R4 – Une vraie maison

   Roxanne, une jeune fille marginalisée, découvre un nouvel univers en entrant chez Florence. Entre peur du rejet et espoir d’un refuge, Roxanne s’ouvre peu à peu, touchée par la chaleur de cette famille inattendue. Tandis que Florence prend soin d’elle, son père, Dan, assiste avec émotion à la transformation de sa fille…

Roxanne

   Dans le métro, on fuit mon regard. On me voit comme celle qui mendie ou qui vole, seule ou avec d’autres. C’est bien connu : les gamines comme moi ne peuvent pas être honnêtes. La rue est mon école. Avec Florence à mes côtés, j’ai l’impression d’être moins effrayante. Sans mon ange gardien, les gens s’écarteraient sur mon passage. Ce monde m’attriste. Je ne desserre pas sa main, chaude et rassurante. Et puis je ne veux pas être abandonnée une deuxième fois. Pour elle je pourrais faire le ménage, ranger sa chambre, laver ses habits, lui préparer à manger, à elle et à toute sa famille, le travail ne me fait pas peur. Elle me ramène sans doute chez elle pour ça. Je suis d’accord, pas besoin de me demander.

   Peut-être alors… je pourrai rester, un peu ? Pourvu qu’ils ne me trouvent pas trop repoussante. 

Florence

   Elle s’accroche à ma main comme une naufragée perdue dans un monde devenu subitement trop grand pour elle. Ses yeux regardent partout, mais sa tête reste immobile et baissée, le menton contre poitrine. Si elle pouvait devenir invisible, ou se transformer en petite souris pour sauter dans mon sac, elle le ferait. Ma toute nouvelle responsabilité me pèse déjà. L’attention que je devrais lui témoigner est perturbée par le poids de mes pensées, toutes orientées vers les évènements à venir. 

   On arrive à la maison. Je n’ai pas eu le temps de ranger avant de partir. Lui présenter notre « Bazard Land » tel quel me met mal à l’aise. En plus, rentrer par le garage avec son odeur de poubelle pestilentielle me fait monter le sang à la tête, mes joues doivent être rouge écarlate, l’horreur, honte à nous. Je la presse de rentrer à l’intérieur. 

   Mon père lance du salon un : « c’est toi Flo? Ton stage… déjà fini? ». Mince, j’ai loupé l’explication rationnelle à donner en rentrant ! Au son de cette voix masculine, elle me lance un regard aussi inquiet qu’inquisiteur. Je lui retire ma veste en jean pour la rassurer, et l’invite à se rapprocher de notre fameux mur à graffitis. Mon père, ébahi, arborant sa tête décoiffée pré-caféinée du matin mais le sourire aux lèvres, me découvre accompagnée de cette jolie poupée de chiffon. Marqueur XXL à la main, j’écris à ma hauteur « Bienvenue à… » puis je lui tends l’instrument, espérant de tout mon cœur découvrir enfin son prénom.

   Elle me regarde, me sourit, se tourne vers mon père en évitant de croiser son regard, hésite un instant, puis écrit timidement « Roxanne » en tout petit, comme pour ne pas trop prendre de place, et ne pas déranger.

   Esquivant habilement la machine à questions que mon père pointe déjà sur moi, je l’emmène visiter.

Dan

   Florence ramène une copine à la maison, j’en renverse ma tasse… C’est inespéré. Une première, depuis… si longtemps. Elle sourit, enfin. Elle est différente des autres jours. Par quel miracle son cœur se remet soudainement à chanter ? Son stage ? Cette petite fille ?

Roxanne

   On arrive chez Florence. La chance d’avoir une boîte aux lettres ne se mesure que lorsqu’on n’en a pas ! Sa main se crispe. Même avoir sa propre poubelle est un luxe, ça veut dire qu’on a un vrai chez-soi. Ses joues rougissent. Elle est nerveuse d’un coup. Que va-t-il m’arriver ? Elle me transmet son stress… Me suis-je faite piéger ? J’entre, on n’est pas seules… Une voix. Son père, sans doute. Je suis dans la maison où habite sa famille. Ça sent bon. Ça sent l’intérieur, pas comme toutes ces odeurs de rues, froides et changeantes. Elle se déchausse. Moi je n’ose pas, mes pieds sont plus sales que mes chaussures. Et puis tant pis, j’ai survécu au froid, je survivrai à l’humiliation… La mort se montre encore plus cruelle que de m’emporter pour de bon. Jouer comme ça avec ma dignité est monstrueux et humiliant… Je suis toute tendue, et honteuse de l’aspect que j’ai à présenter. Elle me débarrasse du manteau qu’elle m’avait prêté. Elle est gentille, et attentionnée. Je suis en sécurité ici, mon instinct me dit de lui faire confiance. Un chapeau ridicule est accroché au porte-manteau… Il est là pour la déco ou ils le portent vraiment ? Elle me souhaite la bienvenue, à sa façon. Je suis dans un rêve, je ne veux pas me réveiller.

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