Murielle, la conseillère France Travail de Dan, lui propose une opportunité professionnelle inespérée. Dan s’interroge sur cette proposition, qui offrirait une meilleure stabilité pour l’avenir de leur famille. Mais l’équilibre est fragile : Roxanne confronte Florence sur l’amour, l‘absence d’un parent, et la possibilité pour Dan d’aimer à nouveau.

Dan et Roxanne sont assis à la table du salon. Roxanne travaille sur un devoir de français. Dan est là, pour l’aider, et cherche dans le même temps, en regardant son ordinateur, comment relancer l’histoire de son roman. Florence, après avoir ressenti une surprenante sensation de bien-être en passant devant eux, en montant dans sa chambre, vient de redescendre pour profiter elle aussi de cette ambiance studieuse et familiale. À peine installée dans le canapé avec un bouquin, le téléphone sonne. Dan décroche…
Dan – Murielle Lebrun
- Allo ?
- Bonjour Monsieur Volti, c’est Murielle Lebrun, votre conseillère France Travail, vous vous souvenez ?
- Oui… Bien sûr… Comment allez-vous ?
- Bien. Bien, merci. Sur mon calendrier était programmé un rendez-vous téléphonique la semaine dernière. Vous deviez m’appeler pour faire le point sur vos démarches.
- Ah, oui… Eh bien, à vrai dire, je…
- Il n’y a pas de problème de mon côté, rassurez-vous. Nous avions brièvement évoqué ensemble votre situation. Je la sais… compliquée, mais l’enjeu est magnifique.
- Je devais vous appeler, c’est vrai, mais…
- …Je n’ai pas besoin de justification Monsieur Volti. Encore moins que vous m’inventiez une histoire pour me faire plaisir. Notre objectif est le même : votre autonomie financière pour votre projet d’adoption…
- Vous, êtes… Tout ce que je n’imaginais pas chez une conseillère de France Travail ! Vous avez un cœur ! Heu… pardon, je voulais dire… Vous prenez votre travail, très à cœur…
- Nous ne sommes pas des machines Daniel. Chacun doit trouver une bonne raison de se lever le matin. Et… Vous m’y aidez considérablement. Je vous assure !
- Ah ? Merci… Je dois avouer que, sans mes deux ado à la maison, la vie serait… bien moins palpitante !
- Je voulais savoir Daniel ? Si vous me permettez de vous prénommer… Avez-vous contacté la DRAC, pour votre projet d’écriture ?
- Oui, bien sûr. Je veux dire pour le prénom, oui. Pour la DRAC, j’attendais…
- …C’est ce que je pensais, vous n’êtes pas sûr de votre compétence dans le domaine ! Peur de décevoir, c’est ça ? Je suis également une grande lectrice… Un auteur qui écrit avec sincérité trouve toujours des lecteurs… Ce que vous traversez, Daniel, doit bien vous y aider.
- À vrai dire… Je manque de retour, et surtout d’expérience ! Et quand le doute s’invite, il gangrène l’imagination. C’est terrible !
- Finissez au moins ce que vous avez entrepris. Ne soufflez pas trop vite sur la petite flamme qui veille en vous… Alors, pour Direction Régionale des Affaires Culturelles ? On remplit le formulaire chez vous, où à l’agence ?
- Il m’arrive de faire du bon café… Vous vous déplacez ?
Roxanne, malgré son regard fixé sur son devoir, a décroché depuis un moment. Elle ne perd pas une miette de la conversation téléphonique. Plus loin sur le canapé, la voix de son père perturbe aussi la concentration de Florence. Le livre entre les mains, ses yeux visent désormais au-dessus de la couverture.
- Il ne peut pas être pire que celui du bureau ! Je me déplace rarement, sauf dans des cas… qui demandent un petit coup de pouce ! Ah, j’oubliais… Je venais aussi vers vous avec un plan B…
- Un plan B ?
- Je priorise toujours les projets de cœur, avant de retomber dans la dure réalité du monde professionnel. Lors de mes interventions, j’arrive très souvent avec une roue de secours.
