À Saint Camille, Aléïc assiste, impuissant, à la mort officielle de son amie, Aisha Murmu. Serge et Josh lancent un protocole expérimental pour tenter de la maintenir en “standby” dans une crypte. Épuisé et bouleversé, Aléïc participe malgré ses doutes à la préparation du corps, recouvert sous une cloche de verre, dans l’espoir impossible d’un retour à la vie. Au matin, l’arrivée de Roxanne et de Néha force Aléïc à protéger leur innocence en gardant le secret, tandis qu’il reste suspendu entre fatigue, culpabilité et espoir fragile.

Saint Camille 2:07 am – Heure officielle constatée du décès de Mlle Aisha Murmu.
Aléïc
Aucun certificat ne sera enregistré à l’état civil français. La mort d’un sans papier ne rentre dans aucune statistique. Il n’a tout au plus d’importance, qu’une ou deux lignes dans la rubrique des faits divers d’un journal local.
Mes yeux sont rougis par la fatigue, mais surtout par une immense peine. Aisha était celle pour qui j’aurais donné ma vie… Celle qui méritait de vivre, plus que moi. Elle m’a sauvé, elle. Elle venait tout juste de donner un sens à ma vie… Elle… que je n’ai pas pu sauver !…
Je regarde Serge, pour qui cet événement ne semble pas l’affecter outre mesure. Il est complètement absorbé par ses écrans de données médicales. Il est encore en communication avec Josh, à Chicago. Lui non plus n’a pas relevé l’information pourtant capitale de la mort de Aisha.
Je suis déjà revenu du royaume des morts, ici même, mais les conditions étaient différentes. Puis il y a eu Alice… et Léonie, les numéros 2 et 3. Josh et Serge doivent être branchés sur ce même protocole. Veulent-ils faire de Aisha la numéro 4 ?
Serge ne parle pas. Il affiche le visage inexpressif que je lui connais. Je n’ose pas non plus le déranger : tant qu’il est concentré, un dernier espoir est peut-être permis.
Se sentant peut-être observé, il relève la tête, et m’ordonne :
Serge – Aléïc
- Viens, on la descend.
- Au frigo ?
- Non, imbécile. Plus bas, à la crypte. Prends ces stylos dosimètres, la règle, là, et… ce marqueur !
- Et Néha ? Elle s’est endormie sur le fauteuil ?
- Ah, oui… On va l’allonger sur ce brancard-ci, plus près du sol. Avec un oreiller et une couverture ce sera plus confortable. On ne devrait pas en avoir pour très longtemps. Une demie heure, tout au plus…
On installe Néha, et je récupère le matériel demandé. Je me retiens de poser la question : « pour quoi faire ? ». Lui, se permet quelques bribes d’explication.
- On va la stabiliser dans un premier temps
- Elle ne l’est pas, là ?
- Je parle de la dégradation organique !…
- Et après ?
- On attend Josh, et…
- Et ?
- On doit trouver un donneur compatible de moelle osseuse. Elle doit refabriquer des globules rouges toute seule, tu comprends ?
- Presque !
On arrive à la crypte
- On va la poser sur l’autel, là. Il y a encore quelques mois… C’était Calie qui était à sa place. Aléïc, tout n’est pas fini.
- Le donneur ? Où va-t-on le trouver ? Tu es peut-être médecin, mais ce qu’on fait là… ne ressemble en rien à de la médecine traditionnelle.
- Une chose après l’autre ! Accroche ton stylo dosimètre à ta chemise. On doit surveiller notre exposition aux radiations. Sous l’autel, il y a une boite en plomb. Tu la vois ?
- Oui ?
- Tire là, et ouvre-là seulement quand je te le dirai.
- Ok…
- À partir d’une photo du corps d’Aisha, Josh a pu établir une cartographie de ses principaux méridiens. Sur les points rouges représentés à l’écran, on va venir coller des patchs. Précisément ceux contenus dans la boîte en plomb.
- Ils ont quoi de spéciaux ces patchs ?
- Ils sont radioactifs, d’où l’appareil que tu portes à la chemise. Tu as le marqueur, la règle ?
- Oui ?
- Alors, à toi de dessiner et repérer ces points rouges sur le corps de ta chérie…
- Ma quoi ?
- Allez, concentre- toi. Une fois fini je demande confirmation à Josh, et on la patche.
Aléïc
Josh a validé notre travail. Nous recouvrons Aisha d’une sorte de grosse cloche de verre à la dimension de l’autel. Elle doit peser une tonne… pas moins ! Nous vérifions notre exposition aux radiations. Puis… on reste là, tous les deux, figés. On regarde Aisha dans son cercueil de verre, belle, lumineuse. On ne pense à rien d’autre. La fatigue a dû dompter l’émotion. Je me sens las, ni triste, ni fier de ce que nous venons d’accomplir.
Je veux juste rejoindre Néha maintenant, et tenter de me reposer un peu.
9 :15 am
Aléïc
Ça sonne à la porte… Je me suis endormi sur le fauteuil. Serge dort à même le sol, avec une couverture en guise d’oreiller. La pièce est digne d’un film d’horreur. Le brancard tâché de sang, les habits de Aisha par terre, certains découpés aux ciseaux et tâchés également. Son beau manteau blanc en laine… maculé de sang.
Néha se lève, et telle une somnambule se dirige vers la porte. J’entends une voix, des pleurs… et des pas qui avancent dans le couloir. Je sors de la pièce précipitamment… C’est Roxanne, Neha en pleur dans ses bras…
Aléïc – Roxanne
- Roxanne, non… Ne va pas plus loin.
- Qu’est-il arrivé à Aisha, dis-moi…
- Un accident. Une voiture l’a renversée. C’est grave. Elle est inconsciente, mais on s’en occupe.
- Vous vous en occupez comment ? Néha m’a dit qu’elle était morte ?…
- Non, oui… Mais un cœur peut s’arrêter… sans que forcément tout soit fini. C’est compliqué. Je ne peux pas tout te raconter maintenant. Serge a besoin de moi. Maintenant. Aisha a besoin de nous. On fait tout pour la sauver, crois-moi. Emmène Néha… Ça vaut beaucoup mieux pour elle. Elle ne peut pas tout comprendre, et on ne peut pas vraiment s’en occuper non plus.
- Mais…
- S’il te plait, Roxanne… C’est… la vie d’Aisha qui est en jeu.
Aléïc
Roxanne repart avec Néha. Je prendrai de leurs nouvelles plus tard, quand je retoucherai de nouveau terre ! Il y a du nettoyage, et certainement une organisation à mettre en place. Je me rassois sur le fauteuil, sans réveiller Serge !