Léonie, dans les sous-sol de l’hôpital, présente Aléïc à Alice comme leur « grand frère ». Alice révèle avoir surpris une conversation, annonçant que l’équipe scientifique envisageait de lobotomiser Aléïc pour protéger leurs secrets. Léonie pense avoir découvert un passage secret et demande de l’aide pour en ouvrir l’accès.
Léonie et Aléïc partent explorer un ce souterrain lugubre, au bout duquel ils rencontrent un groupe de gens qui vivent là, sous terre, à l’abris de la police de l’immigration. Aléïc décide de rester avec eux pour se cacher lui aussi, le temps de réfléchir à sa situation personnelle…

Alice, Léonie, Aléïc
– Léonie, t’es où ?
– Pas loin, à la crypte, viens Alice, j’ai une surprise…
– Maman nous attend… La crypte ?! La nostalgie de ton passage sous terre * ? ( * voir Volume 1 – Calie)
– Ramène toi… J’ai une surprise…
– Ah, trouvée… euh, c’est qui lui ?
– Ma surprise ! Alice, je te présente Aléïc, notre… grand frère !
– Bonjour Alice… Très heureux ! Moi, c’est Aléïc. Pas certain en revanche que génétiquement on partage grand-chose !
– Pas besoin… On partage bien les mêmes parents adoptifs, non ? Alors nous trois, on est frère et sœur !
– Frère et sœurs ?… Dommage, parce que comme ça, physiquement, il est genre plutôt mignon le garçon ! Qu’est-ce vous foutez là ?
– Il y a de l’air qui passe, au fond de la cavité. Et ça vient de là, derrière cette pierre. Aidez moi à la dégager…
– Les filles, vous croyez vraiment que c’est le bon moment ? Votre mère vous attend. Elle va s’inquiéter, et si elle nous trouve ici, tous les trois ensemble… ça va faire des histoires.
– Euh, à propos… Y a un souci, un gros !
– Quoi, Choupette ?
– Arrête, pas Choupette je t’ai déjà dit, ou j’t’appelle Léon gros ballon !
– Bon, accouche…
– Aléïc, faut pas qu’tu r’montes…
– T’es en danger là-haut, et p’tête que nous aussi.
– Vas-y, explique !
– Ça y est, fallait s’y attendre! En haut ils sont pris d’vertiges, genre grosses bouffées de chaleur à propos des dérives possibles de leurs inventions folles. Et ça les tourmente grave ! Ils ont peur d’nous avoir r’filé des secrets d’état à travers les tuyaux sur lesquels on étaient branchés ! Et… j’m’inquiète pour toi, Aléïc ! J’pense, qu’ils n’ont pas calculé l’fait que t’allait t’réveiller un jour, alors ils ont dû abuser ! Pour expérimenter la transmission de souvenirs d’un cerveau à un autre, au début, avant d’trouver de vrais volontaires, ils ont certainement demandé à tous ceux dispo dans la salle ! Toute l’équipe a dû y passer, vous imaginez ? Ben maintenant, leurs secrets, ils ont peurs qu’on les dévoile à ch’sais pas qui. Enfin, ils ont surtout parlé d’toi, Aléïc. J’vous jure… Ce que j’ai entendu là-haut, y a cinq minutes… c’est flippant. Grave flippant. Nous n’sommes à leurs yeux, que des expériences scientifiques. Ce qu’ils ont construit, ils s’réservent le droit de l’déconstruire. Si tu r’montes là-haut, grand frère, ils vont t’lobotiser, et… et moi j’veux pas… Un frère, c’est mieux qu’un légume !… La seule qui n’semble pas vraiment adhérer au projet, c’est maman ! Elle est partie d’la discute, l’air vraiment fâchée.
– Merci beaucoup pour cette révélation, Alice. Quoi dire… Je m’y attendais un peu à ce scénar ! Serge avait pourtant réussi à me rassurer un peu, hier matin. Mais c’est vrai, il ne s’est pas vraiment montré loquace sur mon avenir, ici.
– Aléïc, Alice, faut dégager cette pierre. Allez, aidez-moi, il y a un passage derrière, sûr ! Si on doit un jour se faire la belle, ce sera utile de connaître cette issue… Si ça en est réellement une !
– Euh… T’as quand même bien vu qu’sur la pierre qu’tu essaies d’bouger… Il y a un genre de diablotin gravé d’ssus, avec des griffes. Pas l’même délire qu’les ailes d’anges… Tu t’rappelles ? La pierre qu’ils ont dégagée pour rentrer dans c’te cavité.
– Trouillarde ! Ça y est c’est bon. Gagné, il y a bien une pièce derrière, peut-être même plus, faut voir.
– Voir dans l’noir, n’est pas un d’mes pouvoirs !
