldfinger <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pretty girl beware of this heart of gold <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;This heart is cold <br> <br>– Merci, j’apprécie. Avoir une vraie mission me remonterait le moral, tu as raison. Rien de plus déprimant que de se voir manipuler comme une marionnette, sans pouvoir réagir.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Voix fantôme ; Aléïc</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– Que te faut-il de plus alors, James Bond, pour te convaincre de te bouger ? Préfères-tu aider ton prochain, ou rester planqué sous ton drap, bien rangé après chacune de tes rares apparitions ? Essais tu seulement de comprendre tout l’enjeu de ce qu’il se passe ici, autour de toi ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous sommes à l’aube de grandes découvertes scientifiques, qui vont offrir à l’humanité le moyen de soigner toutes les maladies… Comment peux-tu vouloir te désolidariser de ce projet, alors que tu viens tout juste d’annoncer que tu voulais servir à quelque chose ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ne te trompe pas de mission, James. Tu n’iras pas loin en t’obstinant à nager à contre-courant. Ton destin dépend directement des résultats obtenus en expérimentation, ici avec Serge. En continuant à le faire tourner en bourrique avec tes sautes d’humeur, tu ne vas réussir qu’à le démotiver, et le convaincre de tout laisser tomber. Que crois-tu qu’il va t’arriver s’il décide de tout plaquer ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aide-le, James. Accepte ta mission, tout le monde va y gagner. Serge n’est pas ton ennemi, loin de là. <br>– Encore toi ? Qu’as-tu à y gagner toi, dans l’histoire, à me voir spolier mon enveloppe charnelle ? Combien de temps vas- tu encore rester planquée derrière tes grandes idées, comme ça ? <br>– Je suis Calie. Calie, ça y est ? Tu me situes ? Je ne me cache pas ! J’essaie juste d’exister. Ce n’est pas ce que tu cherches à faire en ce moment, toi aussi ? Désolée de t’apprendre la nouvelle comme ça, mais nos destins sont étroitement liés. Serge est mon père. Tu comprends mieux notre intérêt commun, maintenant ? Moi aussi il me retient ici, entre ces quatre murs. Si tu ne l’avais pas encore remarqué, nous avons perdu toute communication avec les vivants. Alors crois moi, le seul moyen d’assurer le salut de nos âmes, c’est de briser cette vitre blindée qui nous empêche de lui parler !</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Réveil brutal, encore une fois. Les yeux grands ouverts, le regard fixé au plafond sur lequel j’imagine voir la scène projetée. Calie, ma Calie parle tout naturellement à Aléïc. Je ne veux pas que ça s’arrête, je veux en entendre davantage… Je referme les yeux, espérant assister à la suite de ce dialogue…</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Aléïc ; Calie</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">
– Calie ?… Serge, ton père ?
<br>– Tu piges l&rsquo;urgence de lui parler maintenant ? Réfléchis, James. D’abord tu ne peux pas choisir comme ça&nbsp;! Cette fille, à qui tu as emprunté les souvenirs, ne remplit pas à elle seule tout ce qui constitue ton esprit. Tu es bien plus que cela. N’oublie pas trop vite ce corps qui te réclame. Si tu choisis de n’être qu’une partie de toi même, cette fille par exemple, tu seras définitivement muette, comme moi. Ne sous-estime pas ton pouvoir, James. Avec ton corps, tu exerces un levier puissant sur Serge, et tu as autant besoin que moi de lui parler. C’est le moment de bouger ta masse organique. Vas-y James, envoies lui un signe. Un signe pour lui dire que nous sommes là, à le regarder impuissants nous torturer l’esprit, et chez toi même un peu plus&nbsp;! Si vraiment un tout petit rien te relie encore à ce corps, tire dessus, déclenche l’alarme, il faut qu’il entende ce qu’on a à lui dire…
<br>– Calie&nbsp;! Tu crois que je t’ai attendue&nbsp;? Attirer l’attention ne suffit pas pour le sortir de ses idées fumantes. Il n’y a rien à faire. Si tu as une proposition, je prends.
<br>– AIDE-LE, et laisse tomber tes principes. Renoue avec ce corps, et qu’importe au fond avec quelle personnalité pourvu que tu puisses interagir avec lui. C’est notre seule chance d’envoyer un message fort à Serge. Tu vois une autre option&nbsp;? Le pousser au burnout le conduira à nous oublier tous les deux, définitivement. Ne lui tue pas l’espoir maintenant&nbsp;!
<br>– Facile à dire, tu n’as rien à perdre toi, dans l’histoire. Depuis le début, il n’y a personne pour me dire : allez, il te reste une petite chance de te réveiller, saisis-la, vas-y bats-toi, la vie est belle, tu n’en as pas encore assez profité&nbsp;! Pour vous, toi et ton père, je ne suis qu’un moyen de servir votre propre intérêt, sans calculer les conséquences. Et puis dis-moi, avec cette foutue amnésie, qui peut me dire si quelqu’un m’attend, s’inquiète, ou juste est au courant de ce que je subis ici ?
<br>– Si tu es là, c’est que tous ceux qui ont compté pour toi t’ont organisé, depuis un bout déjà, une jolie cérémonie avec plein de fleurs, pour te dire un dernier aurevoir. Ils ont fait leur deuil, eux, et crois-moi, tu ne mesures pas ta chance. Plus personne ne te retient, tu es libre, toi !
<br>– Drôle conception de la liberté ! Ici, en tout cas, je n’ai pas vraiment ce sentiment. Et puis, je ne suis pas mort, tu oublies un peu trop vite ces battements de cœur. Là, tu les vois, tu les entends quand même ?
<br>– Sérieux Aléïc, ton véritable problème en ce moment, n’est plus celui que tu es ou étais, mais celui que tu vas devenir ! Ce corps, s’il revit, il ne représentera définitivement plus la même personne. L’occasion t’est donnée de repartir de zéro, sur la base d’un panel de personnalités que tu peux choisir. Qu’est-ce qui te retient de te lancer dans cette fantastique aventure scientifique ? L’enjeu dépasse tout ce que tu peux imaginer. Nous pourrions, à nous deux, sauver l’humanité ! Ne rigole pas, c’est très sérieux ! Tu es sur le point, toi, de permettre la mise au point d’un remède qui soignera toutes les maladies du corps humain. Et moi… De là où je serai, lorsque je serai libérée, je pourrai enfin ramener un peu de lumière et de chaleur dans l’esprit de chacun.
<br>– Tu délires, tu vends du rêve ! Et même si un jour tu réussis à t’envoler d’ici, tu partiras avec toute ta personnalité, toi. C’est l’avantage que tu as sur moi. Ton esprit, lui, est entier et tu maitrises les idées qui le traversent. Tu pourras donc toujours en faire quelque chose. Moi, lorsque je reviendrai dans ce corps, mon esprit sera tellement pollué par tout ce qu’on y déverse, que je serai en total décalage avec les codes de la société. À commencer par mon genre, imagine ma personnalité dont on force le côté féminin, dans ce corps de garçon ?
<br>– La société sait accueillir celui qui aime la vie. Tu y trouveras ta place, même si tu dois fréquenter la communauté queer. Ce qui fait la richesse de l’humanité c’est sa diversité. Même la plus petite des minorités y a sa place. Un ciel tout gris est top déprimant. Moi j’aime y voir des arcs en ciel. Quand tu sortiras de cette chambre, au moins le rose ne te fera plus peur à porter !
<br>– Devenir trans après mon réveil&nbsp;ne me réjouit pas du tout ! Je ne suis pas persuadé d’aimer suffisamment la vie pour l’assumer !
<br>– … ! Si vraiment ton souhait est de te réincarner dans un corps de fille… J’ai peut-être un plan pour toi !
