Élise décide d’interconnecter tous les protagonistes pour tenter de sauver Calie et redonner un sens au chaos qui les entoure. Les révélations s’enchaînent : Hope découvre sa véritable identité, Aaron dévoile l’existence d’Éléonore, et Serge apprend la vie secrète des âmes, relançant l’espoir. Désormais, tous sont entraînés dans une course contre le temps où science, amour et destin s’entremêlent...

Élise
Nouvelle journée, et tout s’accélère dans ma tête. Le boulot passe clairement au second plan. J’ai une nouvelle mission qui va me challenger. Je me suis lancée le défi d’interconnecter tout le monde, Calie, Hope, Aléïc et Serge.
Au moins quatre bonnes raisons d’utiliser toute mon énergie pré-caféinée pour me sortir du lit. L’exploit accompli, telle une somnambule en pleine action, je rejoins le canapé du salon. Bien déterminée à voyager dans l’autre dimension, l’idée d’écrire à l’ordi en simultané tout ce que j’entends me traverse l’esprit… sans s’y arrêter cette fois !
Je profite alors de mon état encore moitié ensommeillé pour me déconnecter volontairement du monde réel, et retrouver avec hâte mes filles chéries, mon mari, et Aléïc.
Aléïc – Hope
– Qu’est-ce qu’il se passe, là ? Optimus est à l’agonie, ses ventilos sont à l’arrêt, il ne respire plus. C’est jour férié, ou tout le personnel est en grève ? Pourquoi tout est éteint ? En demandant plus de calme, ce n’était pas à ce point, je rigolais ! Trop de solitude me stresse ! Ohé, il y a quelqu’un ?
– Ça va là, Aléïc… Profite, on t’fiche la paix pour une fois… T’es genre jamais content toi !
– Tu vois ? Toi aussi tu es bizarre ! Il s’est passé un truc grave ? C’est Serge ?
– C’est tout l’monde ! J’crois qu’Serge est parti s’pendre, et qu’le reste de la troupe l’a suivi, par solidarité. T’as foutu un tel souk dans la boutique l’aut’ fois, que tous, là, sont calmés à jamais.
– Tu parles de mon arrêt cardiaque ? Tu ne crois pas que je l’avais prémédité, quand même ?
– J’parle de c’qui d’vait être LE grand jour pour Serge, et que t‘as complètement foiré !
– Hé là, un peu trop facile de tout me mettre sur le dos ! Mes revendications étaient légitimes. Tôt ou tard, à continuer comme ça de toute façon le clash était inévitable.
– Ben là, c’est arrivé !… Pi voilà !
– T’es sûre que tu vas bien ? Après ce gros plantage, tu devrais être en colère, me maudire, et avoir plein d’arguments pour me demander de dégager ? T’abandonnes ?
– Les temps changent Aléïc, et les gens avec !
– C’est donc si grave que ça, ce qu’il s’est passé au labo ? Tu es flippante là, avec ton étrangeté comportementale !
– L’bilan top déprime, c’est qu’Serge va d’voir rendre les platines, faute de financement. Ma mère perd tout espoir de se rabibocher avec son mari. Toi, on n’sait pas ! Et moi…
– Toi ??
– Moi, j’viens d’apprendre qui j’suis, ou plutôt… qui j’aurais dû être… mais que j’suis quand même !
– Version décryptée ? Toi aussi, tu as un problème d’identité ?
– En clair, j’suis bien la fille de ma mère… Mais je n’suis pas née… On était deux dans son ventre, mais il a fallu que j’cède la place pour l’aut’. Et devine quoi ?
– Qu… Je n’en sais rien, on t’a proposé un deal ?
– Même pas ! À c’t’âge-là, on t’demande rarement ton avis ! L’autre, c’était Calie. Calie est ma sœur jumelle. Triste histoire pour ma mère, à nous deux, nous n’avons vécu qu’douze ans ! Après, comment n’pas douter d’avoir fait l’bon choix en l’ayant choisie elle, et pas moi !
– Hey, positive, tu as une sœur, c’est énorme, non ? Et puis, tu n’es plus l’invention de ta mère, tu peux enfin te détacher d’elle maintenant, et aller explorer ailleurs ?
