Florence peine à trouver le sommeil, tandis que Roxanne, angoissée par le silence de la maison, vient se blottir contre elle pour se rassurer. Leurs gestes révèlent une complicité naissante, tendre mais troublante. Le lendemain, Florence croit Roxanne partie, mais découvre qu’elle a préparé un petit-déjeuner soigné. Ce moment partagé avec son père et Roxanne redonne chaleur et vie à la maison…

Florence
Je ne dors pas, bien que je sois couchée dans mon lit, sur le bon côté. Le sommeil ne vient pas. Roxanne est installée dans le bureau. Ensemble on a un peu réaménagé, mais ça ne ressemble pas encore assez à une chambre. Il faut descendre les trucs inutiles à la cave, on le fera demain. Ici c’est chez elle ! C’est le message que je veux envoyer…
J’entends du bruit. Un léger grincement. Ma porte, je reconnais le son. Elle s’ouvre. Je ne bouge pas, je me doute de qui vient me visiter… Une petite souris soudain s’introduit dans mon lit, et vient se coller tout contre moi, dans mon dos. Je me retiens de sourire. Sa main toute fine se pose sur ma hanche, et s’immobilise.
Roxanne
C’est complètement absurde, le bruit de la nuit me manque. Je n’arrive pas à m’endormir, ni à croire à tout ce qu’il m’arrive depuis hier. Tout est trop calme ici, c’en est presque inquiétant. J’ai franchi la frontière d’un monde dans lequel je n’ai aucun repère. Florence m’encourage à le découvrir et à l’apprivoiser, mais c’est tellement plus facile quand elle est là. Je sens l’angoisse arriver. J’ai peur. Je veux retrouver mon étoile… ma guide, ma grande sœur… Je pars la rejoindre. Sans faire de bruit, j’ouvre la porte de sa chambre, et j’avance sur la pointe des pieds, plus légère qu’une plume, jusqu’à son lit. Elle dort profondément. Je soulève sa couette, juste ce qu’il faut, pour me glisser dessous, et venir me blottir tout contre son dos. Ses cheveux sentent bon. Sa hanche légèrement découverte, parfait pour poser ma main. Sa chaleur se propage jusqu’à moi. Elle ne se réveille pas. Je suis bien, je vais m’endormir.
Florence
Sa main sur ma hanche m’irradie de bonheur. Elle est en confiance avec moi. Je suis devenue son doudou d’une nuit… Mon cœur s’emballe, mes pensées se brouillent… Il faut la rassurer, mais pas comme ça. Je pose ma main sur la sienne. J’attends… Puis je me redresse lentement, ses doigts toujours entrelacés aux miens. Elle me regarde, les yeux tout ronds d’un air coupable… Elle se redresse à son tour, et baisse les yeux. J’embrasse le dos de sa main, que je ne lâcherais pour rien au monde. Je la tire délicatement en me levant. Je la raccompagne jusqu’à sa future vraie chambre. Devant le seuil de la porte, n’y tenant plus, je la serre dans mes bras. Nos deux cœurs battent à l’unisson. Que suis-je en train de lui dire, en silence ? Je lui souris une dernière fois, et retourne me coucher… Seule, le cœur chamboulé !
Roxanne
Oups, elle ne dormait pas ! Je suis découverte… Attrapée, ma main est prisonnière. Ma respiration s’accélère, mes joues doivent être rouge tomate ! Elle embrasse le dos de ma main, elle n’est pas fâchée. Je me lève avec elle, j’ai pas le choix ! Un câlin, un vrai… Elle me recolle les morceaux, de mon petit cœur tout explosé. Je vais bien mieux dormir, je crois.
Florence
6h50, ma couette est trop lourde ce matin, j’ai 30 secondes pour me décider… Je continue mon stage, ou pas ? Feindre la panne de réveil m’aiderait à choisir ! L’indécision me berce. Le temps devient mon complice, le retard un argument de plus en plus crédible…
C’est bon, je reste !
Je m’attèle à ce que j’ai promis à Papa : comment adopter une jolie petite princesse orientale !… Euh…pas tout à fait, ce sera l’étape d’après, ça ! Le vrai sujet: Enfant apatride, de la clandestinité à la légalité en France ! Pour l’intro, je pars interviewer ma première source d’information, sous couvert d’anonymat bien sûr.
Stupeur, grosse panique, Roxanne n’est plus dans le bureau. Elle a fait sa valise, et tout est trop bien rangé… Elle est partie ! Je réveille mon père : « y a l’feu à la maison… debout, Roxanne a disparu… ». Sans me rassurer quant à sa rapidité à réagir en cas d’incendie, il n’ouvre qu’un œil ! La tête enfarinée, il réussit à marmonner: « t’as raison, ça sent la tartine grillée, t’as préparé l’ti dèj ?». À la vitesse éclair, je dévale l’escalier. Elle est là… Visiblement amusée de me voir aussi surprise, et rassurée à la fois. Elle se tient debout, légèrement en retrait par rapport à la table, telle une domestique prête à prononcer la fameuse phrase, « Madame est servie ». Elle m’invite à m’assoir. Tout est parfait, le café, la brioche, les tartines grillées présentées dans le truc pour les tenir qui n’a jamais servi, le beurre, la confiture, les petites assiettes, les couteaux et… Deux bols ? L’émotion peine tout de même à redescendre. Je m’assois. Doucement, le risque de crise cardiaque s’éloigne. Elle reste debout, derrière moi, à attendre je ne sais pas quoi. Le temps que mes neurones reconnectent, mon père descend, pas mieux réveillé que tout à l’heure, et s’assoit à son tour. Le film se met en place, je commence à percuter, on part sur un malentendu. Roxanne n’est pas là pour nous servir, ou travailler de quelques manières. Je me lève, sors un troisième bol et l’invite à nous rejoindre. Elle est mal à l’aise, ça se voit, et du coup n’ose plus trop bouger. Je lui fais alors une tartine de Nutella et lui enfourne dans la bouche. Elle lâche prise et sourit, les moustaches en chocolat au coin des lèvres. Nous déjeunons tous les trois, pour la première fois. Avec mon père, c’était devenu exceptionnel, voire même de se croiser le matin. Roxanne offre à cette maison une tout autre dimension. La vie y renait.