<br>– Ce corps est le mien, et je n&rsquo;en ai pas d&rsquo;autre. C’est ma porte de sortie d’ici, je le prends alors comme il est, qu’importe à quoi il ressemble ! Hope me l’a déjà balancée cette hypothèse foireuse, de réincarnation dans un autre corps. Elle et toi ne seriez pas une seule et même personne, mais bipolaire ?<br>– Hope ?! Cherche pas, elle n’existe pas ! Elle n’est qu’invention, au mieux un mirage que seule ma mère peut observer. Un tamagotchi virtuel avec lequel elle se ruine la raison, et justifie son transfert d’amour maternel en ma défaveur. Avec les années, je suis devenue à ses yeux une incohérence dans son espace temporel. Comment, d’après toi, une mère peut-elle accepter de ne pas voir grandir sa fille ? Quelque part je la comprends, s’inventer un personnage soulage, je le sais, trop bien même, mais je vis ça comme une injustice. Je n’accepte pas qu’elle m’abandonne, pas encore, et au pire moment. Alors tu vois, chaque fois tu crois parler à Hope, tu lui ôtes de la tête l’idée que sa véritable fille n’est pas celle dont elle rêve, mais cette jeune adulte au corps d’enfant qu’elle oublie sciemment dans le placard sans jamais lui ouvrir.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">– Mais non ma chérie… Tu te trompes mon ange&nbsp;! Tu ne peux pas dire ça, tu n’as pas tous les éléments… Hope est incontestablement un phénomène qui me dépasse, mais je n’arrête pas de penser à toi… Crois moi… Mais bon sang, pourquoi ne m’entends-tu pas&nbsp;!!<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le réveil est amer. Je suis éjectée de ce rêve le cœur serré. La culpabilité qui ne m’a jamais vraiment quittée ravive ma tendance dépressive. Je n’arrive plus à reconnecter, ni même à me concentrer sur quoi que ce soit. Sans courage, je me traine jusqu’à la cuisine me purifier l’esprit au café noir.
<br>
<br>Hope ; Élise
<br>
<br>– Ça va&nbsp;? J’peux t’parler ? T’es rev’nue sur terre ?
<br>– Hope ? Pas maintenant, s’il te plait… J’ai les idées à l’envers, là. Tu ne vois pas ? Je fais une incantation au dieu Caféine, pour les remettre en place !
<br>– Ben si, maintenant justement, il y a urgence ! Si tout s’recale dans ta tête, qu’tu r’trouves la vraie Calie, j’peux plus rester squatter, moi. Si j’reste, j’vais bien plus s’mer la pagaille qu’maint’nant ! Avec Calie dans l’paysage, j’perds tout sens à mon existence, tu l’calcules ça ? Maman… J’vais d’venir quoi, moi, demain ?</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">
Élise<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis folle, complètement folle cette fois. Rien n’y fait, pas même le café pour me sortir de ce cauchemar. Parler à Hope, c’est ne plus savoir qui est réellement ma fille. Qui vais-je rencontrer lorsque le corps de Calie se réveillera&nbsp;? En même temps, qui va me reprocher de faire comme si j’avais bien eu depuis toujours deux enfants, puisqu’ils sont déjà là, et si différents&nbsp;! J’aime passionnément mes deux filles. Mon amour pour l’une comme pour l’autre est égal. Elles sont toutes deux, chacune à leur façon, issues de mes entrailles. J’ai bien assez de place dans mon cœur pour les accueillir toutes les deux. Et puis après tout, le destin n’a-t-il pas une dette envers moi&nbsp;?
<br>
<br>– Hope&nbsp;ma chérie, à l’inverse de tous mes préceptes professionnels, je soutiens l’idée que certaines pathologies aident véritablement à surmonter les épreuves de la vie. Un mal pour un bien… Que serais-je devenue sans toi&nbsp;? Sache que, qu’importe d’où tu viens, je t’ai définitivement adoptée. L’adoption est un engagement important, je tiendrai celui-là&nbsp;! Continue à soutenir que tu n’es pas moi, convaincs-moi que tu peux voler de tes propres ailes et qu’un jour on se rencontrera, pour de vrai. Hope, aie foi en toi, sois forte ma fille, le monde a tellement besoin de gens comme toi. Je t’aime.
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La tristesse assombrit mes pensées, mes mains tremblent. Mes bras cherchent désespérément quelqu’un cher à mon cœur à enlacer. Ma détresse affective me tire des larmes, pour de bon cette fois. J’ai froid. J’ai grand besoin de fuir mon présent, je pars trouver refuge au fond de ma grotte, sous la couette. Tout part de travers ce matin&nbsp;! Mieux vaut arrêter là les frais, et s’essayer à un nouveau début de journée. Je rembobine le film, et me libère l’esprit dans un sommeil léger.
<br>
<br>Aléïc ; Calie
<br>
<br>– Calie, tu n’y vas pas un peu fort avec ta mère. Critiquer ses parents, c’est aussi la chance d’en avoir, non ? Et puis c’est quoi ton problème avec Hope ? Pourquoi n’essaies-tu pas de lui parler, et passer un message à ta mère par la même occasion ?
<br>– Hope m’a arraché le mot « maman » de ma bouche, et définitivement de mon vocabulaire. Elle se l’est approprié, tu comprends, ça ? Chaque fois qu’elle le prononce, mon cœur saigne. Je n’ai plus de souvenir, moi, de quand j’ai appelé ma mère la dernière fois de vive voix comme ça ! Tu n’imagines même pas à quel point ma mère est convaincante dans ses délires. Comme une conne je m’y laisse prendre à chaque fois. Au final, et bien malgré moi, j’y crois mordicus à sa Hope, mon moi du futur, jusqu’à me laisser ravager les idées par la jalousie. Il n’y a pas à me raisonner, c’est émotionnel. Comme dans un film, même si on sait que tout est faux, on y croit quand même… Hope, ce n’est pas moi, mais une usurpatrice qui se trémousse dans mes bottes. Comment veux-tu parler à ça !!!
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais le plus terrifiant, si tu veux savoir, il se trouve ailleurs, bien au-delà de toute cette sensiblerie, qui à elle seule suffit déjà à bien pourrir la relation avec mes parents. T‘es prêt ? Attention ça fait peur…
<br>– Dis voir, je m’attends à tout !
<br>– Alors écoute bien, dans la famille des désincarnés dont le corps peine à redevenir poussière, tu n’es hélas pas seul au monde. Figure-toi que ma mère s’est mise en tête de me ressusciter !! Ne me demande pas pourquoi ni dans quel placard mon corps a-t-il bien pu être rangé, c’est un grand mystère. Elle-même ne le sait pas, encore moins mon père, à qui on a refilé, comme ça, sans cérémonie, une urne censée contenir mes cendres.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu penses, là, que je m’invente une théorie du complot ? Pas du tout, les faits sont là, écrits noir sur blanc dans le journal de ma mère. Un certain John… non, Josh, un copain de promo de ma mère aurait pu, seulement quelques minutes après mon décès, par je ne sais quel moyen ni avec quelle complicité, subtiliser mon corps pour aller le mettre au frais dans un endroit tenu on ne peut plus secret. Ma mère s’est laissée embobiner dans ce rapt, qui lui laisse espérer maintenant que la science est parfaitement capable de guérir de la mort ! Quand je te dis que ma mère ne fait pas semblant lorsqu’elle part en live ! C’est quand même du lourd là, non ? Quand je te proposais de te réincarner en fille, ce n’était pas des blagues. Mon corps est dispo… quelque part !
<br>– J’avoue, il y a de la créativité dans le scénario. Et depuis le temps, t’es certaine qu’elle est toujours aussi fraiche, ta carcasse 
<br>– Je n’ai pas la chance, comme toi, de l’avoir en visu. De ce que j’ai compris, j’ai bénéficié d’un protocole expérimental de conservation, qui stopperait net toute dégradation de mes chairs ! Alors certes, je suis dans un bocal, mais entière, et pas aussi effrayante qu’on pourrait imaginer.
<br>– Et tu n’as vraiment aucune idée à quel musée t’es destinée&nbsp;?
<br>– Très marrant !! Le caractère peu légal de l’affaire me ferait davantage penser que je suis bien planquée, au fond d’une cave, calée entre les cornichons et les bouteilles de vin, tu vois&nbsp;!</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La vision du corps de Calie, baignant nue dans un récipient en verre transparent rempli de formol, me glace le sang, et me réveille. À quoi ressemble son sarcophage ? Peut-on voir son visage au travers ? Josh a-t-il eu la délicatesse de la laisser habillée ? Des détails dérisoires, au regard de la situation, n’empêche que, malgré tout, j’ai vraiment envie de savoir.
<br>
<br>Élise ; Hope
<br>
<br>– Hope ma chérie, l’as-tu entendue comme moi, Calie ? Comment expliques-tu qu’elle se retrouve là, dans ma tête avec tous les autres. Pourquoi ne me parle-t-elle pas directement. Sait-elle au moins que je l’écoute ? Aide-moi, parle-lui toi… Dis-lui que je l’aime, qu’elle me manque, que je ne suis pas folle, qu’elle me fasse juste confiance…
<br>– …Bien sûr que si, qu’t’es complètement maboule ma pauv’ maman. C’est bien pour ça qu’j’existe. Y’s’pass’ra quoi si tu r’trouves la raison, là maintenant ? J’vais disparaître, moi, sans laisser d’trace dans l’histoire. Qui s’souviendra d’moi alors ? Personne, pas même toi, tellement qu’t’auras honte de tout’ tes années « d’maboulisme !!! Alors excuse, mais trouv’ toi quelqu’un d’aut’ pour passer l’message. Si Calie revient, moi j’perds la place !!
