Un malentendu pousse Florence à accuser violemment Roxanne. Brisée psychologiquement, Roxanne prend la fuite. Retrouvée quelques heures après chez une amie, la vérité éclate. La confusion entre amour et préjugés fait naître une rivalité insoutenable entre Florence et Roxanne…

Dan attend Roxanne, partie à Saint Camille assister au projet fou d’Aléïc, d’aller chercher Aisha dans l’au-delà. Il est tard. Il est sans nouvelle, et tourne en rond. Lui non plus n’approuvait pas cette initiative hasardeuse de science fiction. Mais par ailleurs, il sait que Saint Camille recèle de secrets dont il n’a pas vraiment envie de connaître.
Soudain, il entend une voiture enfin se garer devant chez lui, il regarde par la fenêtre. Les phares restent allumés. La portière arrière côté trottoir s’ouvre, quelqu’un descend. Puis la portière claque, la voiture repart. Roxanne passe le petit portail, elle n’a pas l’air bien. Dan lui ouvre la porte, elle se jette dans ses bras…
Roxanne – Dan
- Papa… Serre-moi fort…
- Il… il n’est pas revenu ?
Roxanne est encore choquée par ce qu’elle a vu. Cela lui restera gravé à jamais. Serge et Josh ont accepté et réalisé l’idée d’Aléïc. Visiblement, quelque chose a dérapé. Moitié en pleur, elle tente de répondre à Dan…
- Ché pas… Il dort… Mais il n’a toujours pas rouvert les yeux… Je suis partie avant.
- Si Serge t’a laissée partir, ma chérie, c’est qu’il pense que tout est sous contrôle…
- …Papa…
- Quoi, mon ange ?
- J’ai voulu qu’il meurt, pour de vrai…
- …Tu étais en colère ? L’émotion… Elle te fait dire n’importe quoi des fois !
Roxanne éclate en sanglots
- Il… il ne voulait pas revenir… même en tirant sur la ficelle… il voulait partir avec Aisha… Je… je le déteste…
- Avant de le détester… Attends au moins qu’il te raconte. La route du retour, elle était peut-être mal indiquée ?
- C’est quand je lui ai dit « Crève », qu’il avait volé la mère de Néha, et que maintenant il l’abandonne égoïstement, comme je l’ai été… que timidement, son cœur est reparti… Son cœur… il n’est pas aussi beau que le tien… Papa.
- Tu oublies qu’il a risqué sa vie, par amour… Attends quand même d’entendre sa version. Ce n’est pas un voyage dont on revient facilement… même accroché au bout d’une ficelle.
Roxanne ne répond pas, épuisée. Dan finit par s’asseoir sur le canapé, avec Roxanne dans les bras. Ils restent tous les deux silencieux, comme ça, jusqu’à ce que Dan propose d’aller se coucher.
- Flo a pris ta chambre, avec Néha. Tu vas donc comme…
- …On peut rester là ?
- Pas très confortable… Tu ne crois pas ? Un bon lit ce n’est pas mieux ?
- Je peux dormir avec toi… Papa ?
- Mais…
- …S’il te plait ? Suis encore privée de Néha ce soir… Je ne peux plus dormir seule !
Quelques minutes plus tard, Dan rentre le premier sous la couette puis s’allonge sur le dos. Une fois les dents brossées et en pyjama, Roxanne se glisse à son tour dans le lit, et vient poser sa tête sur l’épaule gauche de Dan. La main de Dan vient lui caresser les cheveux, puis finit par s’arrêter sur son dos. Juste avant que le sommeil les emporte tous les deux, Dan murmure :
- Tu ne m’appelles plus Papa Dan ?
Roxanne garde le silence… La tête toujours posée sur l’épaule de Dan, elle se contente de ramener une main sur son torse, et de se rapprocher encore plus.
Très peu de temps après, le sommeil emporte un père et sa fille.
