Lors d’une expérience incontrôlée, Aléïc bascule dans une confrontation bouleversante avec l’âme de Calie. Elle lui révèle qu’elle et lui sont retenus dans une prison spirituelle créée par le chagrin de son père. Calie confie alors à Aléïc une mission cruciale pour tenter de libérer les âmes retenues, et de protéger l’avenir de l’humanité...

Élise
Serge et moi sur le même projet, l’idée m’a travaillée toute la nuit, impossible de dormir. Une question me torture l’esprit depuis hier: notre amour pour Calie est-il capable à lui seul de retenir l’âme de notre fille dans l’enceinte de cet hôpital ?
Faudrait-il enfin nous résoudre à faire notre deuil et la laisser partir, alors qu’une réelle chance de la revoir vivante s’offre à nous ?
Je suis partagée entre le devoir parental, à savoir, apprécier ce qui est bon pour elle, et… rien d’autre en fait ! L’amour d’une mère pour son enfant me rend très égoïstement sourde à tout ce que Calie doit souhaiter sincèrement. Ce à quoi Serge restait farouchement sourd durant sa maladie, je constate tristement que tout comme lui, je ne suis pas prête à l’entendre non plus.
Dans ce tourbillon d’émotions, essayons de garder un peu de sang-froid, si j’ose dire, rester cohérent, et aller au bout de mon entreprise. Serge, Josh et moi, pouvons la ramener à la vie… C’est une certitude maintenant, un pari fou mais à présent partagé. Ensemble, nous ne pouvons que y arriver.
Hope – Élise
– T’y crois sérieux, au r’tour à la vie d’un corps sans âme ?
– Un corps qui revient à la vie, a forcément une âme… Son corps d’enfant, une fois réanimé, l’âme de Calie reviendra en prendre possession, j’en suis certaine. Je veux y croire ! Laisse-moi y croire, mon cœur ! Tout comme Aléïc, un lien solide attache son âme à son corps, c’est le phénomène à cause duquel, lui aussi reste malheureusement coincé là où il est… enfin, c’est comme ça que j’imagine les choses !
– Alors, comment t’dire ! Si tu perds ton temps à écouter une personne, c’est bien qu’tu veux la comprendre, non ? Alors pourquoi avec Calie, depuis qu’tu l’écoutes, l’envie d’la décoder s’est envolée chez toi ? J’t’explique la situation. Après sept ans d’errance, tu n’crois pas qu’elle va l’trouver tout rabougri son corps ! Tu crois vraiment qu’elle rentre encore d’dans ? J’s’rais toi, j’m’attendrais tout de même à des surprises, avec tes certitudes à la noix !
Élise
Ma petite diablotine de Hope me souffle à l’oreille ce que ma raison refuse d’entendre. J’ignore sa mise en garde, convaincue qu’en tant que parent, tout ce qui concerne les enfants ne peut être qu’inspiré par une sagesse divine. Je préfère clore le débat.
Je n’ai toujours pas reçu de visite ce matin. J’observe depuis peu une clairvoyance nettement moins contrainte. Limite, je suis impatiente d’aller retrouver mes voix, pour suivre en live les dernières évolutions. Ma capacité à m’auto projeter dans la dimension voisine s’améliore. Rien n’est définitivement acquis, mais je me rapproche de mes objectifs: ne plus jamais perdre le contrôle pendant ce genre d’exercice, et pouvoir en choisir le moment.
Avant même que l’arôme de café tout juste libéré de sa boite ne donne à mon organe olfactif le signal du début de journée, je décide de passer à la pratique. Après seulement quelques exercices de relaxation en pleine conscience, je suis parachutée dans une atmosphère agitée. Un évènement se prépare, ou est déjà en cours.
Aléïc – Hope
– C’est quoi encore ce boxon ? Hope ? Yo, quelqu’un peut-il me répondre ? Serge tu fais quoi là, avec ton tabouret à la main ?
– Pas la peine d’hurler comme ça, respire, profite, on t’a démasqué tu devrais t’réjouir ? T’as enfin vue sur ton néon, c’est c’que tu voulais, non ? apprécie !
– … ! On me prépare pour une nouvelle expé, je ne veux pas ! Je ne veux plus d’autres souvenirs que les miens… je veux me retrouver moi, c’est possible ça ? T’as prévu une marche arrière à ton protocole, Dark Serge ? La réversibilité, ça te parle ?