<br>
<br>Élise
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La réaction de Hope m’agace, ça devient du n’importe quoi cette histoire. Hope est là pour me réconforter, pas pour me prendre la tête. C’est un pilier de mon équilibre mental, sans elle tout s’écroule. Faut que je lui réponde, là tout de suite, même si la colère risque de me faire déraper.
<br>
<br>– Parce ce que tu crois vraiment que tu n’existes pas pour de vrai ? Il n’y a pas de hasard ma fille, aucune rencontre n’est fortuite. Le destin est une expression mathématique aux facteurs connus. Si tu avais vécu ma grossesse, tu penserais tout autrement ma fille. Tout le monde a le droit de s’inventer des histoires. Ça fait du bien, crois-moi. Faut savoir qu’elles sont toujours nourries de faits réels, et c’est bien pour ça qu’elles ont un si fort impact dans nos vies. Calie l’avait bien compris, ça. Elle la première s’en était inventé une pour donner un sens à l’injustice qui la frappait… Hope, ma chérie, contrairement à ce que tu crois, je suis tout sauf folle !!!
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;À la fois énervée et épuisée par ces contrariétés, l’enthousiasme d’aller bosser maintenant chute sévèrement. Pas douchée, tout juste « caféinée », je me lance, contre toute volonté de ma part, sur le chemin du boulot. Le premier qui a le malheur de vouloir tester mon humeur, je le ratatine sur place ! J’attrape mon bus de justesse. En montant, je réponds machinalement à l’inaltérable bonne humeur de Sam par un sourire peu convaincant, en guise de « bonjour, ça va ? ». Je me surprends même m’entendre lui dire qu’il n’a pas besoin de me réveiller à ma station, que le terminus me va tout aussi bien. Le manque de dopamine dans mon organisme se manifeste chez moi par un comportement inspiré par tout, sauf le bon sens ! Ma place du fond est libre, je m’y précipite. Ne rien avoir à faire le temps du trajet, dans mon état, ne contribue en rien à me calmer. Tout au contraire, la machine à cogiter s’emballe. Hope me lâche, je dois me débrouiller seule pour tenter de connecter avec Calie. Encore une petite dizaine d’arrêts avant l’hôpital, j’ai le temps de retenter le rituel qui avait marché la dernière fois : tête calée contre le carreau, les yeux cachés derrière mes verres sombres en plein hiver, je ne veux rencontrer personne d’autre que ma petite puce d’amour. Pour maximiser les chances de l’atteindre, je sors de mon sac une photo d’elle, une sur laquelle elle devait avoir onze ans. La chimio à l’époque avait eu raison de ses jolis cheveux blonds, châtain clair comme elle prétendait. D’après Serge, elle était aussi extrêmement fatiguée, mais là sur cette photo, rien ne transparait. Au contraire, un grand sourire illumine son visage, ses yeux clairs sont brillants, presque rieurs, un bandana de couleur bleu turquoise en guise de couvre-chef, elle… Je ne sais pas comment l’expliquer… Elle paraît presque heureuse et sereine, comme si rien ne pouvait altérer son moral. Le temps du trajet raccourcit bien trop vite. Perdue dans ma mélancolie, même en visant le terminus, à présent l’opportunité d’un voyage dans la dimension voisine s’envole.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lâchée par Hope, Calie inaccessible, il ne me reste de ma famille… que mon mari auprès de qui je peux espérer un peu de réconfort. Pourquoi des choses aussi simples en apparence deviennent-elles d’un coup si difficiles à réaliser !! Un coup de fil devrait pourtant suffire, juste pour prendre de ses nouvelles, entendre sa voix, me rassurer… mais aussi et surtout, pour soulager ma conscience de ce trop lourd secret, que je porte depuis plus de sept longues années, et que j’ai promis de lui révéler. Mais lui balancer là, comme ça, la conservation secrète du corps de sa fille, sa voix que j’entends ainsi que celle d’Aléïc, lui parler de Josh… le risque d’indigestion est bien réel, et tout ça risque une fois de plus de se retourner contre moi. À moins de dix minutes à pied du boulot, je ne trouve toujours pas le courage de l’appeler. Pleine de doutes, je ne résiste pas à l’appel du Starbucks à seulement quelques pas de ma destination finale.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je passe le sas d’entrée de l’hôpital, un café à la main, le noir intense dans sa version maxi cup en carton. Mon estomac fait des nœuds. C’est idiot, je me laisse gagner par une pression aussi inutile que contre-productive. Ça ne se calmera définitivement que seulement après avoir passé ce fichu coup de fil. Je monte dans l’ascenseur, j’étouffe, j’ai chaud, ça ne va pas fort. J’arrive à l’étage, la porte automatique s’ouvre, et… Un cri s’échappe de ma bouche… Je manque définitivement d’air… Ce que je vois est irréel, effrayant même. Le fond du couloir est devenu subitement très sombre, et recule lentement à mesure que j’avance. En même temps, le sol disparaît sous une sorte d’épaisse fumée grisâtre. La mise en scène est digne d’un film d’épouvante. La peur au ventre, je continue d’avancer, espérant atteindre le cabinet avant de faire un malaise. À seulement quelques mètres de ma porte salvatrice, là, juste devant moi, se dresse soudainement un mur de pierre, stoppant net ma progression. Tout se fige un instant, je pense tout à coup à Aaron qui vit ce genre de situation à répétition, avec en plus des spectres qui viennent lui parler. Quel courageux petit bonhomme ! Un message m’est envoyé à mon tour, sans doute. Je crois le deviner, il est là, à mi-hauteur, ce sont deux petites ailes d’ange gravées dans la pierre. Puis le film d’épouvante reprend, l’image de ce mur s’estompe, et me libère enfin le passage. La porte du cabinet passée, je cours jusqu’à ma salle de consultation me réfugier, sans même oser regarder Heather en passant, de peur qu’elle aussi se soit transformée en quelque chose de monstrueux. Il y avait quoi d’intense, dans ce café ?!! Assise à mon bureau et enfermée à clé, le cœur galopant à quatre cents pulsations minute, au moins, je tente de me rassurer. Mes premières voix entendues, il y a très longtemps, m’avaient fait le même effet. Comment oublier, mais j’étais enfant à l’époque. Mon courage n’a pas tellement grandi avec les années. Cette vision est très différente de toutes les précédentes. Ces ailes doivent bien avoir une signification ? Qui m’envoie ce message, et pourquoi ?
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un peu étourdie, je laisse le téléphone sonner et sans doute grandir l’inquiétude d’Heather derrière son comptoir, après m’avoir vu passer en mode TGV. Je tente de maitriser ma respiration, mon rythme cardiaque consent à se stabiliser un peu après plusieurs grandes inspirations. Ma panique n’est pas un gage de crédibilité pour expliquer à Aaron comment surmonter ses peurs. Je sors prudemment de mon bunker, jette un coup d’œil au fond du couloir qui a repris son aspect normal, et pars m’excuser auprès d’Heather, sans lui avouer ma peur de l’avoir prise pour un cerbère à trois têtes !
<br>
<br>Hope ; Élise
<br>
<br>– Pétocharde !…
<br>– Ça va ! Je ne me suis pas effondrée non plus, j’ai quasiment fait face, non ?
<br>– Pétocharde, parce-que tu préfères t’inventer des cauchemars, plutôt qu’d’appeler ton mari… C’est tourner bien rond, ça?
<br>
<br>Élise
<br> 
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ses flèches ne manquent jamais leur cible, anéantissant chaque fois toute volonté de me défendre. Qui me connaît mieux que Hope ? Blessée mais pas abattue, le médecin qui paresse en moi reprend péniblement le dessus, et accepte par dépit cette nouvelle journée de travail ! J’ouvre la porte de ma salle d’attente, c’est parti !… Je découvre Aaron assis à côté de sa maman, un slushy à la main, une boisson glacée infâme dont raffolent beaucoup d’enfants américains.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avant même d’avoir eu le temps de l’inviter à rentrer, la sonnerie du téléphone aussi discrète que sournoise me rappelle à mon bureau. En jetant instinctivement un œil dans sa direction, Heather d’un signe de la main me presse de répondre.
<br>
<br>Élise ; Heather ; Rebecca 
<br>
<br>– Yes, allo ?
<br>– Rebecca’s calling…
<br>– …Ah! Okey, give me the call, thanks Heather.
<br>– Bonjour Becky, heureuse d’avoir des nouvelles, comment vas-tu ?
<br>– Bon matin, M’dame. C’est Calie… Faut qu’elle existe pour de vrai…
<br>– Mais elle existe ma grande, elle existe pour de vrai ! Elle n’a seulement pas de portable ! Alors t’imagines de nos jours, le handicap ?
<br>– C’est sérieux M’dame ! Sur sa page FB, faut qu’elle réponde aux demandes d’amis, qu’elle commente sur les groupes, qu’elle « like les posts », sinon le nombre de visites n’décollera jamais !
<br>– Ah, oui, sans doute ! Et, qu’attends-tu de moi ? Tu ne serais pas venue par hasard me demander de répondre à sa place ?
<br>– Oh non surtout pas… À votre âge… Enfin j’dis pas que vous êtes vieille… Mais, ça va très vite paraitre que c’est pas Calie !
<br>– Adorable petite insolente, et que proposes tu alors ? Qu’avais-tu en tête, en me téléphonant ce matin ?
<br>– Chépa ! Parce l’autre fois, vous m’avez dit qu’elle vous parlait… Est-ce qu’elle vous entend aussi ? Faut qu’elle vienne jeter un œil sur sa page, faut qu’elle soit là et qu’on la voit. Je partage ses idées mais ici c’est son espace, c’est elle que les gens ont envie de suivre, pas moi. Chépa comment faire ! Dans cette affaire, pour de vrai, j’ai plein d’amour à lui donner, mais chépa si elle en veut. C’est dur d’pas savoir. Dites-lui, si vous pouvez lui parler, de descendre sur terre, et prendre les choses en main. Moi, ch’suis prête à l’aider, lui prêter mes dix p’tits doigts pour taper ses messages sur internet… Oui, dites-lui ça, parce que quand j’vois sa photo, je me dis qu’elle est vraiment irremplaçable !
<br>– … Becky ma chérie… Ton engagement auprès de Calie me touche profondément… Tu représentes beaucoup pour moi, tu sais… bien au-delà d’une simple patiente…
<br>– …Mais ?…
<br>– Il n’y a pas de mais… Je suis profondément troublée, c’est tout. Avec tes mots, j’entends battre à l’unisson ton cœur et celui de Calie. Je suis émue… À travers toi, Calie est bien vivante. Souvent, l’admiration qu’on a pour quelqu’un, fait qu’on devient un peu cette personne. Je pense qu’une petite partie de son âme est venue s’inviter dans ton esprit. Toutes les grandes idées qu’elle défendait sont encore pleinement d’actualité, et elles te touchent aussi, je le sais. Elles méritent vraiment d’être partagées avec un public plus large. Tu peux y contribuer pour beaucoup. C’est complètement déraisonnable ce que je vais te proposer, Becky. Je ne veux surtout pas te mettre mal à l’aise, alors ne te sens pas non plus obligée d’accepter. Pour remplacer Calie le temps qu’il faudra, je t’autorise à usurper le nom et l’image de ma fille. En plus de résoudre ton problème d’animation de ton site, tu lui offres une fenêtre à travers laquelle, je suis certaine, on verra très bientôt pointer le bout de son nez. Fais-le pour elle, pour toi… Fais-le pour nous tous, pour tous ceux qui souhaitent que cette histoire ait un sens, et qu’elle serve à quelque chose.
<br>– Je ne sais pas si je serai à la hauteur, et ça me gêne un peu d’avoir à tricher, pour parler de sujets sérieux et bien réels, eux… Je vais essayer de me convaincre que c’est la petite partie d’âme de Calie, que vous m’avez glissée en moi et qui va s’exprimer. J’essaierai M’dame, j’essaierai…
<br>– Merci Becky, laisse parler ton cœur, et ça ira tout seul. Tu es sensible, mais forte à la fois. Je sais que tu y arriveras. J’ai confiance en toi.
<br>– Merci M’dame pour votre confiance… et pour votre… Je vous aime bien vous savez ?
<br>– Je te promets à notre prochaine rencontre, de te serrer fort contre moi !
<br>
<br>Élise
<br>
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’œil humide, je raccroche le téléphone, et retourne à ma porte restée ouverte. Je souris à Aaron, qui répond à mon invitation les yeux brillants. J’échange un regard plein d’excuses avec sa maman, et l’invite seul à rentrer dans mon cabinet. Comme à notre habitude, on s’assoit par terre sur l’épaisse moquette, adossés à l’assise du canapé, et devant une petite table basse. À pile ou face on tire au sort celui qui commence à raconter son histoire. Il lance la pièce en l’air, et je suis désignée. Je lui dresse alors un tableau dans les grandes lignes de ce que je vis en ce moment avec Hope, Aléïc, Calie, et Serge. Captivé comme s’il suivait une série Netflix, il ne lâche rien à mes propos, cramponné à son slushy, la bouche entre-ouverte avec un filet de bave pointant à la commissure des lèvres, bleuies par sa potion chimique. Son tour arrive. Il me dit connaître Aléïc, mais seulement à travers Calie. Elle lui en a déjà parlé. Elle l’observe, quelque chose en lui la fascine sans vraiment comprendre quoi. Elle pense, me dit-il, qu’un jour Aléïc sera la clé de tous ses problèmes, mais elle ne sait pas pourquoi ni quand ni comment, surtout dans son état ! Puis d‘un coup, Aaron s’arrête de parler, fronce les sourcils, me regarde droit dans les yeux, et me demande&nbsp;: « Calie voulait m’emmener la voir, là où elle est… je veux dire, en vrai… Ça m’a fait peur, tu crois que c’est possible ? J’ai refusé, et elle est partie comme si elle était fachée. Tu penses qu’elle m’en veut, qu’elle va revenir ? …Que si je pars avec elle, je peux revenir après, tu crois ? » Comme si je n’avais pas eu ma dose d’émotion, aujourd’hui ! Un frisson me parcourt de la tête au pied. Il m’a prise au dépourvu. Je réfléchis à toute allure, sans trouver les mots immédiatement pour lui répondre. Il attend une réaction de ma part qui tarde à arriver, le laissant perplexe devant mon expression faciale aussi maitrisée que possible, pour ne rien lui transmettre à mon tour de ma propre peur. Calie est en France, son corps est conservé quelque part, dans… l’image du bocal en verre me revient en tête, et ne m’aide pas à trouver les mots justes. Où veut-elle exactement l’emmener, avec quelle intention, et puis comment ? Je calcule immédiatement la source de stress que cela représente pour lui. Je reprends mon souffle. J’ai peur de partir sur un terrain glissant que je ne maitrise absolument pas. Je ne peux pas le laisser non plus sans réponse. Qui mieux que moi peut répondre à cette question bouleversante ? Le médecin que je suis doit reprendre le contrôle. Je ne peux résolument pas le laisser s’installer encore plus profondément dans ses tourments, qui lui pourrissent déjà suffisamment la vie comme ça. « Aaron, les amis ne sont pas là pour te forcer à faire des choses dont tu n’as pas envie. Toi, si tu as peur de ce qu’elle te propose, dis-le-lui tout simplement. En véritable amie elle t’écoutera, et au pire, elle t’expliquera ». Son front alors se déplisse et un grand sourire rabaisse ma garde. « Alors c’est quand tu m’emmèneras la voir à son hôpital, en France ? » Me demande-t-il. Je ne l’ai pas vu arriver celle-là ! J’aurais bien fini son slushy d’un trait avant de trouver une réponse intelligente à lui formuler. Est-ce bien l’hôpital auquel je pense ? « Aller en France mérite bien plus que de seulement visiter un hôpital, tu sais ? Je te promets d’y réfléchir dès que tu n’auras plus peur de ce que tu vois. J’aimerais auparavant t’entendre me parler de tes amis, les vrais, ceux avec lesquels tu joues à l’école, par exemple ». Je concède que c’est botter en touche, ça, et que je dois préparer quelque chose qui tienne un peu mieux la route pour la prochaine fois. Lui, il n’oubliera pas, et saura très naturellement appuyer là où ça fait mal si je n’ai rien de mieux à lui proposer, c’est sûr. Au moment où j’allais ouvrir la porte pour le redonner à sa mère, il se retourne et ose une dernière question : « toi aussi tu les as vues les ailes d’ange sculptées sur le mur ? » Encore un de ses drones kamikazes que ce charmant bambin sait si bien envoyer ! « Les miennes sont apparues au milieu du couloir ce matin, tu as une explication ? » « No Ma’am ! » me dit-il. « On en parle la prochaine fois alors ? » Il acquiesce d’un signe de tête et rejoint sa maman.