6h30 – Dehors la nuit s’éclaircit. Néha se lève faire pipi. Puis va jusqu’à la chambre de Florence réveiller Roxanne… Elle revient d’où elle est partie, paniquée et en courant. Elle réveille Florence avec fracas…
Néha – Florence
- Roxanne n’est pas rentrée… Appelle-la avec ton téléphone… Elle est où ? Trouve la…
- Néha… Si elle n’est pas là… C’est qu’elle a dû dormir chez ses amies… Alice et… Léonie…
- Tu peux l’appeler quand même ? C’est l’heure de se lever de toute façon !…
- Mmmm… encore deux minutes ?
- Il est où ton tel ?
- Grrrr… Ok ! Une seconde…
Florence appelle Roxanne en FaceTime… La sonnerie confirme l’appel en cours… Le bruit d’un téléphone qui vibre se fait entendre dans la chambre voisine, celle de Dan. Florence et Néha se regardent. Intriguées, elles décident d’aller voir. Néha, la première, ose ouvrir la porte et se faufiler. Florence du couloir l’observe. Néha s’arrête devant le lit, regarde Florence et d’une voix murmurée lui dit…
Néha – Florence
- Elle est là !…
- Ben réveille la…
- Nan !
- Pourquoi ?
- Elle est dans les bras de Papa Dan !…
- Faudra bien qu’il se lève un jour, lui aussi ! Donne son tel… On va lui régler l’alarme.
Florence règle le téléphone de Roxanne, puis Néha le dépose dans le lit, à côté de sa tête. Leur forfait accompli, elles descendent ensemble préparer le petit déjeuner.
À peine cinq minutes plus tard Roxanne descend à la cuisine. Néha s’empresse de demander des nouvelles…
Néha – Roxanne
- Alors t’as vu Papa hier ? Et Maman ? Il l’a réveillée… Elle est revenue ?
Les yeux encore rougis par la fatigue et la tristesse, Roxanne tente de répondre à sa petite sœur…
- Oui… il est parti la voir… ta maman… Et puis il est revenu…
- Et… C’est tout ?
- Là… Il se repose, car ce genre de voyage… C’est très fatigant.
- Et Maman alors ?
- Oh Néha… Ta maman… Elle va guérir ! Mais ça va encore prendre un peu de temps…
- Mais c’est sûr qu’elle va guérir ?
Roxanne sourit à Néha en guise de réponse, et cherche le soutien de Florence, qui baisse trop vite les yeux…
- C’est quand il a fini de se reposer Papa ? On y va quand, le voir ?
- Après l’école… il a vraiment besoin … de beaucoup de repos là, ma puce.
Roxanne ne comprend pas le regard fuyant de Florence, et son silence inhabituel. Dan arrive enfin. Il salut rapidement les filles, une main sur l’épaule de Florence, une bise dans les cheveux de Roxanne et une carresse sur la joue de Néha. Il s’assoit… et plonge le nez dans son café.
Florence et Roxanne rassemblent leurs affaires pour le collège, sans se parler. Dan prépare Néha pour l’école, sans rien remarquer. Florence et Roxanne sortent de la maison les premières. Dan et Néha, très peu de temps après. Après quelques pas, Florence prend de l’avance sans attendre Roxanne. Roxanne court après elle pour la rattraper, lui pose une main sur l’épaule et lui demande…
Roxanne – Florence
- Attends, il se passe quoi, là ? Qu’est-ce que je t’ai fait ?
Florence la regarde d’un air désabusé, les yeux humides… Hésite, puis lâche brutalement…
- Tu… couches avec mon père !
- Hein ?
