A14 – Connexion

   Aléïc surprend une conversation tendue entre Ramesh et Aisha, qui révèle une personnalité de Ramesh beaucoup plus sombre. Aisha dévoile à Aléïc, la véritable identité de Roxanne, la fille que Ramesh lui a demandé de surveiller. Elle le sensibilise sur l’importance de cette mission, et toute la fragilité de la situation… 

Aléïc

Des voix s’élèvent à côté, dans l’espace commun… Aisha et Ramesh échangent sur un ton proche de la colère. Je m’approche, sans me montrer. Aisha est explosive. Ramesh, le pilier du groupe, dévoile une face sombre et autoritaire de lui-même.

Ramesh – Aisha

–    Nous avons failli la perdre à cause de toi.
–    Non, c’est ton foutu silence qui l’a décidée à partir. Elle fuyait ta lâcheté, ton égoïsme, ta froideur…
–    Je t’interdis de dire ça. Je vous ai donné un abri à vous tous, et aussi des clés pour vous construire une vie à l’extérieur. Mon obsession c’est votre sécurité avant tout. Grace à moi, vous bénéficiez d’un confort bien utile. Reconnais-le.
–    Ton misérable confort nous rassemble, oui, mais nous emprisonne aussi ! Il te met surtout en valeur, toi, et tu aimes jouer ce rôle de vieux sage.

La main tremblante de Ramesh attrape le dossier d’une chaise. Il la soulève de quelques centimètres, puis la repose fermement.

–    Il faut bien quelqu’un pour gérer, toutes vos… imprudences. Tu as envoyé un sms à Daniel, il va chercher à en savoir plus. Tu as ouvert une brèche dans notre anonymat.
–    Si elle était arrivée jusqu’à l’aéroport… Elle aurait fini par prendre l’avion, mais pas de la bonne manière… Tu le sais ça ?
–    Donne-moi ton téléphone !
–    Pas question…
–    C’est moi qui paie ton forfait. Tu peux être géolocalisée. Allez, donne !
–    Et puis tiens… Ce sera toujours ça de moins d’emprise que tu auras sur moi et Neha !

Aléïc

     J’aurais aimé rester invisible, mais Aisha passe devant moi furieuse, et me lance ce regard qui transpercerait le blindage d’un char. Elle m’a sonné, mais attisé en même temps la curiosité. Je retourne à mon ordi, tenter à mon tour d’exister autant en surface que sur la toile. Le monde virtuel est pour moi bien plus prévisible que le réel. En passant devant Neha, affairée à jouer avec ses légos, je lui recommande d’aller faire un câlin à sa mère. La petite se lève spontanément, et court vers sa mère.

Quelques minutes après, je vois apparaître Aisha dans mon espace, tirée par la main de sa fille au regard plein de malice. Une idée me traverse l’esprit.

Aléïc – Neha – Aisha

–    On va au parc ?
–    Ouiiiii, allez maman…
–    De la corruption enfantine, c’est petit comme approche. Alors juste parce que j’ai besoin d’air !
–    Gravir les marches pour sortir d’ici, c’est comme monter en haut d’un sommet, l’air y sera toujours plus respirable.
–    Pars devant… Nous te rejoignons dans dix minutes. Ramesh ne doit pas nous voir ensemble… si tu veux rester dans ses petits papiers. Rendez-vous devant la boîte aux lettres, comme la dernière fois.
–    Ça marche !

Quelques instants après.

Aléïc

Un rendez-vous devant une boîte aux lettres ! Sur trois lignes, on peut lire : Daniel et Florence Volti. Puis, Roxanne… puis Roxanne, Indra, Volti Soren !!!
– Que caches-tu de si secret, vieille boîte de ferraille ? Dan et Flo, c’est vous derrière cette taule ?
– Florence, si tu es la Flo à qui j’ai emprunté des souvenirs, ta chambre est derrière la fenêtre en haut à gauche. Ça me revient… l’allée, le petit portail… le garage doit être là-bas, caché. Tout correspond. Tout… sauf Roxanne !

Aisha et Neha arrivent enfin.