<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je referme la porte derrière Aaron avec cette grosse question en tête : est-ce bien l’hôpital Saint Camille dont il parlait ? Je me presse de finir de taper tout cet entretien sur l’ordi. Je ne suis pas si en retard sur mes autres consultations, ce matin. J’ai connu pire !</p>
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		<title>C11 &#8211; Jour 9 &#8211; Cobaye en scène</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Richard Labbe]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Dec 2025 11:24:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Calie]]></category>
		<category><![CDATA[Calie C11-C20]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;&#160;&#160;Élise est encore perturbée par ses voix. De plus en plus présentes dans son esprit, elle finit par les confondre. Aléïc s&#8217;apprête à subir une [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Élise est encore perturbée par ses voix. De plus en plus présentes dans son esprit, elle finit par les confondre. Aléïc s&rsquo;apprête à subir une nouvelle expérience inquiétante. Alors que Serge sombre dans une confession désespérée, Élise décide enfin de révéler à Serge son très lourd secret.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img  alt="" class="wp-image-2855" style="aspect-ratio:4/3;object-fit:cover;width:823px;height:auto"/ width="1024" height="747" loading="lazy" decoding="async" src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2025/12/Aleic-optimus-1-1024x747.png"></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" id="branche" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ma tête est un théâtre, dans lequel une pièce improvisée se joue par des acteurs que je n’ai pas choisis. Si seulement je pouvais intervenir dans la mise en scène, je suggèrerais à Aléïc de se préoccuper un peu plus de ce qu’il se passe autour de lui, plutôt que de s’apitoyer sur son sort. Que cherche précisément Serge avec son équipe&nbsp;? Après quoi court il obstinément&nbsp;? Tous ces secrets, pourraient-ils un jour servir à Calie&nbsp;? Hope arriverait-elle à convaincre notre nouvel ami de jouer l’espion, pour moi&nbsp;? <br> <br>Hope; Élise <br> <br>– Tu complotes&nbsp;? Rassure-moi, t’aurais tout d’même pas l’intention d’louer mes charmes pour arriver à tes fins&nbsp;? Tu n’s’rais pas là, en train de me demander genre, l’air de rien , d’être gentille avec Aléïc du coup&nbsp;? <br>– Il n’a pas l’air si terrible ce garçon&nbsp;? Une fois que tu verras à quoi il ressemble physiquement, peut-être qu’il te plaira&nbsp;? <br>– Hey, halte au fantasme tout d’suite, Barbamama. J’te vois v’nir aussi gros qu’un camion. Je n’te suivrai pas sur c’terrain-là. Si je n’suis plus obligée de l’décourager ça m’va, c’est toi qui vois, mais c’est tout. J’n’irai pas plus loin, débrouille toi toute seule ! <br>– Ne monte pas sur tes grands chevaux, je cherchais juste un peu de soutien dans la reconquête de mon mari. Je te rappelle que quelque part, c’est aussi ton père. La même personne qui a tout tenté pour te sauver, qui t’a veillée jours et nuits jusqu’à… <br>– …Mamounette, tu t’trompes de cliente là&nbsp;! Moi, c’est Hope&nbsp;! Tu m’captes ?<br>– Ma chérie, je pense que depuis ton départ, il n’a pas vraiment remonté la pente. Le voir toujours aussi triste, aujourd’hui, me préoccupe beaucoup. Même loin, chacune, nous avons le devoir de l’aider comme nous le pouvons. <br>– …Maman… Faut arrêter l’café, tu viens d’te claquer un neurone. T’es encore avec moi&nbsp;? Où t’es carrément barrée, là ? <br>– Je suis bien d’accord, ensemble nous sommes plus fortes. Ses recherches semblent s’articuler autour d’Aléïc, avec qui tu as la chance de pouvoir communiquer. Le moment de présenter Aléïc à Serge ne serait-il pas venu, finalement ? <br>– T’as confondu l’sucre et les médocs, ce matin ? Tu veux m’dire que’qu’chose, là ? Tu crois encore que Calie et moi… nous n’sommes qu’une seule personne ? <br>– Calie ma chérie non, tu le sais bien, je ne peux toujours pas retourner en France pour le moment. Mais je te rassure, lorsque le moment sera venu, je viendrai en personne te chercher. <br>– C’est bien c’que j’craignais ! P’tite crise passagère ? Tu te réveilles quand ? <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je n’avais plus eu ce genre de décalage depuis un moment Je suis perturbée et ça se voit… Comment ne pas l’être, aussi!… Calie parle à Aléïc, à Aron, mais reste silencieuse avec moi. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Planquée dans mon abri antiatomique sous la couette, rien ne peut m’arriver, mais la journée part d’entrée de travers. Mon rendez-vous raté avec le grand bol de café du matin doit en partie en expliquer la cause. Attention aux dégâts ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme à chaque fois, ma vulnérabilité attire l’esprit malin. Celui qui se pointe, cependant, me fait presque plaisir. Ma clairvoyance s’éclaircit. En acceptant ce qu’il m’arrive, je ne tombe plus dans les pommes, et je distingue de mieux en mieux l’identité de mes visiteurs. Aléïc frappe à la porte, je l’accueille sans résistance. <br> <br>Aléïc <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quelque chose se prépare, et tout porte à croire que je suis de la fête. Deux chariots à roulettes stationnés près de mon lit débordent d’accessoires et de câbles électriques. L’aspect rassurant d’une simple chambre que je voulais donner à cet endroit est complètement ruiné par cette nouvelle installation. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;S’ils me calculent à l’agonie, je mesure mal l’intérêt de toute cette mise en scène ! Ce drap sur le visage me déshumanise. Je suis un meuble recouvert dans une maison vide aux volets fermés. Vivement qu’on me pose ces électrodes sur la tête, et que je découvre enfin à quoi je ressemble. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Optimus se dresse au milieu de la pièce, tel un arbre aux racines qui courent au sol jusqu’à mon lit. Autour de moi, cela ressemble à une bande d’ados surexcités pressés de brancher leur console de jeu ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette absence d’empathie à mon égard est pitoyable, j’en souhaiterais presque la présence de Hope à mes côtés. Je stresse pour ma station d’accueil. Va-t-elle continuer à si bien respirer toute seule, après ? <br> <br>Hope; Aléïc <br> <br>– J’rêve, ou t’as émis l’souhait que j’te tienne la main pour l’grand saut ? <br>– Si vraiment je devais faire appel à quelqu’un, je choisirais une autre personne&nbsp;! Ton absence d’apparence, tu vois, ne te classe pas parmi les personnes que je visualise le mieux ! <br>– Je m’demande bien c’qui est mieux : être privée d’reflet dans l’miroir, ou bien d’en avoir un qui fout les ch’tons ? T’angoisses pas de t’découvrir une tête d’écrabouillé par un camion ? L’couvre lit sous l’quel tu t’caches, c’est p’tête pour n’pas t’auto-effrayer en t’découvrant ? Conseil, évite l’arrêt cardiaque en t’regardant, moi j’te dirai, si tu fais peur ou non ! <br>– Moi au moins, j’ai une enveloppe charnelle tu vois ? Et grâce à elle, je garde un pied sur terre, moi. Alors quel que soit son aspect, je l’aime déjà ! <br>– Prépare toi au choc alors, l’infirmière s’pointe pour t’baisser l’masque, on va vite savoir&#8230; <br>– Talaaa… Je suis un garçon… Et pour te rassurer, tu vois, j’ai l’air normal. Ok, pas bonne mine, mal rasé, sous perf, mais regarde, ce type respire tout seul, je suis bien vivant ! <br>– Mouais, ça va, pas trop laid. J’dirai, quoi… vingt, trente ans, p’t-êt’e moins. Difficile à estimer. Là, t’as plutôt la tête d’un marathonien qu’a oublié d’s’arrêter. Les valoches sous les yeux, la pâleur de ta peau et ta maigreur te font vraiment r’ssembler à un mort vivant… mais un qui fait pas peur, et plutôt sympathique avec ta bouille. T’as l&rsquo;physique d&rsquo;un gentil monstre ! Tu d’vrais penser à d’venir comédien après, pas b’soin de maquillage ! <br>– Mourir ça épuise, et puis oui, je pense que la perf est trop petite pour y passer des burgers frites. Ok, j’ai une tête de déterré, mais depuis combien de temps je traine là aussi, à bouffer du goutte à goutte ? <br>– Ça y est, ils t’équipent. Avec c’que t’as sur la tête tu r’ssembles à une gorgone trans ! Tu n’veux pas essayer d’faire bouger tes fils, pour voir ? <br>– Je ne t’ai pas encore