– Tu parles plutôt à Daft Serge, là ! T’as raison, tout porte à croire qu’il va r’prendre les platines : les charrettes pleines de câbles, la tribune pour les schtroumfs observateurs, les écrans allumés… Tu vas encore jouer les vedettes, t’aimes pas la fête ?
– Je ne vois pas en quoi une lobotomie est festive ! Je m’imagine davantage sur la place du village, au moyen âge, juste avant mon exécution. On va tuer encore un peu plus celui que j’étais avant.
– Laisse lui au moins l’temps d’t’expliquer, r’garde il s’assoit près d’ton lit.
– Inutile, on va me dépouiller ce qu’il me reste de conscience, ça ne t’énerverait pas ça ? Je ne vaux pas mieux qu’un rat de laboratoire. Si j’avais le choix, je pense que je préfèrerais encore le bistouri !! Mon corps y laisserait quelques organes, mais mon âme, elle, au moins, s’en tirerait !
– Y’s’passe un truc, là ! Tu lui fais peur ! Ton cardio s’met à r’faire des siennes. N’vas pas non plus cramer ta dépouille, juste pour une histoire d’égo à la con ?
– Ce n’est pas la question. Je suis victime d’une injustice, qui fait chauffer la marmite. La science n’a pas tous les droits. En les laissant faire, je perds toute chance de découvrir un jour qui je suis réellement ! Au nom de quoi un être humain accepterait-il d’abandonner définitivement son identité ?
– Optimus est en surchauffe à cause d’ton cardio. Y a panique à bord, Serge n’a plus assez d’doigts pour taper sur tous les boutons à la fois. C’est une invit pour l’au-d’là qu’tu lui balances, là ? Parce-qu’à c’rythme, l’cœur va bien finir par s’coincer entre deux côtes… À vouloir jouer l’bad boy, c’est dans la sixième dimension qu’il va s’jouer ton concert. Lui pourrir son grand live avant même qu’ça commence, c’est minimum, six longs mois d’thérapie pour dépression sévère, s’il s’en sort…
– Pour qui tu bosses déjà ? Eux ? Ta mère ? C’est elle qui me parle, là ?
– Laisse ma mère où elle est, s’te plait !! J’suis juste pragmatique. T’as plutôt l’air sain d’esprit, mais ton corps… Si tu l’regardais mieux, il est complètement à la ramasse ! Si tu penses y’arriver seul à sortir d’ta grotte, alors vas-y Jésus, lève-toi et marche. Pas certaine qu’après l’plantage du spectacle, on t’prolonge le gîte et l’couvert. Alors conseil, si tu n’veux pas finir sur l’étal d’une vente d’organes en chambre froide, coopère un minimum. Pour l’heure, c’est dans l’intérêt d’tout l’monde de n’pas faire d’vague… Crois-moi !
– Je suis vert, mais j’ai quand même mon mot à dire dans cette histoire ! Je suis là, et bien là… Alors j’aimerais bien que ça se sache ! Je refuse catégoriquement tout ce qui se trame. Ma colère est en ébullition, la marmite est sur le point d’exploser… Qu’ils arrêtent tout de suite, avant de provoquer une catastrophe humanitaire. L’énergie qui m’anime est bien plus puissante qu’elle ne le paraît.
– Tu m’fais peur Hulk, vas-tu vraiment t’transformer ?
– L’adrénaline monte en flèche. Je tourne autour du lit, je ne m’en suis encore jamais autant approché… Si je pouvais prendre mon corps et partir avec, je le ferais sur le champ.
– C’est au tour de Serge de se transformer, il est vert de peur ! Si ta tension n’baisse pas, elle va finir par faire sauter l’jus dans tout l’quartier. Tous tes indicateurs sont au taquet ! Coté spectacle t’assures ! Pas certaine qu’ça plaise par contre, et qu’ça termine en applaudissements tout ça !
– Hope, je ne maitrise plus rien, ma vitesse dépasse l’entendement. La colère explose, c’est trop tard !!!
– C’est toi la tornade dans l’labo ? L’tabouret d’Serge qui vole, avec ces deux chaises sans personne d’ssus ? Dieu du ciel ! Ouah, phénoménal !
…
…Et c’est quoi c’grand calme, maint’nant… Ça va ? T’es calmé là, ou on est dans l’œil du cyclone ?