– Ailleurs où ? J’ai bien peur qu’tout l’monde ici moisisse dans sa propre prison. Toi et Calie dans cette chambre d’hôpital, moi c’est dans la tête de ma mère ! Et j’suis pas prête d’en sortir ! Tu penses vraiment qu’un paradis existe, pour des gens comme moi, qui n’ont même pas eu d’vie terrestre ?
– Je crois ce que je vois, et après la mort, il m’a été permis d’observer que le chemin continue ! Mon corps visiblement est en état de mort cérébrale, pendant l’expé il était même en arrêt cardiaque, plus mort que ça tu ne peux pas. Et pourtant, pendant cet instant, je discutais comme si de rien avec Calie. Le paradis existe peut-être, mais pour y arriver, on a sans doute des trucs à accomplir avant. C’est l’hypothèse pour moi, qui m’aide à comprendre ce que je fous là. Comme là par exemple, Calie me demande de lui écrire une histoire qui l’aiderait, elle et son père, à faire la paix. C’est complètement dingue, mais rien n’arrive par hasard. Alors j’imagine que nous sommes tous embringués dans une grosse affaire, dont les tenants et aboutissants nous échappent, mais dans laquelle chacun de nous a un rôle à jouer !
– C’est beau c’que tu dis. Mais si tout s’affiche aussi clairement dans ton esprit, dans l’mien c’est l’brouillard complet, avec visibilité zéro centimètre !
– Avec tout ce qu’on m’a rentré de force dans le crâne, j’ai de quoi lui écrire son histoire, à Calie. Mais pour ça, elle et son père vont devoir communiquer. C’est là que toi et ta mère intervenez. Calie est ta sœur, pour de vrai, c’est le moment d’enterrer la hache de guerre. Votre famille n’a pas un sérieux besoin de se réassembler ? Tu vois, tout s’emboite. Reste à remotiver Serge. Au point où il en est, c’est un défibrillateur d’enthousiasme dont il a besoin. Tu ne crois pas que ce serait le moment ou jamais de lui balancer la vérité sur le corps de Calie ?
Élise
Cette dernière phrase interrompt net la discussion. Entre savoir ce qu’on doit faire et se l’entendre dire par un autre, l’effet n’est pas du tout le même. Un secret m’a été dérobé et dévoilé au grand jour. Le risque d’une mauvaise réaction de Serge n’est pas à prendre à la légère. Ce serait catastrophique pour la suite de l’aventure. Je n’ai plus d’autre choix que d’accélérer la manœuvre, et de le rencontrer au plus tôt.
Mon corps est réveillé, ma tête, elle, est en manque de caféine et me réclame son premier shoot du matin ! Je troque à regret le canap pour le tabouret bar de la cuisine. Huit heure trente à l’horloge digitale du micro-onde, une sonnerie retentit, c’est le téléphone. Heather réussit cette fois à me faire décrocher. C’est à propos de Aaron, sa maman a appelé le cabinet pour dire qu’il était en panique, et voulait absolument me voir. C’est à propos de Calie, dit-elle. Pleine d’inquiétude à mon tour, je décide de me rendre directement à leur domicile, après avoir découvert qu’à pied nous n’étions pas si éloignés.