présenté Optimus ? Le cyber cerveau, au milieu de la pièce, tu le situes ? Je devine que s’ils me branchent à lui, je vais recevoir de nouvelles infos. C’est ballot, avec mon casque sur la tête tu ne vas rien entendre de la conversation ! <br>– Si ma mère s’permet d’voir avec tes yeux, crois-tu vraiment qu’elle s’prive d’tes oreilles pour entendre, gros malin ? <br>– Il n’y a pas que la tête qui est branchée, le torse, et peut-être encore d’autres endroits que je n’ai pas en visu. Sur lequel de mes organes tu fantasmes le plus ? <br>– Mon dieu, comme si l’encéphalo n’suffisait pas, y t’lobotomisent mon pauv’ !! Tu racontes déjà n’importe quoi ! J’crains qu’ton histoire n’aille pas en s’arrangeant ! Heureusement qu’les spectateurs assis près d’la porte, eux, n’t’entendent pas, ça décrédibiliserait carrément l’show dont t’es la vedette. <br>– Ah ouais, je ne les avais pas calculés ceux-là. Ils en tirent des tronches ! C’est l’absence de machine à popcorn pour le spectacle qui les mine comme ça ? <br>– Tu n’vas pas mieux ! R’garde plutôt, Serge s’rapproche d’ton Optimus. Derrière ses claviers, il a enfilé l’costume de DJ, mais pas celui d’scientos ! Sa playlist, en r’vanche, semble calibrée qu’pour lui et ses oreilles. <br>– Il attend quoi tu crois, que je bouge au rythme de la musique ? <br>– J’doute, vu l’état d’ton processeur central, qu’tu puisses commander grand-chose tout seul. J’pense davantage qu’ils t’ont branché à la télécommande pour pouvoir jouer avec toi !<br>– Tu plaisantes là, j’espère ? <br>– T’es genre à tout gober, toi ! Qu’est-ce j’en sais moi, c’qu’ils vont t’faire. J’découvre, comme toi ! R’garde là, il lève les mains en l’air, l’concert commence. <br>– Je n’entends rien, mais le spectacle est bien là, tout est allumé partout. C’est une symphonie en mode mute, ton concert. Ça envoie de l’onde silencieuse. Mon cardio donne le beat, mais encore personne sur le danse-floor ! Tu as quelque chose à ton répertoire pour égayer ce silence mortel ? <br>– Heu… Une impro ? <br>– Tout ce que tu veux, du moment qu’il y ait le son avec les images ! <br>– ​Alors on… t&rsquo;branche</p>



<h5 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="ontbranche">On t&rsquo;branche</h5>



<figure id="branche1" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--80);padding-left:var(--wp--preset--spacing--80)" class="wp-block-audio"><audio controls src="https://lceltsp.fr/wp-content/uploads/2025/12/On-m-branche.mp3"></audio></figure>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--40);padding-left:var(--wp--preset--spacing--40);font-style:italic;font-weight:400"><em>Qui dit cobaye humain, dit attention on t&rsquo;branche. <br>Ça y est t&rsquo;es connecté, on va te faire rêver. <br>Qui dit expérience, dit sorry pour toi ch&rsquo;suis navré. <br>Ça y est l’programme est lancé, c&rsquo;est drôle ta tête penche.</em></p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--40);padding-left:var(--wp--preset--spacing--40);font-style:italic;font-weight:400">Une vie normale, tu ne l&rsquo;avais pas, alors on t’branche.
<br>T&rsquo;es gavé de problèmes, tu sais ? Alors on t&rsquo;branche.
<br>Sois fier c&rsquo;est pour la science, alors on t&rsquo;branche.
<br>Fais nous confiance dans une heure peut-être, on te débranche.
</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--40);padding-left:var(--wp--preset--spacing--40);font-style:italic;font-weight:400">On t&rsquo;a pas d&rsquo;mandé, mais ton sacrifice est courageux.
<br>Des héros comme toi, il n&rsquo;y en a tellement si peu.
<br>Accroche toi gars, tu vas nous rendre la vie plus belle.
<br>Faut pas hésiter à donner de soi, pour décrocher un prix Nobel.
</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--40);padding-left:var(--wp--preset--spacing--40);font-style:italic;font-weight:400">Normal, toi ? Ça va pas ! Alors on t&rsquo;branche.
<br>Tes problèmes on peut tous les régler. Alors on t&rsquo;branche.
<br>Pour la science t&rsquo;as du respect ? Alors on t&rsquo;branche.
<br>Fais nous confiance, dès qu&rsquo;on a fini on te débranche.
</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="padding-right:var(--wp--preset--spacing--20);padding-left:var(--wp--preset--spacing--20)">&nbsp;&nbsp;&nbsp;Serge est complètement barré, on l’a perdu, il est dans un aut’ monde, là ! S’il revient sur terre, on l’invite à nous r&rsquo;joindre sur le lit… Ça t’dit ? <br> <br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors on t’branche, Alors on danse …</em> <br> <br>– Marche pas trop bien leur télécommande. Le gars allongé n’est pas très réceptif à l’ambiance pop électro ». Ils auraient dû commencer par lui filer deux trois cachetons, je le trouve encore un peu trop dans la retenue. Allez, remue, lance-toi garçon… <br> <br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors on m’branche, <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors j’y vais, j’danse…</em> <br> <br>– J’sais pas c’qu’ils t’envoient dans les tuyaux, mais t’es p’us trop comme avant, là… Y’a du monde qui t’regarde, assure un minimum quand même. <br>– Le survêt bleu cérémonie est de rigueur on dirait… Tes cœurs dans la tribune sont tous sapés pareil. C’est le logo de quoi, qu’ils portent devant ? On tourne un épisode de Star Trek, et c’est moi l’alien ?… <br> <br><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alors on m’branche, Alors on danse, Allez je m’lance…</em> <br> <br>– La star, en ce moment, c’est toi. Irradié à l’onde euphorisante et sans bouger d’un poil, tu captives. Tu f’sais statue humaine de rue dans ta vie d’avant ? T’espère récupérer des sous dans ton chapeau ? Pas évident d’savoir c’qu’il pense ton public, l’enthousiasme affiché est un peu figé à c’que j’vois ! <br>– Rien, il ne pense rien, il est encore plus immobile que moi, aussi inexpressif qu’un jury d’examen ! J’espère au moins décrocher mon renouvellement de bail ! On me débranche, déjà ? Trop courte sa programmation musicale à Daft Serge. Il n’animera jamais plus grand qu’une chambre d’hôpital avec ça ! Non mais, avec ce qu’il vient de mixer, tu penses sincèrement qu’il a de l’avenir dans le métier ? Regarde toutes ces têtes, ce n’est pas la grosse éclate dans l’équipage de l’USS Enterprise ? <br>– C’est comme le reste, ici l’exaltation s’exprime silencieusement… Ça prouve au moins qu’ce qui devait être fait est fait, sans surprise ni catastrophe. Personne n’a rien compris mais tout l’monde est resté poli, pour n’pas risquer d’se trahir et passer pour un débile. Tu piges l’économie d’émotion à l’arrivée, maint’nant ? La sauce à laquelle t’as été cuisiné était trop complexe en bouche, impossible d’en déterminer les saveurs ! Et toi, tu t’sens comment ? <br>– J’ai mal aux seins, t’y crois ça ? Avec une douleur dans le bas ventre, et la drôle d’impression de ne pas appartenir à un genre unique ! Ta sauce devait être trop épicée… Non mais c’est super frustrant à la base, de ne pas savoir quel était le plan ! Qu’ai-je donc bien pu avoir échangé avec Optimus ? <br>– Échanger ? Avec toi ? T’as quoi, qu’il t’reste ? J’crois plutôt qu’ils sont à t’coller des rustines pour tenter de t’regonfler l’cervelet ! <br>– Ha ha, très drôle. Et toi, ça ne t’a jamais chatouillé l’esprit de t’envelopper de chair et d’os ? <br>– … ! J’y travaille… En attendant, t’es d’nouveau peinard, tout l’monde a mis les voiles. Tous, sauf Serge, tiens ! Il doit l’aimer son tabouret, pour n’jamais décoller ses fesses de d’ssus ! Il trône au milieu d’sa solitude, comme s’il n’voulait jamais quitter son royaume de tristesse ! Ça l’fait kiffer grave, il s’met à parler tout seul maint’nant !<br>– Fatigue, ou lassitude plutôt… Non ? Son absence de réaction interroge un peu, quand même. Et s’il garde la tête dans les bras, c’est certain qu’on va encore moins bien comprendre ce qu’il marmonne. <br>– Si si, r’garde, il lève les yeux au ciel. Il invoque l’saint esprit. Bonne nouvelle pour toi… il croit au miracle ! <br>– Oui, ben écoute mieux, ton saint esprit s’appelle Lilie !… <br> <br>Serge <br> <br>– Nous y sommes presque ma Lilie. Mais le « presque » nous pose un sérieux problème. Nous devons améliorer la précision de nos tests, dans un délai impossible à tenir. Tu connais l’adage, « le temps, c’est de l’argent ? Eh bien dans notre situation, le manque d’argent raccourcit cruellement le temps minimum et indispensable pour finir le travail.