Aléïc – Aisha – Neha

–    Pourquoi cet endroit, une deuxième fois ? Il y a plus court pour aller au parc.
–    Roxanne, qui est écrit sous ton nez… C’est la jeune fille que je dois surveiller.
–    Elle a l’air d’avoir un nom à rallonge : Roxanne Indra Volti Soren ! Sur la ligne du dessus, il n’y a que Daniel et Florence Volti… Il y a une explication ?
–    Viens, marchons. Si on la croise et qu’elle nous reconnaît, ça va hurler en bas ! Roxanne est des nôtres. Elle a voyagé, avec nous, pour atterrir ici, à Paris. Avant, on n’était pas là. On s’est fait expulser… Mais version police de l’immigration. Tu vois ? Roxanne n’était pas avec nous, à ce moment-là.
–    Elle était où ? Vous vous êtes tous fait embarquer ?
–    Non, notre système de surveillance a fonctionné, on a pu réagir rapidement. Heureusement. Roxanne était à sa bibliothèque, certainement. Son château aux mille trésors, elle disait. Elle y était toujours fourrée. Elle aidait la communauté, mais à sa manière, pas comme les autres filles.
–    Et… Que s’est-il passé quand elle est arrivée ? Tout le monde avait disparu ?
–    Oui. Ramesh a vu là, une chance pour elle… Les lois françaises protègent les enfants mineurs. Il croyait qu’un organisme la prendrait en charge, jusqu’à sa naturalisation. Elle le méritait, selon lui. Mais, quand tout le monde avait réussi à rejoindre notre grotte, l’endroit que tu partages désormais avec nous, Roxanne errait seule, dehors.
–    Mais c’est cruel ?

Neha me regarde, et s’étonne de ma grimace !

–    On la surveillait, mais de loin. Et très vite, elle a rencontré Florence. Et Florence l’a ramenée chez elle. Et depuis, elle y est toujours. Elle doit être en cours d’adoption par cette famille. Ou quelque chose comme ça, car on la voit aller au collège, sans se cacher.
–    Pourquoi c’est secret ? Pourquoi ne faut-il pas prononcer le nom des Volti trop fort ?
–    C’est l’idée de Ramesh. Roxanne, pour être sauvée, ne doit pas être tentée de nous retrouver. Et la meilleure façon selon lui, c’est de cacher à tout le monde où elle est. Aujourd’hui, il n’y a que Ramesh, Neha, moi… et puis toi maintenant, qui savons.

Neha entre sa mère et moi, me réclame ma main, et demande à la faire sauter.

–    Pourquoi me fais tu confiance ?
–    Tu as parlé des Volti un peu fort, l’autre fois. Il ne fallait pas. Et puis il y a autre chose. Roxanne est… particulière. À onze ans, elle parlait français comme si elle avait toujours vécu ici ! Elle nous traduisait tout, au début. Et grâce à elle, maintenant, tout le monde se débrouille à peu près… Certains ne la considère déjà plus comme une enfant. Ils la verraient bien plus utile ici, à la communauté, que dans cette famille.
–    Vous avez rejeté Roxanne pour faciliter son intégration. Mais l’histoire de la protéger… C’est pour soulager votre conscience ?
–    Il s’est passé des choses bien pire durant notre périple, jusqu’ici… On a toujours veillé sur Roxanne… à notre façon. Et pour info, Ramesh, il s’appelle aussi Soren. C’est son oncle.
–    Que s’est-il passé ce matin avec Ramesh ? C’est Roxanne que vous avez failli perdre ?
–    Tu écoutes aux portes ?
–    Je traînais là. Il fallait parler moins fort si vous visiez la discrétion.
–    Roxanne… voulait retrouver sa mère, Awira, au pays. Je l’ai su par une petite fille à qui elle disait au-revoir, sur le trottoir. Mais elle n’est pas arrivée jusqu’à l’aéroport…

Sa voix soudain perd son assurance. Elle baisse les yeux.

–    Elle a fait un malaise avant, Gare du Nord !
–    La pauvre, comment va-t-elle ? Tu sais ?
–    Florence et Daniel ont été la chercher. Ils sont tous à la maison, en ce moment. Mais comme je n’ai plus de portable, je ne peux pas te dire précisément !

On arrive au parc. Neha court vers le toboggan.

–    À quel collège va-t-elle ? Demain si elle reprend les cours, on saura si elle est rétablie.
–    Jacques Prévert. Pas très loin.
–    Jacques Prévert, tu dis ? Mes… Je connais deux Jeunes filles, qui doivent probablement y aller aussi. Peut-être se sont-elles déjà croisées. Dans cette histoire, le hasard n’existe plus vraiment.
–    Si elle veut véritablement retrouver sa mère, pas certaine qu’elle veuille y retourner, au collège. Nous devons trouver un moyen de l’aider. On va peut-être… Malgré ce que recommande Ramesh, devoir enfin nous montrer…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut