A28 – Bout de ficelle

   Bien décidées à comprendre les véritables intentions d’Aléïc, Roxanne, Alice et Léonie se rendent à Saint Camille pour lui demander des explications. Ses révélations ravivent chez Roxanne une blessure qu’elle peine à contenir. Tandis que Léonie tente de la consoler, elle s’effondre à son tour, regrettant d’être à l’origine d’une idée dangereuse qui la dépasse. Aléïc assume alors ses choix… et annonce jusqu’où il est prêt à aller pour ramener Aisha...

Aléïc explique ses intentions à Roxanne, Léonie et Alice.

20:03

Roxanne, Alice et Léonie se retrouvent devant le portail de Saint Camille. Florence aurait bien voulu participer à cette visite impromptue, mais a fini par se dévouer pour ne pas priver Néha de sa routine du soir, et de son histoire avant de se coucher.

Alice et Léonie, bien qu’elles connaissent parfaitement les lieux, laissent Roxanne sonner à la porte. Une première lumière à l’étage s’allume, puis une autre au rez-de-chaussée. La porte s’ouvre. Aléïc apparaît en costume d’homme d’affaires… et en chaussettes. Pendant une seconde, surpris, personne ne parle.

Roxanne – Aléïc – Alice

  • Wouhaaa ! Monsieur… Je cherche un jeune homme qui s’appelle Aléïc. D’après des sources concordantes, il semblerait qu’il habite ici. Le connaitriez-vous ?
  • Roxanne… les filles… Que faites-vous à cette heure si tardive ?
  • On s’invite à la fête, c’est à quel étage le bal costumé ?
  • Je peux expliquer… Vous voulez entrer ?

Roxanne n’aime résolument pas ce couloir qui mène à la mystérieuse pièce du bout à droite. En passant devant, elle ne peut s’empêcher de demander.

Roxanne – Aléïc

  • Il y a quoi, là ?
  • … Des promesses !… Et du bazar.

Alice – Roxanne

  • Une ancienne chambre ! Léonie et moi avons occupé les deux suivantes, après les portes battantes.
  • Ah !

Aléïc

  • Je me suis aménagé un coin à l’étage… Ce n’est pas grand, mais pour trois… enfin un jour peut-être.

Aléïc invite ses visiteuses à s’installer dans ce qui lui sert de petit salon.

Aléïc – Alice

  • Un verre d’eau ? Je n’ai rien d’autre !
  • Tu as trouvé du travail ? Ce n’est pas un peu glauque de s’installer ici, après tout ce que t’y as vécu ?
  • Ah, le costume ?…
  • Aléïc, nous avons fait un pacte avec Roxanne, celui de tout se dire. Nous sommes vraiment comme… un frère et des sœurs. Personne d’entre nous n’est vraiment normal non plus ! Alors, à moins qu’ici les murs aient des oreilles, on peut tout se dire. Et c’est pour ça qu’on est là !
  • Ramesh… Aisha et moi… oh ciel, par où commencer ! Roxanne, aucune des personnes avec lesquelles tu as voyagé n’a été expulsée. Ramesh les a toutes conduites dans une sorte de sous terrain, que la communauté a su aménager pour y survivre.

Roxanne sent déjà sa gorge se nouer. Léonie s’en aperçoit, elle lui prend la main en se rapprochant d’elle.

  • Toute ma famille… mes amis… Néha, depuis le début était là !
  • La grotte, comme l’appelle Aisha, nous sommes tombés dessus par hasard, lorsque je me suis enfuie. Tes amis, Roxanne, ils m’ont offert l’hospitalité, alors que je n’avais rien à leur donner en échange. Partager de la précarité, ça fait grandir l’amitié, la solidarité, l’envie de se battre pour soi, mais surtout pour les autres…
  • …C’est qui nous ?

Aléïc jette un regard furtif à Léonie, qui d’un discret signe de tête, acquiesce à ce qu’il s’apprête à révéler.

  • Nous… Oui… Avec Léonie ! Un sous terrain relie Saint Camille à la grotte. Ramesh a demandé de le condamner… Il semble vouloir écarter tout risque que tu reviennes vivre parmi eux !
  • Ils me bannissent, et toi, ils t’accueillent !… Tu as fait quoi pour avoir le droit de rester, toi ?… Aisha, tu l’as dragué ? Tu lui as promis quoi ? Du rêve ? La faire sortir de son trou ? Et à Néha ? Tu lui as baratiné quoi ? Pourquoi Aisha s’est faite renverser ?