Roxanne reçoit cette phrase comme un coup de poignard. Paralysée sur place, sa respiration s’accélère, elle manque d’air. Florence se retourne, et sans d’autre mot reprend le chemin du collège. Elle est déjà loin. Les larmes aux yeux, Roxanne tente de faire quelques pas. Elle ne veut plus continuer. Plus jamais dans cette direction, se dit-elle. La phrase de Florence tourne en boucle dans sa tête. Tant d’atrocités que des yeux d’enfants n’auraient pas dû voir durant son long et périlleux voyage, giflent sa mémoire. Elle se revoit seule, abandonnée, désespérée, au bord de cette voie ferrée avant que Florence ne la découvre. Elle ne comprend pas… ne veux pas comprendre… Elle fait demi-tour, marche droit devant, lève la tête et demande au ciel un chemin à suivre…
10h00 – Le téléphone de Dan vibre sur la table du salon. Il décroche, le regard encore focalisé sur son écran d’ordinateur.
- Monsieur Volti ?
- Lui-même ?
- Le collège Jacques Prévert au téléphone, Mme Blasco de la vie scolaire. C’était pour vous signaler que Roxanne ne s’est pas présentée en cours de maths ce matin à 8 heures. Est-elle malade ?
- Heu… non… Elle est partie comme d’habitude…
- Ah ! Eh bien dans ce cas, elle est considérée en absence irrégulière. Lorsqu’elle se représentera au collège, il lui faudra un mot de votre part…
Dan se redresse sur sa chaise. L’angoisse le saisit.
- Attendez… Vous m’annoncez que ma fille a disparu et…
- …Ne vous alarmez pas trop vite, Monsieur Volti. Les élèves sèchent les cours bien plus souvent qu’on ne le croit. J’en suis à mon troisième appel ce matin. Au revoir Monsieur Volti…
- Mais la responsabilité de l’établissement ne se limite tout de même pas à se contenter de faire l’appel le matin ?
- Je ne suis pas titulaire du poste, Monsieur, je vais passer une annonce au micro et demander à l’infirmerie, on ne sait jamais. Je vous rappelle si on la trouve.
- Oui, faites ça… Merci !
Énervé, Dan cherche dans son téléphone le contact WhatsApp de Roxanne… Il cherche encore… et s’aperçoit avec stupeur qu’il n’y figure pas. Il sait qu’elle ne quitte plus son téléphone, même si elle ne l’utilise qu’en WIFI. Il regrette à présent d’avoir trainé pour lui payer un forfait téléphone. Il se mord les lèvres. Dans la panique, il envoie un texto à Florence…
- Flo – C’est Papa, appelle-moi de toute urgence…
A peine deux minutes plus tard, Florence appelle Dan.
Florence – Dan
- C’est quoi l’urgence ? Je suis en cours, là !
- Roxanne a disparu. Vous êtes bien arrivées ensemble au collège ce matin ?
- Roxanne ? Disparue ?…
Florence répond par un silence
- Allo, Florence ? Tu réponds ?
- …Nous nous sommes disputées… J’ai continué toute seule. Je… je n’ai pas regardé derrière si elle suivait.
- Mais Flo… en à peine quinze minutes, on a le temps de se disputer sur quoi de si important ?
Florence ne répond pas, et cherche ses mots avant de répondre à son père.
- Je sais pas où elle est… Va voir à Saint Camille… Elle y est sans doute, c’est sa deuxième maison maintenant !
- Oui, c’est une bonne idée, ça… Préviens-moi si tu as des nouvelles en attendant… à ce soir ma puce, merci.
Mal à l’aise, sentant son estomac se nouer, Florence répond d’une voix presque inaudible.
- Ouais !
10h45 – Après avoir marché vite, Dan arrive à Saint Camille. Un peu essoufflé il sonne directement à la porte d’entrée. Quelques secondes après, la porte s’ouvre, avec l’allure d’un zombi Aléïc apparaît derrière.
- Vous… vous êtes vivants ?
Aléïc, les poches sous les yeux, sourit.
- Depuis seulement… Quelques heures maintenant… oui !
- J’ai… Je… Enfin je ne viens pas pour ça… Roxanne a disparu, je la cherche partout. Elle ne s’est pas présentée au collège ce matin. Vous auriez une idée ?
- Elle vous a raconté, pour hier soir ?
- Oui… Enfin… Pas vraiment… Mais, elle vous déteste maintenant… Donc finalement, Saint Camille ce n’était peut-être pas le meilleur endroit pour la chercher !
Aléïc baisse la tête, et semble comprendre la réaction de Roxanne.
- Dan… Ce sont ses mots qui m’ont fait revenir… En quelque sorte, elle m’a sauvé… et sans doute Aisha avec.
- Comment ça ?
- Elle a cru… Je vous expliquerai en route… J’enfile une paire de chaussures, j’arrive… J’ai peut-être une idée…
Aléïc emmène Dan jusqu’à l’accès extérieur de la grotte, l’endroit dans lequel se cache encore la communauté de Roxanne. Dan est nerveux, et pas très rassuré par l’aspect du lieu, et par ce qu’il va y découvrir. Ensemble, ils entament la descente. Dan sent cette odeur de terre humide et de chantier qui caractérise ce genre d’endroit. La température se rafraichit. L’humidité sur les murs est visible. Aléïc ouvre une porte dont il a gardé une clé. Dan découvre une grande cavité aménagée et éclairée. Un vieil homme, les ayant entendu entrer, avance vers eux.
Aléïc – Dan – Ramesh
- Ramesh, je te présente le… père de Roxanne : Daniel Volti. Dan, Ramesh, l’oncle de Roxanne.
- Bonjour Monsieur Ramesh, Roxanne m’a beaucoup parlé de vous…
- Daniel Volti, je suis heureux de vous connaître, enfin. Vous avez offert à Roxanne, ce que nous ne pouvions plus aujourd’hui lui apporter. Elle le méritait… Elle vous méritait ! Et comment ça se passe avec Florence ?
Surpris qu’il puisse connaître le prénom de son autre Fille, Dan cherche ses mots… Aléïc intervient, et rompt les amabilités.
- Ramesh, Roxanne a disparu… Je pensais qu’avec ton réseau d’informateurs, tu pourrais…
- Aléïc… mon fils, il faut que tu vives avec ton temps !… Laisse-moi une minute.
Dan scrute les visages autour de lui. Pendant un instant, il croit reconnaître celui de Roxanne.
Ramesh s’assoit devant un ordinateur, dont l’écran affiche encore les marchés financiers indiens. Une nouvelle page s’ouvre. Une carte apparaît.
- Où en es-tu avec Saint Camille, fils ?
- À treize jours du couperet final !
Dans une petite fenêtre contextuelle, Ramesh tape du code informatique. Soudain un rond apparaît à l’écran, puis se réduit lentement, jusqu’à pointer un endroit précis sur une carte.
- Et Aisha ?
- Elle… C’est mieux… Je veux dire… Il y a de vraies raisons d’espérer maintenant…
L’imprimante se met en marche. Ramesh tire la feuille imprimée, et la remet fièrement à Dan. Voilà, Roxanne n’a pas bougé depuis près d’une heure. Elle est à cette adresse.
- Quelle magie est capable d’une telle prouesse, Monsieur Ramesh ?
- Celle de la téléphonie mobile, Daniel Volti ! Rien n’est plus simple de nos jours, que de tracer un téléphone portable. Enfin… d’autant plus avec l’aide de quelques complicités…
- Comment vous remercier Monsieur Ramesh…
- Prenez soin de Roxanne, et… Aimez là ! C’est… le plus beau cadeau à lui faire. Elle est si… sensible… intelligente… Son avenir, il ne pouvait plus attendre…
- Elle vous en veut… Mais… Je crois maintenant comprendre votre message Monsieur Ramesh… Elle le comprendra, elle aussi… Plus tard. Mais… Il y a une chose dont elle ne peut résolument pas se défaire…
- Oui ?
- Sa mère… Roxanne est prête à tout pour la retrouver… vraiment à tout. Ça la fragilise, terriblement !
Ramesh baisse la tête, pensif. Dan et Aléïc s’apprêtent à repartir. Ramesh les rappelle.
Ramesh
- Daniel Volti ?
- Oui ?
