Juste après avoir quitté Saint Camille, Aisha est gravement percutée par une voiture, obligeant Aléïc et Serge à la prendre en charge clandestinement pour éviter la police. Face à l’urgence vitale et l’impossibilité d’un transfert, ils contactent Josh à Chicago qui propose une solution de la dernière chance. Ils décident alors d’appliquer un protocole expérimental inédit sur un être vivant, acceptant le risque fou d’arrêter le cœur d’Aisha pour tenter de la sauver.

Aléïc
Les yeux plein de rêves, Aisha, Néha et moi contemplons une dernière fois Saint Camille avant de nous résoudre à rejoindre notre sous-terrain. Aisha lâche ma main, certainement pour nous encourager à bouger à notre tour, Néha et moi. Difficile tout de même de décrocher du regard, ces bâtiments qui nous promettent une vie bien meilleure.
Soudain un crissement de pneus, suivi d’un cri effroyable… Un bruit sourd terrible… Puis un lourd silence. Aisha vient d’être renversée par une voiture. Elle gît au sol, ensanglantée et a priori inconsciente… Par réflexe, je détourne le regard de Néha. Avant même de lui laisser le temps de réaliser la gravité de la situation, je lui demande de courir sonner à la porte de Saint Camille, pour demander de l’aide.
Aléïc – Néha
- Néha, ma grande, cours vite sonner à la porte, là-bas. Dis que ta maman a eu un accident, là, juste devant. Demande Serge, s’il est là. Un monsieur aux cheveux gris. Ça va ? tu vas y arriver ?
- Serge… Oui ! Et maman ?
- Je m’en occupe, ça va aller… Allez, fonce ma belle, tu es courageuse…
Je me précipite auprès d’Aisha. Dans l’idée d’éviter que quelqu’un appelle les pompiers, je m’empresse de dire aux curieux que je suis médecin… Des souvenirs d’actes médicaux que je n’ai jamais pratiqués me reviennent à l’esprit. Un genou à terre, l’autre en oscillation nerveuse, je tente un premier pronostic. Je parle à Aisha, même si elle ferme les yeux. Déjà beaucoup de sang au niveau de la cuisse droite. Une hémorragie peut-être. Je tiens un point de compression au niveau de l’aine, pour tenter de ralentir le flux. Sa jambe n’est pas droite, c’est grave…
Le conducteur de la voiture est à côté. Il me répète en boucle « Je ne l’ai pas vue, je vous jure. Elle n’était pas sur le passage piéton… ». Il semble en état de choc. Je l’ignore, comme toutes les autres personnes qui commencent à s’agglutiner autour de nous. Je… je ne sais plus trop quoi faire… Des larmes que je n’ai pas demandées brouillent ma vision…
Derrière moi, le bruit d’un objet qu’on traine sur le trottoir, me rappelle à la réalité. Je tourne la tête, c’est Serge… Il court en poussant un brancard à roulettes… Néha est assise dessus, les phalanges blanchies sur la barre métallique qu’elle serre à deux mains. Elle me regarde, l’air absente. Je me sens moins seul, mais l’air que j’inspire me brûle les poumons. Sans chercher mes mots, je fais mon rapport à Serge.
Aléïc – Serge
- Serge, elle… est comme moi…
En espérant qu’il comprenne, qu’elle aussi est inconnue de toute administration française ! Il relève un œil dans ma direction.
- Très bien. Elle ne pouvait pas être aussi proche d’un hôpital. Nous la prenons en charge. Je compte jusqu’à 3, et on la glisse avec son manteau sur le brancard. Prêt ? Un, deux, trois.
- Je continue le point de compression ? Oui bien sûr… Bon boulot, collègue !
Serge regarde l’espace de quelques secondes ses mains, elles aussi tâchées de sang. Un instant perdu dans ses pensées, je le presse d’agir rapidement.
- On y va ?
- Oui oui ! Chacun un côté. Prêt ? Allez, vite…
Néha se cramponne au pied de sa maman. Elle nous suit et va jusqu’à nous faciliter l’ouverture des portes. La foule semble rassurée d’une intervention aussi rapide. Elle se disperse, et aucune sirène de police ou de pompier ne se fait entendre. La voix tremblante du conducteur responsable de l’accident, qui nous suivait et ne cessait de nous répéter « je ne l’ai pas vue, je vous jure… » a fini par se taire. En tout cas, personne n’a demandé nos papiers, personne n’a sorti de carnet de notes… Pour l’instant !
Nous sommes arrivés dans mon ancienne chambre. À deux, nous déshabillons très délicatement Aisha. Elle est maintenant sous oxygène et monitoring cardiaque. Le pouls est faible et la tension basse. Elle est toute pâle. Le diagnostic de Serge est alarmant.
Serge – Aléïc
- Malgré la rapidité d’intervention elle a perdu trop de sang. On n’en a pas ici. Sa jambe… ce n’est pas joli joli. On ne peut pas l’opérer dans cet état. On la passe à la radio, et je détermine son groupe sanguin. On peut stopper l’hémorragie, mais sa jambe… Les chances sont minces !
- Sauve-la, Serge ! …Je suis prêt à reprendre les expérimentations, après… s’il le faut.
- Tu es O+. La seule expérimentation pour l’instant qui peut la sauver, c’est une transfusion ! Sinon faudra la transférer…
Je tiens la main de Aisha, elle est froide. La tension continue de baisser. La voix de Serge est glaçante. Le bip du cardio semble se diluer dans l’espace.
- Nous sommes en train de la perdre… On ne peut plus la transférer, ce serait suicidaire.
Néha sur mes genoux pleure en silence. Nos larmes se mélangent.
Serge – Aléïc
- Pour sa jambe… et le reste, il y a un dernier truc à tenter en attendant l’opération…
- Eh bien n’attendons pas. C’est quoi ?
- Le protocole de Josh, avec ses patches…
- Le quoi ?
- Tiens, mon téléphone. Il est à Chicago, appelle-le !
- Moi ?
- Tu sais déterminer un groupe sanguin ?
- Non ! Ok, je l’appelle…
Aléïc – Josh
- Allo ? Docteur Cumming ?
- Serge ? What’up ?
- Non, c’est Aléïc ! On a un gros problème ici…
- Aléïc ? Tu es… revenu ? Le problème, c’est quoi ?
- Il faut que tu viennes sauver une femme. Ton fameux protocole… il doit sauver sa jambe, il doit la sauver tout court.
Je décris point par point toutes les observations faites avec Serge. Josh nous dresse une première liste de recommandations avant la pose des premiers patches. Nous les suivons toutes à la lettre. Une ou deux heures passent. Josh rappelle.
Josh – Serge
- Alors ? Comment ça se présente ?
- Mal ! Elle est inconsciente, avec ce qui ressemble à un trauma crânien. Elle a une très vilaine fracture à la jambe qu’il faudrait réduire… On ne peut ni l’opérer, ni la transférer… et, le temps de trouver un groupe sanguin compatible… Pour la sauver, il ne reste plus que… le processus que tu connais !
Un lourd silence fait monter l’angoisse.
- Mon protocole ? On peut réutiliser les patches de la dernière fois. Mais… Je ne l’ai jamais expérimenté sur une personne vivante. Son cœur va certainement devoir s’arrêter de battre… Elle sera la quatrième ! Mais tout seul, c’est de la folie…
- Je ne suis plus seul, Josh… Et puis on n’a pas le choix, hélas… Sa petite fille est là, à côté !