Arrivée sur place, je découvre un petit garçon sur le lit de sa chambre, tout recroquevillé, ses grands yeux bleus noyés de larmes. Il ignore pour la première fois ma présence, et son regard est perdu dans le vide. Je tente une première approche, en m’adressant à ce vide que j’essaie de combler avec quelques paroles :
Élise – Aaron
– Aaron, tu es à la maison… ta maman m’a appelée, et je viens d’arriver. Nous sommes en sécurité ici, dans ta chambre… Elle est chouette, dis-moi ! Ensemble rien ne peut nous arriver, tu le sais ? Je vais prendre ta main, et tu vas me raconter ce que tu as vu… Ça a dû être costaud cette fois, pour te mettre dans un tel état…
– Les ailes d’ange, Ma’am, je sais qui c’est…
– Dis-moi alors, car depuis qu’elles me sont apparues, j’appréhende chaque ouverture de porte d’ascenseur…
– C’est Éléonore… Elle est derrière… Elle veut sortir…
– Éléonore ? C’est Calie qui …
– …Non c’est elle… C’est Éléonore ! Le mur qu’elle nous a montré, avec les ailes gravées dessus, c’est une porte… Son corps est juste derrière, allongé, comme si elle dormait. J’ai pu voir son visage, ses mains, ses pieds… ils ne sont pas du tout abimés par le temps. Elle porte une robe blanche, de religieuse on dirait, avec une petite croix qu’elle tient entre ses doigts. Elle doit avoir l’âge de Calie… Son fantôme était debout, à côté, et me regardait, avec un air triste… Elle ne m’a pas parlé, mais je sais qu’elle a peur… peur que Calie parte sans elle. Elle a compris ce qui se prépare pour la faire revenir à la vie. Alors, lorsque Calie aura rejoint sa famille, elle doit penser qu’on l’oubliera. Éléonore, elle, personne ne l’attend, et on va lui enlever sa seule famille, son âme sœur, son amie. Ma’am, faut l’aider. Elle aussi.
Je cède à l’émotion, et serre Aaron contre moi. Libéré du poids de cette nouvelle vision, il éclate en sanglots. Sans m’expliquer cette surprenante maîtrise de mes sentiments après cette annonce foudroyante, je tente calmement de réconforter mon petit protégé.
– C’est une très forte, et très belle amitié qui existe entre Éléonore et Calie. C’est normal qu’elle soit triste de voir partir son amie, non ? Tu pleures pour ça ?
– No Ma’am… Moi aussi j’ai peur… Calie m’a demandé un truc que je ne peux pas faire, je ne sais pas, je ne veux pas, c’est impossible, impossible…
– Si c’est impossible, elle devrait s’en douter un peu, non, tu ne crois pas ?
– Calie pense que son corps, qui refuse de vieillir, retient son âme de partir là où elle veut. Elle me demande alors de lui en trouver une autre, pour… pour si son corps se réveille. Éléonore ne m’a rien demandé, elle. Mais son corps est dans le même état que celui de Calie, prêt à se réveiller. Si c’est ça qui la retient elle aussi, et qu’elle voit s’envoler Calie, elle voudra forcément la suivre… Je vais alors devoir trouver pas une, mais deux âmes pour ça… mais même une seule, c’est impossible ! Il va se passer quoi maintenant, j’ai peur…
– Il va se passer qu’on va parler à Calie, Aaron. Tu vas m’y aider. Je suis sa maman, un enfant écoute toujours sa maman. Tu n’écoutes pas ta maman, toi ? Et puis, je te rappelle que Calie est ton amie. Elle ne te fera jamais de mal, tu le sais ça. Et comme Éléonore est aussi l’amie de Calie, elle n’a aucune raison non plus de te faire du mal !
Deux petits bras autour de ma taille me serrent fort. J’ai réussi à remettre un peu de confiance dans sa vie. Reste à rassurer sa maman qui, les larmes aux yeux, aussi bleus et bouleversants que ceux de son fils, doit commencer à me reprocher d’entrainer son fils dans mes propres affaires. Arrivée au boulot, tout est confus dans ma tête. Je n’arrive plus à prioriser, tout est important. Et puis cette révélation, à propos du corps intact de cette petite Éléonore… Il faut que j’en parle à Josh, il aura peut-être une explication, lui. Et aussi, comment allons-nous le trouver, ce fameux mur/porte sur lequel figurent des ailes d’ange ?
Hope – Élise
– Des ténèbres je survivrai
D’l’oubli ’réapparaitrai
Ma vie bercée d’injustices
Là où il n’y a pas d’police
J’cherche mais j’ne trouve pas ma place
Qu’importe la peine que ça m’fasse
Tout l’monde s’en fout bien d’ma gueule
J’dois m’construire même si j’suis seule
Des ténèbres je survivrai
D’l’oubli j’réapparaitrai
– C’est ta revanche mon ange, là, que tu m’annonces ?