Voyant le ton monter, Léonie pose tendrement ses mains sur les joues de Roxanne. Puis lui parle tout bas, mais droit dans les yeux.

Léonie – Roxanne – Aléïc

  • Ta colère va te faire dire des bêtises Roxanne… Tes suppositions ne sont pas fondées. Faut-il te rappeler pourquoi nous sommes là, ce soir ?
  • … Pardon… Excuse-moi, Aléïc… Je suis … désolée !

Après un moment de silence, Aléïc s’approche de Roxanne, puis s’agenouille.

  • Je ne l’ai pas séduite, je n’ai pas non plus cherché à le faire. Néha y est pour beaucoup dans cette histoire. Demande lui… Et puis, depuis mon agression, j’ai une dette envers elle et Néha.  Elle aussi a de nombreuses histoires à raconter…

Alice – Aléïc

  • Ton costume, tu as les chaussures qui vont avec ?

Aléïc se redresse, sourit, puis regarde ses pieds.

  • Non, pas encore… Demain, il faut que je demande une rallonge à Ramesh.
  • Tu nous explique le déguisement ?
  • Je suis si peu crédible en agent d’affaires ?
  • … Juste… Adresse toi à des hommes. T’es beau comme un camion comme ça…

Roxanne – Aléïc

  • Quel genre d’affaires ?
  • Le projet que Ramesh a confié à Aisha et à moi, est de racheter les murs de Saint Camille. Nous voulons transformer cet ancien hôpital en une sorte de centre d’accueil à vocation médicale et humanitaire.

Les trois filles poussent presque simultanément un « Hein ?» de surprise.

  • Mais… avec quel argent ? Vivre dans une grotte et être capable d’acheter un château… Il ne te mène pas un peu en bateau, là, le vieux ?
  • Hihi, tu parles comme Aisha !
  • Ramesh, quoiqu’on en pense, se soucie bien plus de l’intérêt général qu’au sien propre. Il aurait en Inde une industrie… prête à investir. Ce projet, c’est peut-être aussi pour lui un moyen de se laver de tout ce que vous lui reprochez. Aisha non plus n’est pas tendre avec lui.
  • Elle a ses raisons.
  • Je sais !
  • Mais on fait quoi, alors ? On le maudit ? Ou collectivement, on fait l’effort de relever la tête pour saisir cette opportunité ?
  • Il est bien plus facile et constructif d’aimer que de haïr. Je ne sais plus qui a dit ça, mais cette phrase résonne dans ma tête en permanence… Même si des fois, on peut douter !

Alice – Aléïc

  • À qui tu vas l’acheter ton château avec ton beau costume ?
  • Je suis invité au conseil municipal demain, en début d’après-midi, pour une première approche.
  • Tes shoes, tu les auras ?
  • J’espère Alice. J’espère, sinon… J’y vais pieds nus. On dira : dans le pays d’où je viens, les sols sont si doux qu’il n’y a pas besoin de chaussures ! Et c’est plus stylé qu’en chaussettes !

Les filles rient et l’atmosphère se détend un instant.

Léonie – Aléïc

  • Je t’ai mis une mauvaise idée en tête Aléïc. Je regrette. Tu mérites de vivre, toi aussi. En fait… En vrai, on est là pour ça. Ce que tu…
  • …Léonie non… Ton idée, ce n’est pas la tienne… C’est la seule et dernière fragile petite ficelle qui nous relie encore à Aisha. …Vous savez ce qu’on va faire ?

L’émotion fait place au silence et à la curiosité. Seuls les yeux répondent.

  • Je vais remonter le long de cette ficelle… Et lorsque j’aurai enfin attrapé la main d’Aisha… Vous allez très doucement tirer dessus pour nous ramener tous les deux !

Cette fois ce sont les larmes de Léonie qui trahissent sa tristesse. Roxanne passe un bras autour de ses épaules. Et sans réfléchir l’embrasse sur la joue.

Roxanne – Aléïc

  • On saura comment, à quel moment il faut la tirer ?

Les regards se tournent vers Roxanne. Aléïc esquisse un sourire fatigué.

  • Quand on me réanimera !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut