Ramesh organise une sorte de cérémonie pour présenter Aléïc à la communauté. Il en profite également pour rappeler à tous, la précarité de la situation, et le devoir de chacun de forcer sa propre volonté, en vue d’affronter les démarches nécessaires pour obtenir le droit d’exister en surface…

Ramesh, doyen de la communauté et guide inspirant, a réuni tous ses membres pour leur parler. Il veut également profiter de ce moment pour leur présenter Aléïc.
Ramesh
– Mes amis… mes frères et mes sœurs,
– Ce soir, la lumière est revenue. Une lumière modeste, fragile, mais bien réelle. Grâce à elle, nous remarchons sans regarder nos pieds, cette fois. C’est important… Regarder devant, c’est avancer vers l’avenir.
– Cette carrière est notre abri, mais, elle ne doit pas devenir le trou où l’on s’enterre. Voir à nouveau éclairé le chemin qui mène à sa sortie, c’est une bonne nouvelle.
– L’électricité, mes amis, on en dépend tous ici. Mais au-delà d’une nécessité vitale, elle est aussi un symbole. Elle rassemble. Elle nous rassemble, là, tous encore ce soir. Et mieux encore, elle nous amène un nouvel ami.
– je vous présente, Aléïc. C’est grâce à lui, que notre cordon ombilical a été aussi vite rebranché. Nous l’en remercions chaleureusement… Il mérite quelques applaudissements, non ?
– Aléïc est différent, comme chacun ici l’a été à un moment. Le pays d’où il vient est si loin que le chemin pour y retourner, dans sa mémoire, s’est effacé. Il est donc aujourd’hui comme nous, apatride. Il va marcher avec nous quelques temps. Je vous demande de bien vouloir l’accueillir comme un membre de la famille.
– La solidarité est notre toit, le respect notre feu, et l’amitié – celle autour de laquelle s’est bâtie notre communauté – la plus belle des nourritures.
– Que cela puisse demeurer ainsi, aussi longtemps que nous n’aurons pas tous réussi à vivre à la surface !
– Car oui… ce lieu, si sûr, si doux parfois, ne doit pas nous faire oublier que chacun de nous a un chemin à tracer, une main à tendre – ou plutôt à attraper – dans le monde extérieur.
– Nous devons exister pour de vrai, avoir le courage de sortir de l’ombre, et oser regarder les gens droit dans les yeux. Arrêtons de stresser à sortir de notre grotte, et frappons aux bonnes portes. Notre place n’est plus d’où on vient, mais là où on va !
– Rien n’est facile, je sais. Et parfois, des sacrifices sont même nécessaires. Mais la récompense sera au rendez-vous. Notre Petite Roxanne… Indra… en est la preuve. En la laissant partir, nous avons cru la perdre. Mais c’est le contraire : elle a trouvé une autre lumière, une autre famille, un autre avenir.
– Et si ce soir, nous avons retrouvé l’électricité, c’est peut-être pour nous rappeler que chaque départ allume quelque part une nouvelle lampe.
– Alors, restons unis. Aimons-nous comme une famille… Mais n’ayons pas peur de nous séparer quand le vent du dehors appelle.
– Que cette lumière que nous partageons ici éclaire aussi le chemin de ceux qui oseront partir.
– Merci.
Des regards s’échangent, les applaudissements rassurent Ramesh sur la portée de son message. Puis un homme sort de l’ombre, prend sa guitare, et avance son tabouret. Il demande silencieusement à Ramesh l’autorisation de jouer, puis ses mains expertes jouent un premier accord, sur lequel il vient très vite poser une voix rocailleuse.
L’homme musicien
– J’aimerais vous chanter cette chanson, que j’ai composé il y a seulement quelques jours. Elle s’appelle : « Cours »
On ne t’avait pas prévenu, gars, avant de partir ?
Dans cette course de folie, il n’y a que des départs.
Qu’importe où tu t’arrêtes, chaque matin tu repars,
Avec ou sans l’envie, mais toujours partout, avec le sourire.
Cours, mon ami, cours ! Prends le vent, envole-toi.
Cours, trace ton chemin, Fais le plein de belles images.
Imprime-les sur les nuages, Fais-nous rêver, et partage.
Cours, mon ami, cours… Bientôt à l’arrivée, tu y seras.
Le soir, à la lueur d’une bougie, Tu raconteras alors la magie.
Tes histoires, même embellies, Chassent les ennuis et redonnent l’envie.
Dans tous les yeux, la fierté brillera. La précarité, elle, on l’oubliera.
Ta récompense en retour : La plus belle raison pourquoi tu cours.
Cours, mon ami, cours ! Prends le vent, envole-toi.
Cours, trace ton chemin, Fais le plein de belles images.
Imprime-les sur les nuages, Fais-nous rêver, et partage.
Cours, mon ami, cours… Bientôt à l’arrivée, tu y seras.
Les galères, les embûches, tu les surmonteras, Et, à chaque fois, ton cœur grandira.
Les regrets, l’abandon, tu y penseras, Mais jamais, oh jamais, tu ne céderas.
Sur le parcours, les gens te regardent, Mais ignorent ce qu’ils voient. Pour nous, tu es un roi.
Ton royaume, c’est toute la distance que tu as déjà parcourue. Un jour, là-bas, tu y construiras un toit.
Cours, mon ami, cours ! Prends le vent, envole-toi.
Cours, trace ton chemin, Fais le plein de belles images.
Imprime-les sur les nuages, Fais-nous rêver, et partage.
Cours, mon ami, cours… Bientôt à l’arrivée, tu y seras.
Aujourd’hui, quelque part, tu es arrivé. Est-ce bien là que tu veux rester ?
Il fait froid, et il n’y a pas la télé… Mais comment se passer de la communauté ?
Elle est ta famille, pas un boulet. Ceux qui s’en sortent doivent s’en détacher.
Et si tu pars… tu vas nous manquer. Ça, on ne peut pas te le cacher.
Cours, mon ami, cours ! Prends le vent, envole-toi.
Cours, trace ton chemin, Fais le plein de belles images.
Imprime-les sur les nuages, Fais-nous rêver, et partage.
Cours, mon ami, cours… Bientôt à l’arrivée, tu y seras.