- Awira, sa maman, elle me l’a confiée. Les apparences… Elles ne révèlent pas toujours la réalité. L’adresse… C’est chez Melissa Joubert, une amie de Roxanne…
- Merci…
- Une dernière chose, Daniel Volti…
- Oui ?
- Le téléphone de Roxanne… Je l’ai donné à cette Mélissa Joubert, pour qu’elle l’offre à Roxanne, comme un cadeau… Même lorsqu’elle le croit éteint, il est géolocalisable !
11h30 – Aléïc et Dan arrivent à l’adresse de Melissa Joubert. C’est un porche qui donne sur une petite cour d’immeuble, et sous lequel une série de boîtes aux lettres en bois sont accrochées. Sur l’une d’elle figure : « Mme et Melissa Joubert », mais sans préciser le numéro ni l’étage… Aléïc marche jusqu’au milieu de la cour, et appelle Mélissa. Dan gêné, reste en retrait et observe les fenêtres. Une vieille dame ouvre sa fenêtre et demande : « Vous cherchez qui ? ». Au même moment une porte au rez de chaussée s’ouvre, une jeune fille sort.
Mélissa – Dan
- Je suis Mélissa… Arrêtez votre raffut ! Vous allez nous mettre mal avec tous les voisins. Vous voulez quoi ?
- Je suis le père de Roxanne…
- Ah ! Elle est là… mais… pas bien du tout ! Alors si c’est pour la chahuter encore plus, vous pouvez repartir !
- Elle s’est disputée avec sa sœur. Ce doit être grave… Roxanne aime beaucoup l’école… j’aimerais comprendre, avant que ça n’aille plus loin…
- Bon, alors… Entrez…
Dan et Aléïc entrent et découvre un salon, bien rangé, avec une dame sur un fauteuil avec des mots croisés, et Roxanne, recroquevillée sur le canapé.
Dan – Mélissa
- Bonjour Madame…
- Ma mère est… dans son monde ! Elle vous répondra… peut-être plus tard.
Dan évalue rapidement la taille de l’appartement. C’est petit, un salon, une chambre… Peut-être deux.
Aléïc s’approche de la dame, s’accroupit à sa hauteur, et pose sa main sur la sienne… Dan se dirige vers Roxanne, et s’assoit à côté d’elle. Restée debout, Mélissa observe la scène, à la fois surprise, et gênée de recevoir des inconnus, ici, chez elle.
- Roxanne, tu nous as fait si peur…
Dan tente d’approcher une main vers son épaule, mais Roxanne esquive.
- Tu peux nous expliquer ? Avec Florence, c’est quoi cette dispute ?
La vieille dame pose ses mots croisés, sourit à Aléïc, puis s’adresse à sa fille.
- Tu ne leur proposerais pas du café, à ces gens-là, Méli ?
Mélissa – Aléïc
- Vous alors ! Vous avez de la magie dans vos mains… Vous… Je fais du café pour tout le monde ?
- On est chacun un peu dans son propre monde… Faut juste parfois… Trouver les bonnes passerelles.
Roxanne s’enferme encore plus dans son mutisme. Dan insiste. Aléïc attend le bon moment.
Dan – Mélissa
- Ta dispute avec Flo, c’est ce qui t’as mise dans cet état ?
- Elle ne m’a rien dit de ce qu’il s’est passé… Je l’ai trouvée assise au bord du trottoir… J’ai cru à une agression, mais je ne crois pas. J’ai séché les cours ce matin, pour la ramener à la maison…
- Merci beaucoup Melissa… Je te ferai un mot aussi pour toi pour…
- …Vous nous avez trouvés comment ?
- Son téléphone…
- Mais c’est impossible, elle l’avait éteint. Je voulais qu’elle vous prévienne, mais…
- C’est le téléphone que… tu lui as offert ?
Mélissa rougit et regarde Roxanne d’un air coupable… Aléïc sauve la situation en intervenant…
- Il y a des app qui tracent un tel… même éteint !
Mélissa remercie Aléïc du regard… D’une toute petite voix Roxanne sort de son silence.
