A26 – Bricole

   Devant le corps d’Aisha, Josh, Serge et Aléïc constatent que le protocole de conservation ne fonctionne pas aussi bien que prévu. Face à l’urgence, ils improvisent un nouveau dispositif. Au cours d’une discussion, il s’avère qu’importe les moyens techniques utilisés, ils ne suffiront pas. Léonie avance une idée effrayante…

Élise, Serge, Josh, Aléïc, Alice et Léonie sont à table et discutent

Saint Camille 8:10 am

Serge et Josh arrivent de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. La porte de Saint Camille s’ouvre alors qu’ils sortent de voiture. Sur le seuil, Aléïc les attend…

Josh – Aléïc – Serge

  • Aléïc ? Je pensais que…
  • …Le sujet d’étude a changé Josh. Ce n’est plus moi. On peut se regarder en face maintenant. Plus aucune raison de me cacher… N’est-ce pas ?
  • Mais…
  • …Économise ta matière grise, il y en a une qui en a vraiment besoin !
  • Bon, ça suffit les amabilités, là. Aléïc, Josh n’est pas là pour toi, tu le sais… et toi Josh, tu mesures l’enjeu de ce qui arrive ? Alors s’il vous plaît, veuillez observer une trêve… Au moins le temps de ramener Aisha parmi nous.
  • Aléïc… Honestly : pour moi, tu représentes toujours une menace potentielle par rapport à la confidentialité de nos travaux. Par esprit de vengeance, après tout ce que nous t’avons fait, tu pourrais… Et si par malheur nous échouons avec ton amie, tu auras toutes les raisons de nous en vouloir encore plus…
  • Non !
  • Quoi, non ?
  • Vous êtes pendus.
  • Sorry ?
  • Le labo c’est fini. Plus de sponsor, plus d’argent. Vous n’existez déjà plus !
  • So what ? Tu jubiles ? Tu l’as ta revanche ?
  • Non plus ! Quoiqu’il arrive après, avec ou sans elle, puisque c’était notre projet, Saint Camille ne fermera pas… Il continuera de soigner, mais pour de vrai cette fois.
  • Josh, je t’avais prévenu. Aléïc est… bizarre parfois !
  • Tu as un projet ? Un financement ?
  • Ce n’est malheureusement pas le plus difficile à obtenir… Dans cette entreprise, la confiance représente le plus gros capital à investir ! On aura l’occasion d’en reparler… Mais le sujet du moment c’est Aisha. C’est bien la raison de ton retour, Josh ? Je ne vous propose pas de café, ça aussi il en manque.
  • Aisha… Oui. Oui bien sûr, je suis là pour elle… Elle est ?
  • Là où tu sais ! Descendons.

Josh, Serge et Aléïc descendent à la crypte. Arrivés devant la cloche de verre sous laquelle repose Aisha, les trois hommes observent un moment de silence. Un mélange de fascination scientifique et de recueillement traverse l’esprit de chacun. Sa peau est encore plus pâle. Ses joues semblent vouloir commencer à se creuser. Aléïc, sans oser encore bouger, est le premier à parler.

  • Aisha est plus qu’une amie. Elle est, ce qui me rend humain. Mon attache parmi les vivants. La maman de Néha. Néha… une enfant qui se cherche un papa. Et qui a vu sa maman inanimée, blessée, morte, elle a entendu le mot… Sauvez la… Sauvons la, on n’a pas d’autre option !

Josh pose une main sur l’épaule d’Aléïc, et s’approche du cercueil transparent.

  • Vous avez fait ce qu’il fallait… bien, très bien même…

Il continue d’observer très attentivement le corps sous toutes les coutures, en marchant autour du cercueil de verre.

  • …Mais ça ne suffit plus ! Serge il va falloir faire des choix, décider des priorités. On ne peut pas la réveiller dans cet état. Aléïc ?
  • Oui, quoi ?
  • Tu peux tout entendre ? Ça va aller, tu crois ?
  • La mort je connais, j’en suis déjà revenu, une fois. Allez-y… Ne prenez pas de gants.
  • Ok… Let’s go then ! Le processus de conservation ne prend pas. Pas assez de liquide dans le corps, elle a perdu bien trop de sang. Les faux signaux de vie qu’étaient censés diffuser les patches aux cellules, ne fonctionnent pas assez bien. Le corps d’Aisha se momifie !

Après un instant de silence inconfortable, Josh reprend.