- Vous êtes vraiment surprenante… et déterminée. Elle ressemble à quoi la mienne ?
- Une startup, pas très loin d’ici, qui cherche un informaticien capable de créer des sites internet pour des assos. Ça colle avec votre profil et votre CV. Pas très cher payé, mais le télétravail est possible. Je vous laisse les coordonnées ?
- Oui, merci beaucoup. Tout ce qui plaide en ma faveur dans le dossier de Roxanne est bon à prendre. Comment vous remercier encore ?
- Et bien… un café ?… Mardi prochain, cela vous va ?
- Parfait, à très bientôt donc… Murielle.
Deux jours plus tard, Dan revient de son entretien au cours duquel il a décroché une proposition. Il est chez lui, dans la cuisine, une tasse de café à la main. Il réfléchit à voix haute.
Dan
– La proposition lors de mon entretien est séduisante, mais je dois leur donner une réponse d’ici demain ! On-Visible, une startup qui cumule tous les clichés. Grand open-space de travail, une tireuse à bière à côté de la machine à café, un babyfoot en plein milieu, moyenne d’âge moins de trente ans… Avec ma quarantaine passée, j’ai l’impression de venir tout droit de l’ère de la disquette ! En fait, ces petits jeunes sont davantage dans la com que dans la technique. Sur mon premier projet, je dois tout faire, ils s’occupent du reste disent-ils. Mais quels restes ? Bref ! Demain je dois interviewer une première asso d’aides aux étrangers sans papiers… Hasard ou pas, forcément le sujet m’intéresse. Il faudra me discipliner pour rester pro : me concentrer sur leur besoin, le design de leur site, et surtout ne pas leur parler de Roxanne. Le salaire n’est pas ouf, comme dirait Flo, mais bosser de chez moi me va bien, d’autant qu’ils me fournissent matériel et logiciels.
O.V, deux lettres en plus et ça forme LOVE ! Un mot parfois si difficile à prononcer, mais qui est bel et bien au cœur de notre vie à tous les trois. Ce job, c’est peut-être les étoiles qui s’alignent enfin ! Il faut parfois croire en son destin… Allez, j’accepte la proposition.
Le soir même, Dan informe Murielle, et les filles de sa décision. Toutes le félicitent.
Avant de se coucher, Florence et Roxanne discutent, toutes deux assises sur le lit de Florence. Roxanne a observé Florence sourire à plusieurs reprises, lors de la communication entre Muriel et son père il y a deux jours, et une nouvelle fois ce soir, lorsque Dan a fait part de sa décision à Muriel.
Roxanne – Florence
- Tu préfères qui ?
- Hein ? Tu peux préciser là, Roxinette ?
- Ben, comme future belle-mère !… Claire Fitoussi, ou cette Murielle de France Travail ?
- T’es pas bien, toi ! Je te rappelle que j’ai encore une mère !
- … ! Et tu vas lui interdire d’aimer à nouveau encore longtemps, à ton père ?
- Ma mère est partie OK, mais elle n’est pas morte non plus ! Ils ne sont même pas divorcés.
- Je t’ai vu sourire, plusieurs fois, quand lui et Murielle parlaient au téléphone l’autre fois… Et là, encore ce soir.
- C’est… Parce-qu’il bafouille, il rougit, il est… comme un petit enfant à qui on demande d’avouer sa bêtise.
- C’est que cette Murielle ne lui est pas indifférente…
- Ce n’est pas une raison suffisante pour qu’elle vienne s’installer ici !
- … Mon père est mort, lui. J’avais pas cinq ans. Je souhaite que Amma retrouve un amoureux. L’amour ça doit être partagé, sinon ça pourrit au fond de toi. Et ça donne mauvaise haleine !
- Excuse moi Roxindra chérie. Je voulais pas… Mais… on n’est pas bien, là, à trois ?
- Tu parles pour toi… Moi sans vous, j’suis rien… Ton père aussi a le droit d’avoir quelqu’une dans son cœur… L’amour, c’est ce qui fait grandir une famille… J’pars dans ma chambre !
- Roxanne, attends !…