Florence accompagne Roxanne dans la salle de bain et, touchée par son innocence et sa fragilité, l’aide avec délicatesse à prendre son bain. Roxanne découvre avec émerveillement le confort simple de l’eau chaude et, peu à peu en confiance, laisse éclater sa joie enfantine.
Florence descend répondre aux questions de son père, et plaide passionnément pour l’accueillir chez eux, refusant l’idée de la livrer à la police et au risque d’expulsion. Dan, prudent mais attendri, accepte de l’héberger provisoirement. L’apparition radieuse de Roxanne, transforme la vie dans la maison…

Florence
On arrive à la salle de bain. Elle doit avoir envie de se laver, elle en a besoin. Je lui montre la baignoire et fait couler de l’eau. J’attrape sa main, lui place dessous. Je lui montre comment régler la température. Puis je lui fais sentir tous les savons, le gel douche et le shampoing, pour qu’elle choisisse celui qu’elle préfère. Je devrais sortir maintenant, la laisser seule. Ce serait normal… Mais je reste là, figée. Hypnotisée par ce mélange de beauté, d’innocence et de fragilité. En vrai, ce n’est pas moi qui reste, mais un rôle inconnu qui me retient: celui d’une maman… soucieuse et attentive. Je transpose complètement sur Roxanne cette présence et cet amour qui me manquent depuis toute petite ! Je ne veux rien forcer, ni la mettre mal à l’aise, juste l’aider, la rassurer, lui dire… je suis son amie.
– Tu veux que je t’aide, ou tu fais toute seule ?
Elle hausse les épaules, et me regarde, sans rien dire, les yeux brillants. Alors très délicatement je défais les premiers boutons de sa robe. Elle ne recule pas. J’attends toujours qu’elle me dise stop… mais rien. Seulement ce silence, étrange, lourd, comme un abandon.
Roxanne
La salle de bain… Un endroit rien que pour ça, se laver. Avec de l’eau courante, et chaude. Ici l’eau coule sans retenue. La rue n’offre pas ce privilège. Ce qui pour certains n’apparaît seulement comme un confort de base, pour nous… c’est le bonheur absolu. Une dignité sociale enfin atteinte, que personne n’a idée.
Florence joue à la marchande de savon… Elle m’enivre de toutes ces senteurs, que seul sur les autres il m’arrivait de sentir. Je peux choisir ? Son visage change d’un coup d’expression. Qu’ai-je fait ? Elle me propose son aide. Son aide pour quoi ? Me laver ? Je sais le faire. Je ne sais pas quoi répondre. Je hausse les épaules. J’attends, je ne sais pas encore quoi. Elle déboutonne ma robe, sans précipitation, sans jugement. Elle est douce. Je rougis. Je me laisse faire. Je me sens vulnérable, mais protégée en même temps.
Je rentre dans le bain. Une douce chaleur m’enveloppe, tout mon corps disparaît sous la mousse épaisse. Amma où es-tu ? Regarde, je suis trop bien. J’attrape la main de Florence et la pose sur ma joue. Mes yeux vont encore pleurer, je plonge la tête sous l’eau… sa main avec.
Florence
Après le shampoing et avoir éclaboussé partout, la séance du bain se termine. L’eau de la baignoire se vide, sans jouets dedans cette fois. Debout, les deux pieds encore dedans, elle est encore pleine de savon et de mousse jusque dans les cheveux. Je la rince à la pomme de douche. Définitivement en confiance, elle oublie sa pudeur, elle rigole, se dandine, prend des postures de sirène pour jouer. Elle me fait rire, on rit ensemble.
Elle sort de la baignoire et continue à sautiller sur place, comme un poisson encore frétillant. Je l’enveloppe dans un drap de bain, lui noue une serviette autour de ses cheveux, puis l’accompagne jusqu’à ma chambre. Mes boîtes de fringues trop petites sur le lit, je la laisse enfin seule, choisir à quoi elle veut ressembler.
Je respire un grand coup. La suite demande du courage et de l’inspiration. Je descends l’escalier, prête à répondre aux questions que mon père a dû avoir tout le temps d’imaginer, depuis l’instant où nous sommes rentrées…
Dan, Florence
– Par quoi veux-tu commencer ? Ton stage… ou cette toute timide nouvelle amie ?
– Mon stage de troisième a perdu tout son sens à côté d’elle, Papa. Il se passe quelque chose d’important, là… Le destin frappe à notre porte. Rien d’aussi bouleversant ne nous est arrivé depuis… Maman.
Je l’ai trouvée seule, endormie dans un fossé près d’une voie ferrée désaffectée.
C’est une enfant. Elle a des droits… Et nous, des devoirs.
Laisse-moi l’aider. Aidons-la… S’il te plait… Je te supplie à genou, là, regarde !
– Doucement Florence… On va reprendre depuis le début, tu veux ? Une enfant, ça veut dire famille. Même éloignée. Ça veut dire recherche, accompagnement, services sociaux… enfin, tout le tralala tu vois ?
Et on doit prévenir aussi la police. Elle est sûrement recherchée, tu y as pensé ? Enlèvement, disparition, ça te parle ? Tu sais ce qui lui est arrivé ? Elle t’a raconté son histoire ?
– T’es sérieux, là ? Tu penses que c’est à la police qu’elle va les trouver, ses papiers ? Ils chercheront ses parents, oui… Et s’ils les trouvent, ce sera pour les expulser. Ou les envoyer dans des centres de rétention, en attendant. Ça existe, Papa. Ici, en France. Je me suis renseignée. C’est vraiment ça que tu veux pour elle ? hein ?
Elle a besoin d’un foyer, d’aller à l’école… Et toi, tout ce que tu trouves à lui proposer, c’est… un numéro de dossier ! Ta créativité d’écrivain est toute rabougrie ! Tu l’as vue ? Tu ne vois pas que tu tiens une histoire ? Une vraie. Une bouleversante. Avec une Happy End à écrire !
On pourrait lui faire de la place, ici, chez nous. Une vraie place, je veux dire, sur notre mur aussi… Puis on le fera tomber ensemble, tous les trois, quand tout sera fini. Allez, dis-moi qu’elle peut rester. Tu pourrais être son tuteur… légalement ? Ou… au moins officieusement, pour commencer ?
– Prenons le temps de mieux la connaître, pour commencer. Tu veux ? Comment elle est arrivée là, pourquoi elle t’a suivie aussi docilement. Laisse-la respirer également. Elle nous racontera sans doute plus facilement son histoire lorsqu’elle sera plus en confiance.
Je suis d’accord pour l’héberger quelques jours, le temps d’éclaircir tout ça. Mais attends-toi quand même à ce que très vite quelqu’un la réclame, et vienne la chercher. Installe la dans le bureau, là-haut. Faites de la place. Réaménagez comme vous voulez, je n’y travaille quasi plus, je préfère la lumière du salon.
À part ça, ton stage, tu comptes faire quoi ? Tu as réfléchi ?
– Un exposé sur le parcours d’un enfant migrant en France ! Merci Papa chéri… En bonus, tu as gagné une héroïne pour ton prochain roman !
Regarde, regarde, elle descend… La poupée de chiffon est devenue réelle, elle est trop trop belle !
Dan
Cette petite est un vrai miracle… Elle m’a transformé ma Florence en tempête bienveillante ! Il est là, le vrai début de l’histoire !