Roxanne – Dan
- Je veux retourner vivre avec Ramesh et les autres…
- Et pourquoi ?
- On peut vivre avec… des traumatismes… pas avec des préjugés…
Les larmes coulent à nouveau sur les joues de Roxanne.
- Ma Roxi, dis-moi ce qu’il s’est passé avec Flo ce matin. Faut que j’aille la cuisiner, elle aussi ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit d’aussi blessant ?
- Je… Je me suis mal conduite ! Pardon… Dis-lui pardon pour moi… Tout ça c’est ma faute…
- Mon cœur… On peut rembobiner le film, là ?
Mélissa arrive avec une cafetière remplie. Elle ouvre le placard pour prendre des tasses sous le regard bienveillant de sa mère.
- Et tu n’oublieras pas les petits gâteaux Méli ?
- Heu… ceux-là maman, mieux vaut pas… Ils ont cent ans !
Aléïc sourit, et pense au marc qui tapisse en permanence le fond de sa cafetière. Roxanne triture nerveusement la couture en relief de l’accoudoir du canapé. Dan reprend.
- Alors mon cœur, à partir de quand ça a dérapé ?
- J’ai… Couché avec toi !
- Quoi ?
Mélissa tourne la tête, et dévisage Dan d’un air accusateur… Dan est sonné… Il répond au regard méprisant de Mélissa, par un air d’innocent accusé à tort.
- Tu voulais dormir dans mon lit, ma Roxinnette, parce que Flo t’avait piqué Néha… Dormir, pas coucher ! Tu as dormi mon cœur… Les mots… peuvent tout changer, tu sais ?
- Comment… Et moi, avec Néha, je couche aussi ?
- Non, c’est différent. Vous, vous êtes des enfants…
- Nan, c’est pas différent… Hier j’étais avec toi, comme Néha avec moi. Elle a besoin d’amour, elle. Comme moi… Et qu’on le lui montre, qu’elle le sente… Elle se blottit contre moi tous les soir. Elle veut ma main sur son ventre… C’est le rituel… Et c’est tellement agréable aussi de donner… Tous ceux qui pensent à mal sont des débilos… Florence, je la déteste !!!
- Ce que tu décris là, c’est de l’affection, Roxi… Une très belle amitié qui vous réunit.
- Nan c’est de l’amour… Et je vais pas me priver de dire « je t’aime Néha ! » Jamais… Mais c’est complètement débile… Tu me vois lui dire je t’affectionne mon cœur ? Pire, je « t’amitie beaucoup ! » Ce sont les gens comme Flo qui ont de la m… dans leurs sentiments, qui pourrissent l’humanité et qui finissent par monter tout le monde les uns contre autres. Plus personne n’ose aimer vraiment… Dans ce monde, c’est interdit. La société est complètement conne. On tolère beaucoup plus la haine que l’amour…
Maman de Mélissa
- Vous avez dit un gros mot jeune fille, mais vous avez terriblement raison !
Mélissa sourit, prend une chaise, s’assoit à côté de sa maman, puis lui prend la main.
Aléïc se lève, se déplace jusqu’à l’accoudoir du canapé, puis s’accroupit au niveau de Roxanne.
Aléïc – Roxanne
- Heureusement qu’il y a des gens comme toi, Roxanne ! Pour prévenir les gens qui ne regardent pas là où il faut, et dire que la réalité est parfois… bien différente de ce que l’on voit !
- Tu te cherches des excuses, pour hier ? Tu voulais fuir… tes nouvelles responsabilités ?
- Je suis là maintenant, avec toi ! Et toi, tu veux rester dans cette colère ? Tu détestes Flo parce qu’elle t’a dit quelque chose… à propos d’un truc qu’elle croit avoir vu ! Un peu sévère, non ? Vous allez rester fâchées longtemps sur un malentendu ?
- Qu’est-ce qui t’a fait revenir, hier ?
