A19 – Révélation (Partie 1)

   Aléïc s’installe dans une routine fragile avec Aisha et Néha. La communauté les considère désormais comme une famille recomposée. Aléïc, encouragé par Ramesh, se décide à parler à Aisha. Il lui révèle que Roxanne a brisé les règles en organisant la rencontre avec Néha. Un peu perdue, Aisha demande à Aléïc de lui raconter une histoire, pour apaiser ses peurs et raviver l’espoir. Aléïc invente un récit imaginaire où réalité et possible se mêlent, préparant ainsi le terrain à une révélation capitale…

Aléïc

   Depuis quelques jours, une routine s’est installée avec Aisha et Néha. Nous partons désormais ensemble du refuge, puisque nous avons la bénédiction de Ramesh. Et même si nous ne couchons pas sous la même couette, le reste de la communauté nous considère déjà comme une famille recomposée. Une femme seule avec une enfant n’est pas bien vue ici, voire elle dérange ! Je pense que ma rapide intégration au sein de la communauté tient en partie au fait que, au moins dans les apparences, je rétablis la dignité d’une femme sans mari !

   Un petit rituel matinal renforce d’autant plus notre supposée union. Le matin Néha, en pyjama, pieds nus et avec son doudou, vient me rejoindre dans mon lit pour me réveiller. Quelques instants après, je la ramène à sa mère, enveloppée dans ma couette ! Cela semble beaucoup l’amuser…

   Demain matin sera différent. Dehors, ce matin, une ligne rouge a été franchie. Ça ne s’est pas passé comme prévu. Je cherche encore un meilleur moment pour tout dire à Aisha, tout lui raconter…

Aléïc – Ramesh

  • Ramesh, dehors il fait encore froid. Je… Tu ne saurais pas où je peux me procurer un blouson un peu plus chaud ?

Ramesh déconnecte de ses écrans un instant, pour une nouvelle fois me scanner de la tête aux pieds ! Son absence d’expression faciale me rappelle celle de Serge, lorsqu’il venait relever mes données médicales. Chaque matin, je me sentais démonté puis remonté en un temps record afin qu’il puisse affiner ses réglages.

  • Fils, voilà une carte prépayée… Trouves-toi quelque chose de confortable !
  • Merci, mais…
  • Tu as parlé à Aisha ?
  • Non, justement, j’allais…
  • Profites-en pour amener ta famille prendre un café ou un chocolat chaud… Au café, de l’autre fois. Ah, et… sois franc avec Aisha. Ne te risque pas à contourner l’obstacle. Elle a besoin d’un ami, d’un confident, beaucoup plus que d’un simple mari !
  • Merci Ramesh. Tu… Tu n’es pas aussi dure que, comme tu crois qu’on te voit !
  • … !

Aléïc – Aisha

  • Aisha, j’ai un service à te demander !
  • Oui ?!
  • M’aiderais-tu à choisir un blouson, dans un magasin ? J’ai une carte Gold, regarde !
  • Ramesh ne donne jamais rien gratuitement. C’est quoi la contrepartie ?
  • …Que je t’emmène, toi et Néha prendre un café ou un chocolat chaud !
  •  Vraiment ?
  • En fait, il veut m’aider à t’avouer quelque chose…
  • C’est le temps qu’on passe ensemble, ta proximité avec Néha qui t’agite les hormones… Mais tu ne connais rien de moi !!! Tu veux me faire ta déclaration, c’est ça ?
  • Nan… J’aimerais bien, mais… Complique pas tout s’il te plait !… Ramesh dit…
  • Ah laisse le où il est, lui. Veux-tu ?
  • Il me propose d’être ton ami… Un vrai… Moi aussi j’ai besoin d’une amie. D’une sauveuse sur qui compter, quand je veux jouer seul les héros. J’ai des choses importantes à te dire. Si tu veux bien les écouter… En amis ?
  • Excuse-moi… Pour les hormones. J’oubliais, tu es un gentil, toi ! La vie bâtit des murs autour des sentiments, des fois. J’ai… Juste pas l’habitude !
  • Une amie, une fois, m’a parlé d’une forteresse dans laquelle émotionnellement elle était prisonnière. Moi-même…
  • Il est où ton café ?
  • Pas loin. On y va avec Néha, tous les trois. Ça la concerne aussi !
  • Ok ! On te suit ?

Quelques minutes plus tard, Néha, Aisha et Aléïc sont assis à une table au café « Le chat noir ». Aléïc se lève et va passer la commande au bar, juste histoire de s’assurer que la carte que lui a donné Ramesh est bien éligible comme moyen de paiement. Il revient à la table, avec une corbeille contenant trois croissants.

Aléïc

  • Tenez, ce sont les invendus de ce matin. Si ça vous tente, c’est gratuit !

Néha allonge le bras sans hésiter !