– Bon ok Alice, voilà le plan. Toi, tu remontes prévenir Maman, que tu m’as vu jouer près de l’école avec d’autres enfants. Rajoute que leurs parents étaient à côté, pour la rassurer.
– Mais elle est d’l’autre côté d’l’hôpital c’t’école. Qu’est-ce que t’aurais été faire là-bas ? Genre excuse à deux balles, elle n’vaut pas plus !
– Ben invente alors, improvise…
– …C’est pour gagner du temps Alice. Ta mère est davantage en colère que pressée !
– Enfin un qui pige vite ! Après, tu redescends, et tu nous attends, là, ici, pas plus loin. Il faut garder l’entrée secrète, le plus longtemps qu’on peut. Tu remettras la pierre bien en place, lorsqu’on sera parti, ok ? Si je ne suis pas revenue dans quarante minutes, appelle les secours.
– La pierre ? Toute seule ? T’es flippante sœurette. T’es sûre d’vouloir y aller ?
– J’ai mon bodygard avec moi, tu n’as pas peur au moins, toi ?
– Je n’ai rien à perdre. Et puis la mort, j’en suis déjà revenu une fois !
– Attendez… Câlin à trois, avant d’partir !
Léonie, Aléíc
– La mort est présente, derrière. Je la sens, mais là, elle n’est pas qu’une odeur !
– Ça marcherait sans doute avec ta sœur, ta tentative de faire peur. Pour moi, ça ne sent que l’humidité, le moisi, et il y a de la vie ici… sous forme de champignons !
– Une trappe dissimulée dans une cave d’hôpital… Que crois-tu qu’on y déposait derrière il y a des années, à ton avis ?
– Ok Léonie, si tu rencontres une âme charitable, demande-lui donc où mène cette galerie. On gagnera peut-être du temps !
– Cette énergie, je l’ai déjà ressentie… Elle est pesante, écrasante, des âmes… Tu as raison Aléïc, nous ne sommes pas seuls. Des corps entassés là sans sépulture… Des âmes en colère, ou seulement en errance…
– Regarde à droite Léonie… Un ossuaire ! Je n’ai pas peur, mais ne trainons pas. Je commence à partager cette pression invisible.
– Mon dieu, regarde la taille des squelettes… ce sont des enfants !
– Pour un ancien hôpital pédiatrique, c’est… explicable, mais terrifiant !
– Encore une porte, Aléïc, et un long tunnel. Ça n’en finira donc jamais, ce truc ! Dans dix minutes max, on fait demi-tour ?
– Ça marche ! …Enfin arrivés au bout. Une dernière porte, j’ouvre ?
– Oh ciel ! Qui sont ces gens, Aléïc ? Ta main, please…
– Viens petite sœur, ils ont l’air aussi surpris que nous… Bonjour, parlez-vous français ?
Des regards se croisent, se jaugent, s’interrogent. Un homme âgé, à la peau ambrée, assez petit, s’avance.
– Visiblement, vous n’êtes pas de la police ?
– Ma petite sœur… Léonie… Elle m’a guidé jusqu’ici… Je cherche un refuge, pour me reposer… pour me cacher, quelques temps.
– Léonie… C’est joli ça, comme prénom. J’avais une fille… Elle avait ton âge, jeune demoiselle. Elle s’appelait… Indra !
– Indra ? Elle n’est plus là ? … Que lui est-il arrivée, monsieur ?
– Elle… Elle vit au-dessus. On prie pour elle, tous les jours. Lorsqu’on fait un long voyage pour trouver une terre d’accueil, la jeunesse a ses privilèges, qui ne se refusent pas. Même si cela demande des sacrifices. Vous êtes en sécurité, ici, mon ami. Personne n’est encore venu nous rendre visite, vous êtes… nos premiers invités. Comprenez notre surprise, lorsqu’on vous a vu. Je m’appelle Ramesh Soren.
– Moi, c’est Aléïc… Aléïc tout court. Puis-je vous demander, Ramesh, l’hospitalité, seulement quelques jours.
– Mais ce lieu n’appartient à personne en particulier. Nous pouvons le partager. Il faudra cependant monter à la surface, pour l’approvisionnement du quotidien. Nous vous montrerons.
– Merci, merci beaucoup pour votre grande gentillesse, Ramesh.
– Avec plaisir, mon ami… avec plaisir.
– Léonie, tu peux retourner auprès de ta mère. Je reste là, j’ai besoin de faire le point…
– Aléïc… je reviendrai ! Je… viens, serre-moi !
– Attendez jeune Léonie… Prenez cette lampe frontale. Elle aide même les très jeunes yeux à y voir plus clair dans l’obscurité…
– Merci monsieur. Je vous la rapporterai… bientôt. Très bientôt. Allez, j’y vais…
– …Léonie ?
– Quoi ?
– Merci… ça fait chaud au cœur d’avoir deux petites sœurs !