Roxanne, encore bouleversée par sa fugue ratée, décide de se reprendre et d’honorer la confiance de ceux qui l’aident. À la MJC, elle invente une comptine sur un petit loup égaré, inspirée de sa propre aventure, et entraîne les enfants dans un moment de joie et d’imaginaire partagé. Cette histoire devient pour elle une façon de comprendre qu’elle n’est jamais vraiment seule et que demander de l’aide peut aussi rassembler.

Roxanne
Mon aventure d’hier me laisse un goût amer. Je n’ai réussi qu’à semer le chaos autour de moi. Une fois de plus, un ange bien caché dans le ciel m’a sans doute empêchée de faire une grosse bêtise. Mon projet a lamentablement échoué, mais je ne regrette rien. Ma détermination reste entière : je n’abandonnerai pas Amma. Et dorénavant, je ne suis plus seule. J’ai au moins gagné ça !
Qu’est-ce que je vais raconter à l’école ? J’angoisse d’y retourner. D’expliquer pourquoi je voulais me sauver, alors qu’eux, font tout pour m’accueillir… Mentir… Encore mentir, et dire que j’étais malade ! Me taire pour Florence. La laisser aller au commissariat avec Daniel, pour se faire passer pour moi et présenter ses vrais papiers !…
Continuer de pleurer ne fera pas avancer les choses. Il faut que j’accepte qu’on veuille vraiment m’aider. Papa-Dan, Florence et même Claire, l’agent de la Croix Rouge, ont pris des risques pour moi. C’est pas rien ! Ils sont mes héros… Ce serait dommage de se passer d’une si belle équipe. Je promets, solennellement, de ne plus prendre ce genre d’initiative perso, qui met en danger les gens qui m’aident, et que j’aime.
La matinée se passe. Mon air un peu honteuse et réservée confirme ma prétendue fatigue d’hier. Cet aprem j’ai MJC. Je vais au moins faire une heureuse : Anabelle va voir que je ne suis finalement pas partie. J’ai jusqu’à 16:00 pour imaginer une activité. Une histoire que je serais allée chercher… Ou plutôt une comptine, sur laquelle on peut bouger et chanter. Voir ces petits bouts assis à devoir écouter sans participer me frustre presque autant qu’eux. Je veux jouer avec eux, et les transporter avec moi dans un imaginaire bien veillant, rassurant, sans monstre ni drame émotionnel.
Mon aventure d’hier m’inspire immanquablement. Un personnage se dessine. Un petit loup, insouciant, joueur, et qui comme moi, suis son idée et oublie d’être raisonnable. Un moment la faim le rattrape. Il est un peu perdu, et doit se débrouiller. C’est là que les enfants doivent l’aider. Crier avec lui pour appeler ses parents. Renifler un peu partout pour retrouver une odeur connue…
Les premières paroles arrivent, presque plus vite que j’arrive à les formuler. Les mots courent tout seul sur mon cahier… et forment quelque chose de joli.
Petit Loup, tu fais ton fou, et dans la forêt tu cours.
Petit Loup, avec un rien tu joues, comme toujours.
Mais soudain, ton ventre a faim, il te faut le satisfaire.
Mais tu es parti trop loin, pour rentrer c’est une autre affaire.
Je continue l’histoire. Après avoir beaucoup marché, sans vraiment avoir retrouvé son chemin, le petit loup s’arrête, fatigué, pour boire dans un petit étang. Comme moi à la gare, au centre de secours, quand on m’a retrouvée inanimée, et pas vraiment en direction de la maison. Comme moi, petit loup alors réalise que dans la vie on n’est jamais vraiment seul. Que des gens, même qu’on ne connaît pas sont là, comme des anges gardiens mais bien vivants, eux, et qui nous protègent. En relevant la tête, après avoir bu, il découvre des animaux de la forêt autour de lui. Ils ont entendu ses cris… et aussi ceux des enfants, pour lui venir en aide. L’infirmière de la Croix Rouge m’avait bien rassurée, je me rappelle. Et quand j’ai vu Papa-Dan et Florence, avec Claire, mon cœur s’est mis à pleurer, de joie. Ça s’est vu dans mes yeux !! Petit loup était sauvé. Il pouvait de nouveau jouer et chanter mais cette fois, avec plus d’amis qu’avant.
15:45
J’arrive à la MJC en avance, le temps de saluer tout le monde, et préparer mon espace. À peine franchie le pas de la porte, Anabelle court vers moi et me saute au cou. Je la porte, et la tient contre moi un moment, sentant son petit cœur battre à cent à l’heure. J’ai envie de l’embrasser, mais je me retiens… Je suis une louve qui doit faire preuve d’équité affective au sein de sa meute. Mes petits lutins arrivent progressivement. Un à un, je leur fais un câlin de bienvenu. Un petit rituel qui nous connecte tous ensemble, et qui réinitialise les émotions juste avant un nouveau voyage dans l’imaginaire.