- Hier… Aisha partait trop loin… comme emportée par un courant auquel elle ne pouvait pas résister. Il fallait que je nage jusqu’à elle, pour lui donner la force de revenir… de tenir le coup… le temps que les secours viennent la chercher, pour de bon. J’étais emporté moi aussi. Mais, ce n’est pas la culpabilité qui m’a donné la force de revenir. C’est la colère ! Ce que j’ai entendu… Les mots que tu as prononcés… étaient faux… violents, juste à cause d’une mauvaise interprétation… Mais curieusement… ce sont ces mêmes mots qui m’ont sauvé. Tu m’as sauvé Roxanne…
Roxanne se redresse, pour pleurer sur l’épaule d’Aléïc. Dan ose reposer sa main sur Roxanne, que cette fois elle n’esquive pas…
15h45 – Dan a passé l’après-midi avec Roxanne, au parc d’abord, puis à la maison. Ils ont beaucoup parlé. Roxanne a convaincu Aléïc d’aller chercher Néha à l’école cet après-midi, et le plus souvent qu’il peut. Aléïc lui, a encouragé Roxanne d’aller s’expliquer avec Florence, face à face, sans attendre une médiation de Dan.
16h00 – Roxanne attend Florence à la sortie du collège… Elle l’aperçoit, son cœur s’emballe. Florence passe le portail du collège, et s’arrête devant Roxanne qui lui barre le passage. Roxanne s’avance vers Florence, lui pose ses deux mains sur les joues, et l’embrasse sur la bouche. Puis recule d’un pas, en la défiant du regard…
Roxanne
- Tu vas croire quoi maintenant ? Que j’aime les filles ?
Florence les bras ballants ne sais plus comment réagir. Ses oreilles sont rouge vif, les joues prennent également des couleurs. Des larmes apparaissent aux coins de ses yeux… Elle voudrait s’essuyer la bouche mais ne bouge pas. Tout son corps frissonne. Sa pensée se brouille, elle sent qu’elle va perdre connaissance, mais résiste. Elle revient à elle, et plonge son regard dans celui de Roxanne.
Elle y perçoit alors toute sa détresse. Elle mesure soudainement tout le mal qu’elle lui a fait, en une seule et malheureuse phrase… Ce n’est pas ce qu’elle voulait. Son baiser… Elle a compris le message de Roxanne. Elle a compris son erreur, sa jalousie… D’avoir vu une étrangère dans le lit de son père… À son tour elle avance d’un pas vers Roxanne, qui recule, puis s’arrête. Florence tente de lui rendre son baiser, et de l’enlacer. Roxanne recule de nouveau. Florence se fige… Elle se revoit à sa première rencontre avec Roxanne, juste au moment où elle voulait repartir. Sa veste avait suffit à la rassurer ce jour là. Aujourd’hui, le cœur dévasté, elle tombe à genoux, les mains sur le visage. Elle laisse éclater sa tristesse.
Florence – Roxanne
- Je m’en fous de qui tu aimes, tant que tu gardes une petite place pour moi dans ton cœur. Pardon sœurette… Pardon, pardon, pardon…
Touchée, Roxanne relève Florence.
- Flo ?
- Oui, quoi ?
- Je peux appeler Papa Dan, Papa ?
- … On est sœur… Logique, non ? Pourquoi tu n’as pas demandé avant ?
- Je… Je ne voulais pas te voler ton père ! Mais aussi… éviter de m’attacher… si jamais je devais repartir ailleurs… encore…
- On ne te laissera plus jamais partir !
Florence et Roxanne font chacune un pas vers l’autre, et finissent par se jeter l’une et l’autre dans les bras.
- Flo ?
- Tout ce que tu veux ma Roxinnette…
- Tu serres vraiment fort, là… Tu promets de ne plus jamais douter de moi ?
- C’est promis… à une condition…
- Laquelle ?
- Que toi non plus, tu ne doutes jamais de moi…
- Promis… J’crois qu’on peut se lâcher là, maintenant ! Flooo ?
- Mmmm… Encore deux minutes ?