Aléïc se réveille réincarné dans un corps qui n’est pas le sien. Il ignore tout de ses origines. Il découvre qu’il est le produit d’expérimentations scientifiques menées dans un hôpital désaffecté, en banlieue parisienne. Sa mémoire est pleine de souvenirs, tellement précis parfois, qu’il pense forcément empruntés à plusieurs vies. Perdu au milieu d’identités multiples, il n’a qu’une idée en tête, fuir…

Aléïc
Je m’appelle Aléïc. Je suis le fruit de plusieurs mères, mais aucune d’entre elles ne m’a donné ce prénom. Je me suis réveillé il y a quelques jours, dans cette étrange chambre l’hôpital, complètement amnésique. Qui suis je ? Personne n’est en mesure de me le dire ! Ce que je suis ? Rien qui ressemble vraiment à un malade ordinaire… Une expérience scientifique ? Un cobaye humain ? Une seule certitude cependant me taraude l’esprit: ce corps n’est pas le mien. La seule vérité qui pourrait tout expliquer, serait que je suis un être réincarné, avec des bribes de souvenirs de ses vies précédentes !
Ma renaissance a eu lieu à l’hôpital Saint Camille, en banlieue parisienne. Un bien grand mot pour ce bâtiment désaffecté depuis des années. Mon quotidien se déroule principalement dans cette chambre laboratoire, dont je suis, depuis peu, autorisé à quitter pour marcher un peu dans le couloir. Je suis suivi par une équipe de chercheurs à l’éthique douteuse. À leur tête, Serge. Autrefois professeur en médecine, chercheur émérite en neurologie, il a tout quitté après la mort de sa fille, Calie, emportée par une longue maladie. Dévasté sans doute par la culpabilité de n’avoir pas pu la sauver, il s’est lancé à corps perdu dans une quête de l’impossible… Persuadé d’avoir fait une découverte fondamentale, il s’obstine, lui et son équipe, à en tester tous les aspects sur moi.
Grace à moi… ou plutôt, malgré moi, j’ai contribué à la mise au point d’une sombre machine, capable de réveiller les morts… Ce n’est hélas pas de la science fiction. C’est très sérieux. L’idée de départ était de parvenir à régénérer n’importe quel organe du corps humain, à partir de cellules saines déjà présentes dans le corps humains. Sur moi, ils avaient déjà réussi à me relancer le cœur et les poumons. Mon cerveau, était, d’après eux, trop abîmé pour les tests suivants. Alors, en attendant de me réparer, ils ont continués… sur deux malheureuses jeunes filles, décédées toutes deux vers l’âge de douze ans. Et là, un double miracle s’est produit. Leurs deux corps se sont réveillés quasiment simultanément, avec toutes les fonctions vitales viables. Le seul vrai souci, est que l’esprit qui habitait ces deux jeunes filles avant, n’était plus le même après le réveil. Deux nouvelles personnalités habitent désormais ces deux jeunes filles… Quelques semaines après, ce fut mon tour. Mon cerveau était prêt… prêt lui aussi à recevoir une autre entité avec qui, moi aussi, je dois aujourd’hui composer !
Ma mémoire est véritable catalogue de plusieurs vies. Je suis tantôt homme, femme, adulte ou encore adolescent, adolescente… Des souvenirs très précis concernant mes différentes anatomies, mes histoires et mes familles, dépassent toute pathologie psychologique. Je ne présente pas un syndrome de personnalités multiples, c’est plus fort que ça: j’ai volé ces fragments de vie à de véritables personnes. Des volontaires qui se sont prêtés aux expériences ? Des âmes égarées, avec lesquelles je serai revenu de l’au-delà ?
Le corps dans lequel j’habite… a été récupéré à l’assistance publique des hôpitaux de Paris. À l’école de chirurgie, précisément. Tout est légal, et a été fait dans les règles. Seulement maintenant, lorsqu’un cœur déjà refroidi, se remet en route… À quelle existence légale peut-on prétendre ? Est-ce qu’on délivre encore des actes de naissance à l’âge que je semble avoir ? Et qui seraient mes parents déclarés : Serge ? Élise, son épouse ? Josh, son acolyte ? Le souhaite-ils tous vraiment ? Ou ont-il projet une fois que je ne leur servirai plus, de m’éliminer pour protéger la confidentialité de leurs recherches ?
Aujourd’hui, une seule idée m’obsède : fuir ce labo dans lequel ma vie ne pèse pas plus lourd que celle d’un ras de laboratoire…