  • Il faut agir très très vite… Et… Pour être honnête, à ce stade, unfortunately, il n’y que très très peu d’espoir !
  • Très très peu c’est mieux que rien du tout ! Par où commence-t-on ?
  • … ! Par acheter du matériel Aléïc…
  • Le matos utilisé il y a moins d’un an est déjà obsolète ?
  • Il faut la réhydrater… Améliorer la conductivité de tout son métabolisme. Un bain. Une immersion dans un bain à température constante. Il faut bricoler un truc comme ça dans l’urgence.
  • Je monte démonter une baignoire, dans les étages, il doit bien en avoir une, non ?
  • Trop petit… Il faut que la tête aussi, soit sous l’eau. Profitons en tant qu’elle ne respire pas !
  • Alors… une piscine gonflable ? Un jacuzzi, sur lequel on peut régler la température ?
  • Un jacuzzi ? Impossible à transporter jusqu’ici ! Du joint d’aquarium !!
  • Sérieux ?
  • La cloche de verre, à l’envers elle devient un aquarium. Aisha, ça te dérange si elle se réveille en sirène ?…
  • Josh, Aléïc, pour le chauffage, on doit bien avoir des bouillottes électriques quelque part ?
  • « Question pour un médecin » : pour le liquide, je suppose que ce n’est pas de l’eau du robinet qu’il faut ? Et du liquide amniotique ça ne se trouve pas comme ça ?
  • De l’eau minérale, à laquelle on rajoutera un peu d’électrolyte devrait suffire. Serge, c’est toi qui a la voiture, tu t’en charges ? Au moins… deux cents litres ? Aléïc, nous on va chercher deux solides poutres pour faire tenir la cloche à l’envers.
  • Deux cents divisé par… hum… Vingt-deux packs de six ??? Ça fait combien de cadis, ça ?

Serge soupire, en cherchant un instant un contre argument…

  • Tu préfères ramener un jacuzzi ? Ah, et pense aussi à prendre cinq tubes de joint transparent, please !

Le soir venu, Aisha est enfin installée dans son nouvel environnement. Serge a invité Josh et Aléïc à diner chez lui. Élise, Alice, Léonie et eux trois se retrouvent tous autour de la table. Les discussions tournent très vite autour du sujet du moment, Aisha.

  • Alice – Vous avez une idée de qui pourrait prendre possession de son corps, si elle ne voulait pas revenir ?
  • Élise – Alice, je pense qu’elle n’abandonnerait pas sa petite fille. Rien que ça suffit à la faire revenir.
  • Alice – Tu penses, mais le risque est là ! Tu… Tu ne voudrais pas essayer de… enfin tu vois ?
  • Élise – Ce à quoi tu penses ne marche pas sur commande. Mes visions, quand elles m’arrivent ont toutes un lien plus ou moins direct avec moi. Aisha, hélas, je ne la connais pas du tout !
  • Josh – Alice a raison. Le risque est à considérer. Aucun d’entre vous n’est revenu avec son âme d’origine… Et… Nous sommes clairement en train de la perdre, si ce n’est pas déjà trop tard…

Chacun observe un moment de silence, accompagné d’une profonde réflexion.

  • Léonie – Toi, Aléïc… Tu peux lui parler.
  • Aléïc – Désolé, je n’ai pas le don de clairvoyance !
  • Léonie – Tu n’en a pas besoin…

Aléïc cherche le regard de Léonie d’un air interrogateur, pressentant une suite qui ne va pas lui plaire.

  • Léonie – Il suffit que tu meures !

La brutalité de l’annonce aurait pu faire sourire si le sujet n’avait pas été aussi sensible. Les verres se posent sur la table, les couverts sur le bord de l’assiette. Tous les regards se tournent soudainement vers Aléïc.

  • Aléïc – Heu… Je n’en ai pas particulièrement envie… De mourir encore, je précise !
  • Serge – Techniquement, c’est faisable. Avec un facteur risque… modéré.
  • Aléïc – Non mais attendez, je suis prêt à tout pour la sauver, mais… Avec un minimum de garantie de réussite. Un facteur risque modéré ?… Avec Josh qui voulait me lobotomiser il y a encore quelques semaines… Le capital confiance est… très moyen.
  • Josh – Aléïc, là, on parle de paranormal. Chacun a son idée là-dessus. Moi, je vais te parler en scientifique, et chercheur. C’est moi qui aie mis au point ce protocole de conservation des organes. Celui-là même qui a fonctionné sur le corps d’Alice pendant sept longues années. Ce protocole appliqué sur le corps de ton amie ne fonctionne qu’à moitié. Elle est morte, définitivement morte. Et Dieu seul sait où se balade son âme actuellement… Sa dépouille a dépassé le stade du cliniquement réanimable. Alors… Tu y crois ou tu n’y crois pas, mais… s’il y a une toute petite chance de la rattraper avant qu’elle ne monte au ciel… c’est toi seul qui peut la tenter !

Personne ne parle, les regards se détournent d’Aléïc, et visent désormais les pieds de chacun. Aléïc, d’une voix légèrement tremblante répond.

  • J’ai… J’ai accepté d’être son papa, à Néha. Qui va s’occuper d’elle si ça foire ?

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