Tout le monde est là. Quatorze paires d’yeux écarquillés sont projetés sur moi. Je n’ai pas de livre entre les mains. Je devine tout de suite leur interrogation, et peser sur moi le regard dubitatif de ma responsable. Je me lance…
Aujourd’hui, les enfants, je vous emmène dans la forêt… Nous y avons passé l’après-midi. On a même oublié de gouter, tellement il y avait de choses à voir et avec lesquelles on pouvait jouer. En plus, la forêt dans laquelle nous sommes tous, là, en ce moment, elle est imaginaire. Ça veut dire que chacun peut y rajouter les trucs qu’on veut. Que voudriez voir dans notre forêt imaginaire ?
Les réponses fusent : des animaux qui parlent ; des monstres gentils ; des arbres arc en ciel ; des lucioles qui brillent en pleine journée…
Ben moi les enfants, j’y ai découvert un petit loup. Comme nous, il a joué toute l’après-midi. Comme nous il a un peu faim. Mais malheureusement, il a aussi un peu perdu son chemin. Comment peut-on l’aider, les enfants ?
Presque toutes les petites mains se lèvent pour répondre, avec empressement, pour ne pas laisser petit loup trop longtemps perdu : on appelle les secours, c’est le 15; on va chercher ses parents; si c’est imaginaire, on peut l’appeler sur son téléphone, pour le guider…
Moi je vous propose quelque chose de beaucoup plus simple… Écoutez ma chanson, et avec moi, vous chanterez le refrain. Il est très simple, vous allez voir. Ah ! J’oubliais, il faut se mettre debout. Vous êtes prêts ? Ouiiiiiiiii…
Petit Loup, tu fais ton fou, et dans la forêt tu cours.
Petit Loup, avec un rien tu joues, comme toujours.
Mais soudain, ton ventre a faim, il te faut le satisfaire.
Mais tu es parti trop loin, pour rentrer c’est une autre affaire.
Petit loup, fais du bruit et appelle, pour qu’on vienne te chercher.
Petit loup, tourne tourne, partout renifle pour te repérer.
Wouh Wouh,
Je chante avec petit loup.
Wahou Wahou,
Je danse comme petit loup.
Mes petits lutins, à l’imitation, tournent sur eux même en reniflant, et en chantant avec moi trois fois de suite le refrain…
Les enfants, le petit loup vous entends. Mais il y a aussi d’autres bruits de la forêt. Quoi d’autre peut-il entendre ?… Le bruit des voitures; les chouettes et les hiboux; la télé des écureuils dans les arbres… Tout le monde rigole de la réponse de Nathan !
Petit loup écoute les cris des animaux au loin, oui, mais aussi son ventre qui fait «Grunch Grunch» parce que là, il commence vraiment à avoir faim. Écoutez la suite de la chanson, et chantez avec moi encore le refrain.
Petit loup, au milieu des arbres, tu écoutes les sons de la forêt.
Petit loup, ces odeurs nouvelles te disent, ce n’est pas par là qu’il faut aller.
La nuit tombe, tes yeux sont fatigués, mais ton ventre dit de continuer.
Courage, tiens bon, de ta maison tu n’es pas si éloigné.
Petit loup, fais du bruit et appelle, pour qu’on vienne te chercher.
Petit loup, tourne tourne, partout renifle pour te repérer.
Wouh Wouh,
Je chante avec petit loup.
Wahou Wahou,
Je danse comme petit loup.
Sans les diriger, mes petits lutins ont acquis la chorégraphie, et crient encore plus fort Wouh Wouh. Des gens de la MJC, intrigués par cette meute de joyeux louveteaux, viennent s’ajouter au nombre de spectateurs déjà présent.
Les enfants, on a réussi. On a aidé petit loup. Grace à ses cris, mais surtout aux nôtres… Les parents de petit loup sont venus le chercher. On peut finir la chanson. Allez cette fois on se tient tous la main… Et les spectateurs qui regardent peuvent participer aussi… Voici la fin de la chanson :
Petit loup, dans une belle clairière avec un étang tu es arrivé.
Tu t’approches de l’eau pour boire, sous la lune qui brille dans un ciel étoilé.
Relève la tête et regarde, les animaux de la forêt sont tous autour de toi.
Tu n’es plus seul, le ventre se calme, et ton cœur se rempli de joie.
Ta famille a entendu ton appel, ils sont venus te chercher.
Tu vas bientôt rentrer, avec tout le monde maintenant tu peux chanter et danser.
Wouh Wouh,
Je chante avec petit loup.
Wahou Wahou,
Je danse comme petit loup.
Wouh Wouh,
C’est un courageux petit loup.
Wahou Wahou,
C’est le boogy-woogy du petit loup.
Ma responsable est rentrée dans la ronde, et même la directrice du centre… Je perds un peu pied, et le fil de la séance. Je fais faire un tour supplémentaire à tout le monde pour reprendre mes esprits.
Les enfants, comme petit loup vos parents sont arrivés. Vous allez pouvoir tous rentrer, et enfin goûter. Continuer de chanter la chanson du petit loup, à vos parents, à vos frères et sœurs, et à vos doudous. Cette chanson fait du bien. Elle dit qu’on n’est jamais seul dans la vie. Qu’il y aura toujours quelqu’un pour nous aider. Et qu’il ne faut jamais hésiter à demander de l’aide, quand on en a besoin. Au revoir, et à très bientôt, mes petits louveteaux. Wouh, Wouh…