Roxanne, marquée par la disparition de sa famille et un mutisme protecteur, craint d’être rejetée par Florence et Dan. Dan, inquiet mais bienveillant, contacte la Croix-Rouge pour trouver une solution légale et humaine. Florence, bouleversée, redoute que sa petite protégée parte en foyer, mais comprend que son père veut surtout donner à Roxanne une vraie chance de rester.

Roxanne
Une chose cloche. J’ai définitivement un problème, un gros même. Aucun son ne veut sortir de ma bouche. Mes cordes vocales sont comme nouées entre elles, plus rien ne vibre en moi. Ça marchait pourtant bien avant. Avant que tout bascule. La police me prive de ma famille, de mes amis… Nous ne sommes pas des criminels… Quand les reverrai-je ? Les reverrai-je ? Amma ? Ne nous rejoins pas… Ici non plus, ce n’est pas le bon endroit, pour nous !
Et si ma voix ne revenait pas ? Florence et son père vont croire que je suis définitivement muette, ou alors déficiente mentale… Ils ne vont jamais vouloir que je reste. Je suis inutile ! Une verrue, dans leur monde civilisé et propre.
En plus, si à mon tour la police me trouve ici, ça va faire des histoires. Florence ne mérite pas ça. Elle est gentille. Elle va à l’école, elle ne doit pas me suivre en prison. Je dois partir, cette nuit, et retrouver mon étoile, celle qui me protège, celle qui me guide.
Florence
La cuisine me semble plus grande ce matin ! Rien ne traine dans l’évier. On peut débarrasser les affaires du petit dèj sans avoir à entasser et tout pousser pour faire de la place. Roxanne me prend les bols des mains pour les laver. Je suis comme une conne à la regarder. C’est tellement inhabituel que ça m’perturbe !
Depuis notre rencontre elle n’a pas prononcé un seul mot ! La timidité peut-être. Le souci de ne pas déranger, de se faire toute petite, comme son prénom écrit sur le mur ! Peut-être qu’elle ne se sent pas encore vraiment chez elle ? Ou alors, qu’elle a une voix de tyrannosaure à faire peur ?!…
Mon père part s’isoler au salon, téléphone en main. Il compose un numéro ?! S’il voulait faire discret, c’est raté. Ce n’est certainement pas le boulot qu’il appelle, il n’en a pas. Pas un vrai, quoi. Enfin j’me comprends… C’est louche ! Il faut que j’en sache plus.
Dan, Claire Fitoussi
– Oui, bonjour, je suis bien à la Croix-Rouge, à la plateforme « mineurs isolés » ou MIE ?
– Un instant monsieur, je vous passe un agent.
– Claire Fitoussi, j’écoute ?…
– Oui, bonjour Madame, je m’appelle Daniel Volti, ce serait pour vous signaler… Hier soir, j’ai accueilli chez moi, une jeune fille, mineure, probablement d’origine étrangère. Ma fille l’a trouvée endormie, sur le bord d’une voie de chemin de fer désaffectée, seule, épuisée, et… pas très propre sur elle.
– Merci de nous avoir appelé, monsieur… Volti. Vous avez bien fait. Je dois vous poser quelques questions, à propos de cette jeune personne, vous êtes prêt ?
– Oui, oui, bien sûr, allez-y !
– Vous semble-t-il qu’elle court un danger immédiat ? A-t-elle des blessures apparentes ? Avez-vous son prénom ?
– Rien non, enfin je veux dire… non pas de blessure. Juste de la fatigue. Ce matin encore, elle n’a pas très bonne mine. Elle n’est pas très bavarde. À vrai dire, elle n’a pas encore prononcé un seul mot je crois. Elle a juste écrit son prénom : Roxanne.
– Je vois, je comprends. Cela peut très bien être le résultat d’un choc émotionnel. Ça arrive, malheureusement. Vous êtes où exactement ?
– Eh bien… Je préfèrerais que nous évitions la police pour l’instant. Vous dites, un choc émotionnel ? Elle ne se serait pas enfuie justement, alors que la police venait pour démanteler le camp qui l’abritait ? Elle n’est pas arrivée là toute seule cette petite ?
– Rassurez-vous. Je n’entreprends rien sans votre accord, ni sans le sien. Ce que je peux vous proposer, c’est de venir vous rencontrer, vous et Roxanne, chez vous. Une première rencontre, douce, juste le temps de la voir, sans rien exiger. Vous serez présents, bien sûr.
– Si elle ne parle pas, cela pose-t-il problème ?
– Pas du tout. Il faut voir parfois le silence comme une protection. Je suis formée pour ça. Le fait qu’elle soit là, qu’elle écoute, qu’elle se sente dans un environnement sûr, c’est déjà beaucoup. Elle pourra s’exprimer à son rythme. Ne vous inquiétez pas. Nous fixons rendez-vous ? Demain ça vous irait ?
– Demain ? Si tôt ? Ne pouvons-nous pas attendre quelques jours, qu’elle se détende un peu, que nous fassions connaissance ? Qu’elle retrouve sa voix ?
– Il y a plusieurs risques auxquels vous vous exposez, je dois vous en avertir. Pas pour vous faire peur, mais pour mieux préparer les évènements à venir. En premier lieu vis à vis de Roxanne. Son mutisme risque de s’ancrer, voire empirer. Un trouble de stress post-traumatique doit être pris au sérieux, et le plus tôt possible. Si elle ne voit rien venir rapidement, elle sera tentée de fuir. Le lien avec la famille est plus fort que tout. Ou alors, juste pour vous protéger, pour ne pas vous rendre complice de sa clandestinité ? Ensuite à votre niveau, héberger un mineur isolé sans déclaration officielle peut être mal vu légalement, surtout s’il y a un doute sur la situation migratoire de l’enfant. C’est une prise de risque inutile. Si la police venait à découvrir Roxanne, cela pourrait créer un conflit juridique. Alors, qu’en pensez-vous ?
– Demain… Demain je suis d’accord. Je dois luis parler d’abord. Je… Je veux vraiment l’aider, vous comprenez ?
– Merci vraiment pour ce que vous faites pour elle. On se voit en fin de matinée, ça vous va ?
– Parfait, à demain donc. Et merci, pour…
Florence, Dan
– …Tu veux l’envoyer en foyer ? Comme si elle ne comptait plus pour personne ? Tu vas vraiment l’abandonner, toi aussi ?
– Mon ange, non pas du tout… Sèche tes larmes, viens là… C’est tout l’inverse, si tu veux savoir. Roxanne a complètement transformé ma jolie Florence. Elle lui a fait retrouver le sourire et… l’envie de se battre, pour les autres, et pour elle aussi.
– Roxanne est un miracle, mais ce n’est pas un oiseau en cage non plus. On doit l’aider… à commencer par lui donner ce qu’elle nous donne déjà… L’amour, l’amitié, l’envie de vivre.
– On va l’aider, ma Flo chérie. On va l’aider, mais en respectant les règles. C’est un message à lui transmettre, à notre petit rayon de soleil. Ici les lois sanctionnent, mais elles protègent aussi. On va lui montrer le bon côté de la justice, tu veux ?
– Demain tu assisteras aussi à la visite. On va lui dire, à cette Claire Fitoussi, notre volonté de voir Roxanne rester chez nous.