– C’est cette Éléonore qui m’inspire ! Quel sale coup d’la vie lui est-il arrivé, pour s’être brulé les ailes, avant même son ascension au ciel. Quelle malédiction pèse sur son corps pour n’pas s’être décomposé depuis tant d’années ?
– Je n’en sais rien ma chérie, mais une chose est certaine, Calie vouait son amitié à une véritable personne. Tout comme toi, Éléonore n’est pas un personnage imaginaire. Ça aussi, ce serait bien que Serge le sache.
– Alors t’es prête, pour l’grand déballage ?
– Non, mais je n’ai plus le choix ! Je l’appelle… Ce soir, promis.
22h00 une promesse est une promesse !…
Élise – Serge
– Allo ?
– Serge ? C’est Lise.
– Lise ? Heureux de t’entendre, mes insomnies sont interminables, merci d’en rompre la monotonie !
– Mince, ah oui le décalage… 4h00, tu ne dormais pas ? Ça va ?
– Je lisais, enfin j’essayais… Qu’est-ce qui t’amène à cette heure, pas les impôts, rassure-moi ? Tu as vu autre chose dans le labo, c’est ça ? Des nouvelles de Calie ?
– Non, oui, j’ai des choses à te dire, des choses importantes… qui pourraient te…
– …Lise, je suis au bout du rouleau, là ! Plus rien ne peut m’atteindre. Tous mes projets sont en ruines. Pire que ça, je perds la foi, je suis fatigué, je n’ai plus envie. Alors vas-y, quoi que ce soit, je suis prêt !
– C’est à propos de Calie… Écoute, je sais c’est dur, mais… tu te rappelles de cette Éléonore dont elle parlait tout le temps ?
– … ! Oui, on en a déjà parlé mille fois ! Une amie imaginaire…
– Non, Serge. Elle existe. Elle a existé. Et son corps est caché quelque part à Saint Camille. Calie pouvait lui parler… depuis l’au-delà. Elle n’a jamais été une invention de son esprit.
– Et ça change quoi ? Cette fille, imaginaire ou pas, a bien persuadé notre enfant de refuser de se soigner. Elle l’a conduite à…
– …Serge, écoute-moi. Cette petite n’est pas responsable de notre malheur. Et chose extraordinaire, par je ne sais quel miracle, son corps serait dans un parfait état de conservation… Puis ce n’est pas tout. Le corps de Calie est lui aussi à Saint Camille. Il est tout aussi intact… J’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il soit préservé.
– Quoi ?! Où ça ? Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ? Pourquoi m’as-tu laissé croire…
– …C’était compliqué. Tu étais effondré, injoignable. J’étais seule pour prendre cette décision. Tu étais où ?… On m’a proposé un protocole expérimental de conservation. Illégal, mais… prometteur. Seulement la science, aujourd’hui, n’est pas encore en mesure de répondre au fabuleux défi auquel je m’accroche depuis le début… Nous avons préféré garder le silence pour te préserver, espérant que ton virage professionnel allait pouvoir combler ce grand vide qu’a laissé notre petit ange derrière elle.
– Nous ? Ce « Nous » c’est qui ?
– « Nous », ne concerne que deux seules personnes, moi et un ami américain, que tu as plusieurs fois croisé sans jamais avoir pris le temps de le rencontrer vraiment. Il était à Saint Camille ce jour-là, pour un congrès m’a-t-il dit. C’est lui l’artisan de cette aventure. C’est encore lui seul qui connaît l’endroit précis où repose Calie.
– Joshua, Joshua… Cumming ? C’est lui qui m’a remis l’urne ?
– Oui, c’est bien lui. Je lui ai promis de protéger son identité dans cette affaire, ne me trahis pas. Il a transgressé un grand nombre de règles pour sauver le corps de Calie, que je refusais catégoriquement de voir emmener.
– De quel défi parlais-tu il y a un instant ?
– Le protocole… Il y a une réelle chance que ça marche ! Calie est exactement dans le même état que le jour de sa mort. Aucune dégradation biologique… Tu comprends mieux, ce que cela laisse imaginer ? Tu serais prêt à…
– … Prêt ? Lise, c’est ce que j’espérais depuis toujours. Réparer ce qui a été brisé. Tu ne mesures pas ce que ça représente pour moi, pour mes recherches. Tout ça a enfin un sens. Calie est donc là… Elle nous demanderait juste de lui rendre son corps ? On va tout mettre en œuvre pour ça !