…
…Misère, ton cardio n’marche plus !!!!
…
– Hope, j’ai changé de décor. Ce n’est plus moi sur le lit, mais quelqu’un d’autre. Quelqu’une, c’est une fille…
Aléïc – Calie
– Hope ?… Elle ne t’entend plus… Tu es avec moi…
– Qui, « moi » ?
– Regarde, là, plus près !! Regarde bien et imprime mon visage dans ta mémoire. Je te présente celle que j’étais, avant !
– Calie, c’est toi ? Mais où suis-je parti ? Que se passe-t-il, là ? Que fais-tu dans mon lit ?
– Nous sommes au même endroit qu’il y a un instant… à quelques années près. Avec ce qu’il t’arrive, tu peux voir des choses… nouvelles. Relax, tu vas t’y habituer. Il fallait que je te montre ça.
– Quoi ça ? Un rapt de conscience ? Non, je sais, ce sont les médocs… Ils me font halluciner ?
– Rien de tout ça ! Tu t’es seulement pris les pieds dans le tapis et, patatra, t’es tombé, puis tu m’as rejoint ici. Rappelle-toi, ta grosse colère… Avant de partir !
– Partir… Partir où ? Il se passe quoi là ?
– Mais bon sang, combien de fois faudra-t-il que tu meures vraiment, pour comprendre ?
– Comprendre quoi ? Le décor a légèrement changé, mais je suis toujours là ! À l’exception de mon corps, qui s’est fait kidnapper…
– Regarde-moi, morbleu ! Je suis clouée dans ce satané lit, à vivre mes dernières heures, et tu m’ignores ? Es-tu insensible à ce point ? Je t’ouvre une fenêtre dans le paysage pour t’aider à comprendre, et toi, tu me gifles en me parlant de ton corps que tu ne vois plus !
– Mais je ne demande rien à personne moi, qu’est-ce que je fous là, d’abord ? Pourquoi est-ce si compliqué de mourir pour de bon ?
– Mais quel neuneu ! Pour te déniaiser, je tente une explication. Attention, écoute bien… Imagine-toi cet endroit, comme une fresque 3D qui nous représente, tous les deux. Là-dessus, plusieurs époques se superposent. Ton esprit a, depuis peu, le pouvoir d’offrir à ton regard celle qui t’intéresse le plus. Tu préfères la scène au passé, avec moi dedans ? Ou bien celle au présent, à te contempler ? Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle la question n’a plus vraiment d’intérêt puisque quel que soit l’époque, cet espace retient nos deux âmes en otage.
– Otages ? Otages de qui, et pour quelle raison ? Depuis quand sommes-nous là ? Comment le sais-tu que tu es coincée ici ? Tu as tenté de t’évader ?
– Si tu ne l’as toujours pas traversé, le fameux tunnel, tu vas vite comprendre ce que « coincé ici » veut dire. Depuis sept ans, moi, rien n’y fait, je ne réussis toujours pas à décoller de là ! D’autres vivent le calvaire depuis bien plus longtemps encore. Nous ne sommes pas seuls, et les raisons qui nous retiennent ne manquent pas, hélas…
– Et sortir par la porte, là, juste en l’ouvrant, ce n’est pas plus simple ?
– La métaphysique et le spirituel s’interprètent de façons très différentes. Là, tu te crois actuellement dans une chambre d’hôpital, alors que ton âme, elle, est bien prisonnière dans une forteresse sans porte, dont les murs sont impossibles à démolir de l’intérieur.
– On se met quand à hurler, alors, et crier au secours ? On fait quoi, sinon ? En sept ans, tu as dû avoir le temps de creuser la question, non ?
– Je reprends mon histoire de fresque. Qui dit fresque, dit… ?
– Tagueurs, bombes aérosol, illégalité, impunité, on m’a ruiné la porte du garage…
– …Tu y es, il y a bien un artiste derrière tout ça ! T’es moins stupide que tu en as l’air ! Donc, si tu veux redessiner le paysage, l’artiste, il faut le… ?
– …Le pulvériser ? – Fausse joie, c’est crétin ce que tu viens de dire ! Ça reviendrait à tout anéantir, comme poser une bombe à tes pieds, et te faire sauter avec ! Non, pas du tout. Il faut le… convaincre, de peindre une porte… et, ouverte tant qu’à faire ! Comme ça, tu comprends ?