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Notre démo de ce matin n’a pas suffisamment séduit les experts, c’est évident… Inutile d’espérer avec ça un réinvestissement massif dans nos programmes de recherche. Nous sommes définitivement dans le rouge, et bientôt à la rue. Non mais, regarde-les-moi aussi, ces pantins… incapables de transpirer la moindre émotion scientifique. Les fils de ces marionnettes ne réagissent qu’à l’argent et le pouvoir.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous n’avons pas d’autre choix que d’organiser dans la précipitation une nouvelle présentation, beaucoup plus convaincante, celle-là, puis d’espérer un miracle !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La paperasse peut attendre, mais il nous faut du spectaculaire, du concret, et de l’indiscutable. Nous devons assurer un show au bout duquel même les plus sceptiques doivent applaudir ! Seulement avec ce délai ridicule et dans ces conditions, je n’y crois plus du tout. Notre seule chance d’y parvenir, tu veux savoir, repose entièrement sur le bon vouloir de notre cobaye !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si seulement il pouvait parler… nous raconter de vive voix ce qu’il retient, lui, de tout ce qu’on lui balance dans le cerveau&nbsp;! Après l’émission d’un signal d’encodage, nous ne mesurons chez lui qu’une persistance des informations reçues de l’ordre de soixante-dix pourcents, avec une grosse incertitude sur la qualité de celles-ci. Arrivé à ce stade, nous ne pouvons plus nous satisfaire de cette approximation, ceux que nous devions convaincre ce matin nous le rappellent bien !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;De là-haut, toi, ma Lilie, tu ne pourrais pas lui en toucher deux mots&nbsp;? Il nous doit bien ça ? Dis-lui que lorsqu’on l’a récupéré, il était bien plus mort que maintenant. Grace à nous, insiste là-dessus, il est presque vivant, et mine de rien, c’est énorme ! On a réussi l’exploit de reprogrammer certaines de ses cellules. Il peut désormais respirer tout seul. Rien que ça, déjà, mérite le prix Nobel ! Tu ne serais pas partie si vite, aujourd’hui, avec encore un peu de travail, notre technologie aurait probablement pu te sauver. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Là, le sujet du jour était tout autre, mais on utilise quasi le même processus, et le résultat est tout aussi époustouflant…! On a cassé un mythe de science-fiction, ma Lilie. On pense être en mesure de répliquer une partie, voire tout le contenu, de la mémoire d’un individu sur un autre. Très concrètement, nous prétendons être capable de pratiquer la transplantation ciblée de souvenirs. Il faut seulement trouver maintenant la formule magique qui va réveiller ce cadavre, et le laisser nous faire son débrief de vive voix sur tout ce qu’il a pu voir passer dans sa tête.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’ailleurs, je ne sais même pas si je souhaite vraiment sa résurrection. Avec tout ce qu’on lui a fait subir le pauvre, il est fort probable que sa nouvelle mémoire le fasse complètement disjoncter. La plupart des souvenirs dont il est gavé proviennent de jeunes filles, volontaires, qui ont bien voulu se prêter à cette expérience scientifique.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pourquoi des jeunes filles ?… Parce que toutes te ressemblaient ! Une partie de moi ne va pas bien, je sais !… Toutes ces données neuro-bio-informatiques, je regrette tellement de ne pas avoir pu les prélever chez toi, tant qu’il en était encore temps ! Auprès de ces très jeunes personnes, j’espérai sans doute te retrouver… Créer quelqu’un à ton image, pour te parler en face, me faire pardonner de ne pas avoir su te sauver…<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je suis fatigué ma Lilie ! Je veux servir la science, mais les obstacles s’enchainent et sont de plus en plus hauts. Le plus redoutable d’entre eux, je crois, c’est la connerie humaine ! Elle est capable de détruire tout ce qu’on a construit, rien qu’en détournant nos découvertes à des fins perfides d’intérêts personnels ou mercantiles. Pire encore, toutes nos publications risquent d’être censurées pour des raisons d’ordre éthique ou moral ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu vois, nous sommes jugés par une poignée d’incompétents, qui s’octroient le privilège de mettre des années de recherches et de sacrifices à la poubelle.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je perds la foi ma Lilie. Plus j’œuvre pour sauver l’humanité, plus elle m’envoie clairement le message qu’elle n’en a pas envie. À croire que je la dérange !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La connerie humaine doit être une invention de la nature… C’est une réaction d’autodéfense pour se débarrasser de l’espèce humaine qui lui est néfaste. En laissant la connerie s’installer dans le paysage, la nature attend patiemment de voir l’humanité s’autodétruire, au profit de toutes les autres espèces animales ou végétales présentes sur Terre. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comment l’humanité peut-elle être à ce point indécrottable&nbsp;? Qu’est-ce qui pousse encore des nations à se faire la guerre, alors que le climat se réchauffe dangereusement, ce qui provoque des catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses et dévastatrices ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu sais quoi ma Lilie, je crois que même si la société évolue, elle ne s’élèvera jamais, elle en est tout simplement incapable ! Ce n’est pas dans son ADN ! Il faudrait certainement que je bosse là-dessus plutôt ! <br> <br>Voix en colère <br> <br>– Alors c’est comme ça tu considères tes congénères ? « Tous vraiment trop cons pour comprendre ? La situation les dépasse, alors il n’y a rien d’autre à faire que de la laisser pourrir, genre c’est le destin, faut bien mourir un jour ??<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans tout ce merdier tu te situes où toi, sur le haut du tas ? Pas un peu facile de dire c’est la faute des autres. Tu n’es tout de même pas de ceux qui pensent que, «&nbsp;de toute façon c’est la faute des politiques&nbsp;» ? Pas toi ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu te permets de critiquer la société en la jugeant incapable de rectifier ses travers, mais toi non plus, tu ne fais rien pour que ça change. Tu te sens peut-être différent mais tu ne vaux pas mieux. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tu en veux à ceux qui prétendent avoir la compétence pour juger tes travaux, mais tu t’es bien regardé ? Tu fais pareil ! Avec quel crédit crois-tu pouvoir juger les autres ? Ton attitude est présomptueuse, arrogante, lâche et pitoyable !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tout le monde est acteur dans notre société. Par nos actions ou nos inactions, chacun a sa part de responsabilité dans tout ce qui arrive sur la planète. Le simple fait, déjà, de penser négativement à haute voix comme tu le fais, influence le futur. Les gens ont sans doute besoin d’être guidé, mais pas d’être rabaissé, encapsulé dans des pensées débiles genre, « c’est la fatalité », « toute façon ça ne changera rien », ou encore « les politiciens pensent avant tout plus à leur réélection qu’à leurs propres électeurs » ! En imposant ta façon brutale de voir les choses à tout le monde, tu finis par ne plus entendre personne… Comme tu le faisais déjà à l’époque avec ta propre fille. Tu ne m’as jamais… Tu ne lui as jamais dit… « vas-y ma chérie, je t’écoute ». Tes arguments vociférés coupaient net son discours avant même qu’il commence. À les répéter en boucle aussi souvent, on pouvait même se demander si ce n’était pas pour mieux te convaincre toi-même ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Regarde le résultat, tu en es fier ? Mais regarde… Tu parles tu parles, mais plus personne ne t’écoute, pas même moi. Devant toi on est face à un mur. Tu as perdu la confiance de ta fille !!! Tu entends ? Tu l’as même perdue tout court, Papa. Si tu m’avais mieux regardée, tu aurais compris que j’ai consacré ma vie à ça, aider les esprits à évoluer dans le bon sens. Comment faut-il te le dire : tout seul, tu n’existes pas, tes idées n’existent pas ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aussi longtemps tu t’obstineras à ne pas vouloir comprendre les autres, tes inventions, aussi géniales soient-elles, resteront au placard et ne serviront à rien, ni à personne. Te voir en lice pour la médaille du plus grand incompris de tous les temps me désole&nbsp;! Quel gâchis ! <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais si seulement tu pouvais m’entendre puttt… pfft !