Aisha – Aléïc

  • C’est si grave que ça, pour organiser toute cette mise en scène ?
  • Avec Néha, on a un truc à te révéler…
  • Je crains le pire…
  • Ce matin, ce n’est pas Roxanne que tu as suivie !
  • Quoi ? Mais si… Je l’ai vu entrer au collège, comme tous les matins. Que faisiez-vous d’ailleurs, à traîner derrière ? Roxanne marchait vite, mais Néha aurait certainement pu suivre !

Aléïc attrape la main posée sur la table d’Aisha, pour tenter de calmer le jeu.

  • Nous nous sommes fait repérer, depuis plusieurs jours, même. Les filles avaient un plan. Florence est partie avec l’apparence de Roxanne, juste pour faire diversion. Roxanne voulait se retrouver seule face à Néha. Et…
  • Et ???
  • Et… Elles se sont embrassées. Un lien très fort les unit toutes les deux, c’est indéniable. Tu les aurais vues : on aurait cru deux sœurs qui se retrouvaient après des années de séparation. De quel droit pouvons-nous leur imposer de se tenir éloignées l’une de l’autre ? La famille, quand on a la chance d’en avoir une… c’est précieux !
  • Possible, je n’ai pas eu ta chance, moi. Je ne peux pas dire !
  • Je n’ai pas eu la chance que tu croies… On en reparlera un autre jour, si tu veux.
  • Ah ! Désolée… Avec cette histoire, Ramesh va nous répudier. On a trahi sa confiance… Ma mission est foutue… Même ça, je n’en suis pas capable !

Aisha serre des deux mains sa tasse encore chaude. Cherche-t-elle ainsi à retenir le peu de chaleur qui lui reste dans la vie ?

  • Tu te trompes sur Ramesh. Il n’est pas celui que tu crois…
  • Ne va pas te ruiner en chocolat chaud… Pour espérer me faire changer d’avis !
  • Ok, pense ce que tu veux. Mais j’ai besoin de toi, de vous deux…
  • Ah oui, ton blouson ?
  • Nan !… Aisha, il t’arrive d’être un poil enthousiaste dans la vie ?
  • Pardon, mon prince… Raconte nous alors une belle histoire. Nous, c’est ce dont on a le plus besoin en ce moment. Même si tout est inventé. Nos yeux ont besoin de briller… et là, ici, touche, mon cœur… il ne bat plus aussi fort qu’avant ! Transporte-nous dans ton imaginaire, Aléïc. Ici tout est froid, sombre et humide.
  • Deal… Laisse-moi juste deux minutes. Je réfléchis… Des princesses et un château, pas trop ringard ?
  • Fais-nous juste rêver mon prince, on t’écoute…
  • Ok, alors voilà… En fait non, il n’y aura ni princesse, ni château !
  • Le monde dans lequel nous vivons possède, si vous ne le saviez pas, plusieurs dimensions. Néha, pour t’expliquer, la dimension dans laquelle nous sommes, c’est celle qu’on voit et où on peut toucher les choses. Ta maman, moi, cette table, la chaise sur laquelle tu es assise. Bref, c’est le monde réel, celui qu’on connaît. Aujourd’hui je vous emmène en voyage… dans la dimension du possible imaginaire. C’est quoi ? Eh bien, c’est le même monde que maintenant, mais dans lequel on peut tout changer…
  • Dans ce monde, je peux avoir un petit chien ?
  • Oui, tu as parfaitement compris ma belle. Et comment voudras tu qu’on l’appelle ton petit chien, dans notre histoire ?
  • Tifou !
  • Ok, c’est parti. Les personnages de ce monde sont les mêmes que maintenant, sauf que leurs prénoms ont un peu changé. Il y a Néhalie, Aïshane, et Aléïco. Quel personnage veux-tu être Néha ?
  • Néhalie… avec Tifou !
  • Un jour, Néhalie, Aïshane et Aleïco marchaient dans la rue, pour se rendre au parc. Alors qu’ils passaient devant un très vieux bâtiment, Néhalie entendit comme des tout petits cris plaintifs. Ils venaient d’une bouche d’aération juste au-dessus du sol. Son cœur s’est soudainement mis à battre plus fort dans sa poitrine : Boum Boum, Boum Boum. Alors, elle tira la main de sa maman pour qu’elle s’arrête de marcher. Aléïco, avait continué quelques mètres sur le trottoir avant de faire demi-tour :
  • Que se passe-t-il ?
  • Il y a un animal qui pleure, là, en bas…
  • Mais mon cœur, on ne peut pas rentrer, tu vois bien. On est presque arrivé au parc. Allez viens, tu vas pouvoir jouer…
  • Nan maman. Il y a un animal qui souffre, il a besoin d’aide. Il appelle, là. Tu entends ?
  • Le bâtiment était assez grand. Il devait avoir plusieurs portes. Aléïco en fit le tour, suivis de très près par Néhalie et Aïshane. Ils découvrirent une petite porte en mauvais état. Elle était malheureusement fermée, elle aussi. Mais Aléïco essaya quand même de la forcer, sans trop vouloir tout casser. Au bout du troisième coup d’épaule, la porte s’ouvrit dans un grincement à faire peur ! Il y avait des toiles d’araignée un peu partout qui collaient aux cheveux, au fur et à mesure que les trois explorateurs sauveteurs avançaient. Soudain Néhalie s’inquiéta.
  • On n’entend plus rien…
  • Nous sommes à l’autre bout du bâtiment, les filles. C’est sans doute normal. On dirait une ancienne école, avec ce couloir et ces salles de chaque côté.
  • Une école qui fait peur !
  • Elle a juste besoin d’un bon coup de ménage. Sinon regardez, elle n’est pas en si mauvais état. Venez, il faut trouver un escalier pour descendre à la cave, l’animal doit s’y trouver…
  • On l’entend de nouveau !!!
  • Par ici…
  • Un autre chocolat, jeune gens ?