– Ne t’emballe pas. Calie et Éléonore ne manifestent aucun signe de vouloir se réapproprier leur corps, pas encore, quand bien même il serait prêt à redémarrer. Ce n’est pas qu’une question de science.
– Alors on les convaincra. Peu importe le temps que ça prendra. Je veux tout savoir. Quelques points sont à considérer, toutefois. Le cadre juridique n’est pas du tout dimensionné à cette affaire. Nous devons désormais protéger ces deux petites miraculées qui n’ont plus aucune existence légale. Je propose d’aller chercher leurs corps seulement lorsque nous serons totalement prêts à les accueillir. En attendant, je ne veux pas savoir où elles se trouvent. J’ai besoin de rester concentré. Peux-tu organiser une rencontre avec le docteur Cumming ? Nous avons du travail en perspective.
– D’accord. Je vous prépare ça.
– Tout ceci annonce donc ton retour ? Tu vas venir, n’est-ce pas ? Le Docteur Cumming aussi, c’est évident ? Quand pensez-vous arriver ? La maison est grande et bien vide, je peux vous loger.
– Je viendrai, je serai là, quoiqu’il m’en coute ! Merci pour l’offre d’hébergement c’est gentil, on a le temps d’en reparler d’ici là. Je vous arrangerai une visio avec Josh, je te tiens au courant. Je dois raccrocher maintenant, j’ai une montagne de paperasse à traiter avant demain. Je t’embrasse, à très vite.
– Oui, à très vite. Merci de m’avoir redonné du cœur à l’ouvrage. Financièrement c’est le chaos. Je vais devoir prendre des mesures drastiques, mais avec un tel objectif, plus rien ne pourra nous arrêter désormais. Courage Lise, ménage tes forces, les jours à venir vont être longs et intenses en émotion. Moi aussi, je t’embrasse.
Je suis épuisée, et le mot est faible. Mais voir Serge à nouveau enthousiaste m’irradie de bonheur. Je me suis libérée de mon plus lourd secret, et nous allons travailler ensemble sur le réveil de Calie. La pertinence de cette entreprise était bien réelle. Mon vœu le plus cher se réalise, enfin…
Hope – Élise
– …Et moi ? Pour moi, rien n’change fondamentalement. J’suis et j’reste l’enfant cachée, l’fœtus d’trop qu’on a offert sur l’autel des sacrifices au dieu d’la médecine, implorant sa clémence pour sauver ma p’tite sœur. Ma non naissance m’a privée d’identité. Toute l’affection qu’j’ai reçue n’m’a jamais été destinée au fond. Mon inexistence, là, m’est agitée sous le nez, et ça fait mal ! R’garde, même Éléonore prend plus de place que moi… J’dois l’annoncer moi-même à Serge, que j’suis sa fille ?
Des ténèbres je survivrai D’l’oubli j’réapparaitrai
– Ma chérie, autorise-moi des paliers de décompression, dans l’ascension de ces montagnes d’émotions. Il n’y a aucune raison de te cacher à ton père, bien au contraire. Autorise-lui seulement un peu de temps pour digérer déjà tout ça !
– Dix-neuf ans, c’est assez « un peu d’temps », pour toi, ça ? T’crois pas qu’il a l’transit émotionnel un peu lent, là ?
– Je lui envoie un mail là maintenant, ça te va ? Nous sommes toutes et tous acteurs dorénavant de ce projet fou, qui peut véritablement aller bien au-delà d’une grande découverte scientifique. Ensemble, nous devons faire en sorte que cette aventure aboutisse et si possible, en évitant de tous se déchirer. Les enjeux sont considérables, pour nous, mais aussi pour l’avenir de l’humanité. J’ai besoin de toi Hope, plus que jamais. Soyons amies, écrivons ensemble une belle histoire de retrouvailles familiales. Je t’aime ma chérie… Vraiment, vraiment