… <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;La migraine me déconnecte de cet échange irréel. Je tente de reprendre l’initiative sur mes pensées, mais le cerveau est en « shut down », je n’y arrive pas. Je n’ai donc plus la force de m’opposer à la seule présence masculine autorisée à partager mon lit, profiter de ma nudité et venir se frotter contre moi. Sa chaleur douce et féline m’offre un instant d’évasion et de sensualité, qui manque trop souvent à mon quotidien. Des automatismes biologiques endormis se réveillent en moi, et me font répondre en caresses à cette invitation à la tendresse. L’homme plus habile que mon chat pour faire preuve d’autant d’élégance, de sensualité et de sincérité en amour, tout en sachant rester aussi discret, n’existe pas ! On dit souvent qu’il ne manque que la parole à nos animaux de compagnie, moi, je soutiens que bien des humains gagneraient à se taire, pour renouer avec leur sensibilité ! <br> <br>Hope; Élise <br> <br>– T’as entendu c’que j’ai entendu, ou t’hibernes avec ton chat, là ? <br>– Hope ma chérie ? Un instant s’il te plait… Faut attendre que les kangourous énervés dans ma tête se calment. L’aspirine seul n’en vient pas à bout. Tu me parles de quoi, là ?<br>– La dernière voix, t’en connais beaucoup toi, qui appellent Serge Papa ? <br>– Calie ? Oui oui… Oui, j’avais deviné… Elle se rapproche, sans pour autant bien me calculer. Je ne sais vraiment pas comment l’amener à me parler directement, comme elle le fait avec Aléïc. Je lui fais peur à ce point ?! <br>– Mets la en rogne ! Chaque fois, c’est c’qui la fait sortir de l’ombre ! <br>– Elle a bien assez de colère comme ça à mon encontre ! Je ne vais pas la provoquer davantage ! <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette fois le jour est bien levé. Mon deuxième réveil me précipite dans cette nouvelle journée avec un retard irrattrapable. J’ai loupé le bus, je marche jusqu’à la station suivante, avec le naïf espoir que le prochain arrivera ainsi plus vite. En pressant le pas, la culpabilité de laisser Heather seule subir les conséquences de ma paresse matinale se dissipe un peu. Je repense à cette dernière rencontre entre Aléïc, Hope, Serge et cette nouvelle voix, derrière laquelle se cache très probablement Calie. Cette discussion m’a enfin éclairée sur la nature des travaux de Serge. La reprogrammation de cellules à laquelle il fait référence m’intéresse forcément. Comment ne pas penser tout de suite à une application directe sur le corps ensommeillé de Calie. Dans quel état a-t-il récupéré celui sur lequel il travaille ? L’a-t-il vraiment ramené à la vie ? Le désir d’obtenir une réponse à cette question me presse de révéler toute la vérité à Serge à propos de notre fille. J’ai bien trop attendu, il est grand temps de prendre mes responsabilités. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mon bus arrive enfin. Encore quelques minutes pour angoisser sur la question avant l’hôpital. Est-ce que je ne m’emballe pas un peu trop vite, là&nbsp;? Ne faut-il pas quand même attendre d’en savoir un peu plus, sur sa prétendue formidable technologie ? <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je franchis le sas d’entrée de l’hôpital, plus que quelques secondes pour me décider ou non, décrocher ce fichu téléphone et appeler Serge. Comment lui annoncer ça, que notre petit ange nous attend quelque part, mais sans savoir où exactement ? Va-t-il croire à mon histoire&nbsp;? Avec mon passé psycho, à sa place j’aurais toutes les raisons de penser que je replonge sérieux dans la schizophrénie. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je sors de l’ascenseur, et marche vers mon secrétariat. J’échange un sourire tout juste aimable avec Heather, la soulageant ainsi d’avoir à m’énoncer un à un tous mes rendez-vous en retard. Tout comme à ma tête des mauvais jours, je m’enferme dans mon cabinet pour réfléchir. Assise derrière le bureau, je fixe désormais ce combiné qui me défit. L’image de Josh traverse mon esprit, et m’offre un court répit avant de révéler mon secret à Serge. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toute cette aventure repose sur les épaules de mon ami, et sa compétence scientifique. Il est essentiel et légitime qu’il soit mis au courant le premier de cette toute nouvelle décision. Et puis, il est aussi le seul à connaître le lieu exact où Calie repose. Allez ma vieille, courage… Coupant net l’envie à ce sursaut de bonne volonté de s’envoler, j’appelle Josh… <br> <br>Élise; Josh <br> <br>– Josh ? Lisa, how are you ? Comment vas-tu ? <br>– Lisa ? Good, how are you ? Quel bon vent ? <br>– Josh, c’est à propos de Calie. <br>– Gosh ! Un problème ? <br>– Non non, tout va bien… enfin j’espère… j’ai pris ma décision… une décision importante… celle de tout révéler à Serge. La situation n’a que trop duré ! <br>– Alléluia, sans lui, honnêtement, il aurait été compliqué de poursuivre l’expérience avec Calie. « By the way », tiens-moi au courant de sa réaction. Le risque n’est pas nul de me faire sanctionner en France pour atteinte à l’intégrité et recel de cadavre. « I did a huge… ». Avec cette histoire, je ne respecte ni la loi, ni mes obligations déontologiques.<br>– Bien sûr, je serai prudente. Le principal, dans un premier temps, est de lui faire passer l’idée que le corps de notre petite fille fait l’objet d’une étude scientifique, tout aussi secrète que la nature même des travaux qu’il mène, lui. La discrétion essentielle à laquelle il est confronté l’aidera, je l’espère, à comprendre pourquoi il nous aura fallu attendre autant, pour lui en parler. <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par ailleurs, il y a de bonnes raisons de penser que ce sur quoi il travaille, converge vers ce que nous espérons toi et moi pour notre petite belle au bois dormant. Si ses dires se confirment, il aurait mis au point une technologie capable de reprogrammer certaines cellules du corps humain. Les tests qu’il pratique sur son cobaye semblent avoir fait leurs preuves. Il y aurait donc une autre voie que la culture de cellules souches pour réparer le corps de Calie. Un nouvel espoir qui nous oblige, de ce fait, à unir vos compétences pour aborder sérieusement la phase du réveil de Calie.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je voulais avoir ton avis là-dessus. Es-tu prêt, après tout ce temps, à replonger dans ce projet fou ? <br>– Are you kidding? On y est ? C’est donc pour maintenant ? Lisa, je démissionne demain s’il le faut, pour finir le job. C’est l’ennui à plus finir, ici. Nous sommes tous de bons chiens-chiens tenus en laisse, aux ordres du tout puissant business que représente l’industrie pharmaceutique. Le leitmotiv ici, c’est vivons riches… à défaut de vivre longtemps. Soyez malades, ça nous rapporte ! Et plus ça va, plus j’ai l’impression de cautionner ce système dangereux. Et toi, ça va aller, tu crois ? Tu te sens vraiment prête pour voir les yeux de ta petite sweety se rouvrir de nouveau ? <br>– Nous n’y sommes pas encore tout à fait. J’ai encore un peu de temps pour m’y préparer. Je suis heureuse de te voir toujours aussi enthousiaste… Tu… tu es plus qu’un ami Josh. Tu ne peux pas savoir… sans toi… ! <br>– Calie and you, are my sun. Vous êtes la lumière et la chaleur qui manquent à ma vie. Vous êtes ma famille, celle qui a toujours été là. Alors aujourd’hui tu n’as rien à me demander, l’idée de bientôt vous revoir toutes les deux me rend déjà tellement heureux ! I’m so excited de repartir à l’aventure. Je n’ai aucune objection à travailler avec Serge. Ensemble, nous allons écrire l’histoire ! <br>– You bet Josh, Merci, merci encore pour tout, et plus encore. <br> <br>Élise <br> <br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je raccroche, soulagée d’avoir un allié indéfectible à mes côtés. Je déverrouille mes portes, et vais rassurer Heather sur mon humeur. Elle doit me maudire, pour lui ruiner son planning à longueur de temps. Il me faut absolument faire un effort avec elle, et trouver le temps de travailler sur tout ce retard accumulé.</p>
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