Le garçon de café, interrompt le récit, et ramène tout le monde de façon un peu brutale dans le monde réel.

  • Heu, non ? On allait partir. Vous pouvez encaisser ?
  • Nan, il faut sauver Tifou d’abord !…
  • Viens princesse. On va marcher un peu. Peut-être que dehors tu vas entendre les cris d’un autre petit animal ? Pour de vrai…
  • Aléïc ?
  • Oui ?
  • Merci… Les yeux de Néha, et les miens commençaient à briller… Mais tu n’as pas intérêt à te défiler… Moi aussi je veux la fin de l’histoire. Tu as toujours besoin d’un blouson ? On va en face ?
  • Ah, oui !

Le soir même, à l’heure habituelle où tout le monde se couche, Aisha et Néha apparaissent dans l’espace légèrement isolé de Aléïc. Néha avec un sourire de grande victoire, celle d’avoir réussi à tirer par la main sa maman jusqu’ici, annonce fièrement : on veut la fin de l’histoire ! Aléïc sourit. Il invite ses hôtes à s’asseoir par terre. Tire sa couette de son lit, et improvise une cabane en recouvrant les trois têtes avec. Dans une quasi obscurité, il prend la main de Aisha et celle de Néha, et commence son récit :

  • Dans les pas de Aléïco, Néha et Aïshane descendent les marches qui mènent à la cave. Une faible lumière filtrée par les bouches d’aération éclaire la pièce. L’endroit sent l’humidité, et il n’y fait pas très chaud. Néha localise enfin d’où viennent les petits cris. Là, juste devant une porte fermée, dans un carton, un petit chiot affamé semble appeler désespérément sa maman.
  • Néha se précipite avec l’intention de le rassurer, et de le prendre dans ses bras. Mais alors qu’elle s’avance vers le malheureux petit animal, une chose incroyable se passe. Un magnifique chien blanc, transparent et lumineux, passe à travers la porte et vient s’asseoir juste devant le petit chiot. Il observe très attentivement ces trois humains, son sens olfactif en éveil. Néha recule de trois pas et vient chercher les mains de Aïshane et Aleïco. Malgré la surprise et l’émotion grandissante, aucun d’entre eux ne semble avoir peur. Soudain, une voix plutôt féminine remplit l’espace…
  • Il est faible, et il a faim…

Le chien, ou plutôt la chienne, assise devant son petit chiot, parle aux humains par télépathie.

  • Soignez le… Je vous en prie… C’est le dernier gardien.

Aléïco avance d’un pas, pose un genou au sol, et tente de poser des questions.

  • Que garde-t-il ?
  • Un trésor… Bien qu’il soit mal en point, notre jeune ami doit être soigné ici et rester là. Il doit assurer sa mission jusqu’à la réalisation de la prophétie.
  • Nous le soignerons… Mais cet endroit, il est abandonné ? Quel est l’intérêt de garder un lieu vide. Le petit chiot ne serait-il pas plus heureux dans une famille ?
  • L’hôpital n’est pas abandonné. Il est vivant, seulement ensommeillé actuellement. La prophétie dit que : le trésor ne peut appartenir qu’à celui qui fera revivre cet édifice, et ce pourquoi il a été construit à l’origine… Le gardien ne pourra être libéré de son devoir, qu’à cette condition.
  • Sans autre explication, l’aura autour de cette mystérieuse chienne baisse en luminosité. Elle se retourne, et retraverse la porte comme elle était venue. Elle les a choisis pour transmettre son message. Depuis combien de temps les attendait-elle ?
  • Néhalie, n’y tenant plus, prend le petit chiot dans les bras, et décide de l’appeler Tifou.

Néha se lève soudainement, et brise la cabane en tirant la couette l’air contrariée…

  • Sa maman n’a pas parlé d’amour à donner à Tifou… Qu’est-ce qu’elle veut faire revivre sans amour ?

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