– Un peu abstrait pour moi, tout ça… Tu sais moi, l’art contemporain j’avoue, quand t’es pas initié, pas toujours facile d’en saisir les subtilités. Et d’après toi, ce serait qui, l’illuminé assez tordu pour nous taguer à l’intérieur d’une forteresse sans porte ?
– La réponse est dans l’œuvre elle-même. Regarde la scène, ça raconte une histoire. C’est triste, bouleversant, douloureux même. Une jeune ado est en train de mourir, une vie trop courte va être emportée. Qui d’après toi ça affecte le plus ? Dans quels cœurs dévastés par le chagrin ce drame restera gravé à jamais ?
– Ses parents, sa famille, ses amis… ?
– Bien ! Ton esprit s’émancipe… sans cerveau tu ne t’en sors pas trop mal. Tu commences à saisir ! Regarde-moi, maintenant. Regarde mon visage, que t’inspire-t-il ?
– Une jeune fille, au teint pâle, les yeux clairs… qui me regardent aussi !
– Fais un effort… Tu veux vraiment savoir ce que tu fiches ici ?
– Ok… Avec ce regard, tu sembles vouloir demander quelque chose, du moins parler, te confier à quelqu’un. Mais en restant muette devant moi, là, pas certain que je sois le bon candidat. Tu as l’air sereine, mais fatiguée, résignée plutôt, à en juger par les feutres et cahiers qui trainent par terre. Tu sais que ton temps est compté, mais à mesure que cette triste échéance se rapproche, une sorte de regret grandit en toi. Un regret, genre, trop lourd à emporter pour ce dernier voyage.
Mais qu’as-tu de si important à dire ? Et à qui ? Il y a quoi, dans ces cahiers ?
– Bravo ! Tu vois, quand tu laisses parler ton cœur, tu peux te montrer perspicace.
Tous mes cahiers réunis représentent une très longue déclaration d’amour. Une déclaration d’amour à ma planète. J’y explique ce que l’insouciance morbide de l’humanité est capable de lui infliger, et aussi à quel point notre propre espèce peut se révéler autodestructrice. J’ai honte de ce que nous sommes devenus.
Mais je me force à rester positive. Je crois, malgré tout, à la grande sagesse collective… Avec beaucoup de bonne volonté, à nous tous, nous pouvons changer les choses. Il n’est jamais trop tard, mais il faut se mobiliser devant l’imminence de grandes catastrophes à venir.
Je suis déterminée à aider mon prochain à devenir plus responsable, malgré lui s’il le faut. J’ai déjà commencé. De mon vivant, j’ai dressé un inventaire non exhaustif de tout ce qui me révolte, et de toutes les destructions environnementales dont l’activité humaine est responsable. Dans mes cahiers tu vois, il y a tout ça !
J’y ai consacré toutes mes forces, ma maladie, ma vie, si bien qu’il m’est impossible désormais de faire machine arrière, et de renoncer à ce combat. Je considère mon activité comme un geste d’autodéfense, contre tout ce qui agresse ma planète, et mes concitoyens.
Sauf que maintenant, comme tu vois, ce grand cri de détresse ne résonne plus que dans la poussière, par terre, et à deux orteils près de se faire marcher dessus, et tu sais par qui ? Par la seule personne au monde qui refuse de croire au futur de l’humanité !… C’est avec beaucoup de tristesse, et de déception de voir mes idées ne briller qu’en dessous de mon lit, que je te présente… l’architecte de ma forteresse sans porte… mon propre père, Serge !!!!
– Lui ? Serge, l’architecte de ta forteresse ? Et tu l’associes à des travaux de maçonnerie chez moi aussi ? Dans ma forteresse… à moi ?
– Compare nos deux situations, morbleu ! Chacun à notre propre époque, nous sommes exactement au même endroit, dans le même lit, avec la même personne qui a pris nos âmes en otage, et même plus. Malgré les années, il a toujours la même obsession, celle de marquer l’histoire avec ses fameuses découvertes. Ce qui n’a pas marché sur moi, il le teste dorénavant sur toi. L’artiste, bourrique, l’artiste fou c’est lui ! Tu n’avais pas encore deviné ?
– Ben non, pas vraiment, mais maintenant que tu le dis … J’admire ton engagement, et ta foi en l’humanité. Un tel acharnement à défendre des idées, ça ne se piétine pas comme ça. Tes cahiers ne sont plus sous mon lit, je te rassure, ils ont bien été ramassés. En plus, s’ils sont le recueil des dernières choses que tu as écrites, je suis certain qu’ils sont conservés très précieusement quelque part, en ta mémoire, très probablement chez ton père d’ailleurs.
Ta révolution humaine et écologique n’est pas morte avec toi, Calie. Tu as une belle énergie, tu sais, et qui n’a pas diminué depuis l’époque de tes cahiers. Elle sert une cause juste. Le monde a besoin de toi, ne lâche rien.
– Tu changes, tu es étrangement réconfortant pour une fois, merci. Si tu cherches toujours ce que tu fais là, et bien c’est clair maintenant. Tu es là pour une mission très précise, mon ami. On t’a envoyé ici pour réparer le passé, mais surtout protéger l’avenir.
Ne fais pas cette tête, j’explique… L’histoire se répète. Tu vis la même situation que la mienne, il y a sept ans, avec mon père. Une deuxième chance s’offre à nous Aléïc, pour lui parler. Pour lui dire ce que je n’ai pas pu… pour lui dire ce qu’il n’a pas voulu entendre. Il faut lui faire comprendre que mes cahiers… c’est comme un grand cri de détresse auquel il faut répondre de toute urgence !
Le progrès dans tous les domaines, actuellement et malheureusement, ne contribue qu’à précipiter l’humanité vers son extinction. Le projet de mon père ne va pas améliorer les choses, si aucune précaution n’est prise. Il est encore temps d’agir pour éviter l’apocalypse, mais il y a urgence.
– Protéger l’avenir ?! Ce n’est pas un peu ambitieux ça, comme programme ?
– Très concrètement, tu veux savoir ? Mon père est sur le point d’offrir à l’humanité une découverte fondamentale, qui peut tout autant être bénéfique pour l’humanité, qu’en accélérer son déclin.
En lui servant de cobaye, tu es un élément clé dans la réussite de sa technologie avant-gardiste. La résurrection de mon corps viendra valider toute une vie de recherche et de travail acharné. S’il réussit, il ouvrira alors la voie de l’immortalité pour toute forme de vie sur terre.
Crois-tu sincèrement que la société, à l’heure actuelle, est prête pour cela ?
– Effectivement, divisée comme elle est, avec la violence et la bêtise dont elle sait faire preuve, il y a de quoi s’inquiéter !
– Délivre-moi ! Je saurai, moi, comment avertir des dangers que tout ça représente. De là où je suis, je ne peux malheureusement pas grand-chose. Je dois reprendre mon chemin. La mort n’est qu’une étape, Éléonore m’avait clairement expliqué ce qu’il se passe réellement après, pour le commun des mortels.
Sors-moi de là, mon destin est de sauver la planète. D’ici je ne peux vraiment rien. L’humanité entière court un très grave danger, et plus personne n’est capable de contenir cette folie auto destructrice, qui se répand sur terre à une vitesse vertigineuse. Regarde les actualités dans le monde. Les gens n’ont pas tiré les leçons du passé. Ils réinventent toujours et encore la haine, la violence, la guerre, avec une technologie chaque fois de plus en plus performante …
Aide-moi, aide-nous, je t’en supplie… Je dois vraiment atteindre cette sphère du dessus à partir de laquelle il me sera possible d’influencer les consciences. Éléonore me l’avait prédit depuis longtemps, cette fois-ci, je dois y entrer pour de bon, dans cette lumière.
– Ce que tu racontes est vraiment flippant, mais je ne vois pas trop en quoi, moi, comme je suis là, je peux aider ?! Éléonore, c’est qui exactement ?
– C’est « une » ange auquel personne ne croit… Mais toi, tu dois être beaucoup plus ouvert à ce genre de phénomène, avec ce qu’il t’est permis d’observer ! Éléonore est l’âme de cet hôpital. Elle en est la mémoire et la gardienne à la fois. Elle est là, on dirait depuis toujours. Elle se voulait être le miroir de toutes les souffrances, pour aider les malades à lutter contre le mal qui les grignotait. Combattre un ennemi qui a un visage, est bien plus facile que de parler à de vilaines cellules cancéreuses et envahissantes… Elle voulait aider, elle le voulait… jusqu’à ce qu’elle tombe sur moi ! Elle et moi, c’est… C’était ! Elle… Je l’ai blessée, en partant trop tôt. Je l’ai déçue parce que je ne me suis pas battue, pas comme elle voulait. Je l’ai détournée de sa route, de son sacerdoce, de sa mission qui l’aidait à surmonter une peine profonde, qu’elle cachait. Je l’ai séduite avec mes idées humanitaires. Je l’ai séduite car dans mes yeux elle ne se voyait pas méchante. Je l’ai séduite parce que je l’aimais… Je voulais que nous soyons sœurs, amoureuses, et plus encore… Elle est là, je sais, elle nous observe, mais elle ne parle pas. Elle ne me parle plus… Je suis sa cicatrice béante dans son cœur. Mon cœur saigne lorsque je pense à elle. Crois-le ou non, un esprit ça pleure aussi ! Je pleure, souvent. Elle n’incarne plus le mal, sinon elle te serait déjà apparue. Je l’ai détruite… je… j’ai tout cassé. Je ne sais pas aimer. Mes idées, mes personnes chères, tout ça finit par terre, et devient poussière.
– Ton amour pour ton amie est sincère, et touchant… Elle ne sait peut-être tout simplement pas comment l’accueillir. On peut même imaginer qu’elle en a peur, et ne pas se sentir à la hauteur. Peut-être aussi elle n’a jamais été aimée, pour s’être complainte dans un rôle de méchante.
– Elle me manque !… J’espérais la retrouver, une fois de l’autre côté.
– Calie, elle t’écoute, tu m’as dit. Parle lui. Apprends-lui, c’est quoi aimer, et pourquoi ça ne se contrôle pas…
– Tu es plus sensible que je ne l’imaginais. Mais je ne sais pas comment lui parler. C’est comme avec mon père, il y a blocage émotionnel !
– C’est quoi le plan, alors ? Si je peux aider, tu sais où sonner !
– …Le plan ? Il n’y en a pas ! L’urgence, c’est mon père, il faut casser la glace qui nous sépare ! Trouver un moyen, quoi qu’il en coute. Il doit enfin comprendre que je ne suis pas morte pour rien. Qu’il y a bien un sens à tout ça !!! Tant qu’il ne l’aura pas admis, son chagrin me retiendra ici, c’est certain.
Aléïc, je ne vois qu’un seul moyen… Attention ça va te surprendre, mais c’est à tenter… Invente-lui une histoire ! Invente une histoire, à travers laquelle lui et moi nous pourrions nous parler, et provoquer ainsi une dernière chance de réconciliation. Il est tellement absorbé par son travail et imbibé de tristesse, que sa vie part complètement dans le décor. Et plus ça va, plus il creuse le fossé ! Le seul truc qui le fait tenir, c’est l’espoir de voir ses recherches aboutir prochainement, avec toutes les conséquences derrière… Aléïc, c’est vraiment grave ce qu’il se passe, là !
…
– Une histoire ??? Mais comment, tu m’as bien vu ? – Calie… ? Il se passe un truc là… Je perds l’image… Je ne vois plus la scène… Le rideau est tombé, tout est noir !
– Ouf… je suis revenu… Plus exactement, on a de nouveau permuté. Je suis à ta place, dans le lit. Calie, tu es toujours là ? Tu m’entends toujours ?
Hope – Aléïc
– Calie ?… Tu délires mon pote ? Ça y est, t’es d’nouveau parmi nous ? Tu nous as vraiment foutu les « ch’tons » avec ton arrêt cardiaque. R’commence pas trop souvent, c’était genre ouragan d’panique ici, pendant ton absence. Serge y a laissé des plumes, il a transpiré dix litres de sueur froide, si t’avais vu. Toutes ses années d’recherche et d’études ont dû défiler devant ses yeux, sûre !
Élise
Je mets fin à cette séance, pour raison physique ! J’ai dépassé la fréquence cardiaque humainement supportable. Un expresso par-dessus, et c’est le grand saut ! L’émotion est de plus en plus difficile à contenir.
Il faut pourtant absolument que j’écrive tout ça à chaud, il serait dommage d’en perdre une miette.
Prévenir Heather ? Oui bien sûr, il le faudrait, mais mon récit ne peut tellement pas attendre…
La prochaine fois, je tenterai de prendre des notes simultanément à l’ordi, je m’économiserai un temps considérable.