R20 – L’effet papillon

   Roxanne et Florence s’ouvrent l’une à l’autre sur leurs mères absentes : l’une confiée pour être sauvée, l’autre réellement abandonnée. Elles confrontent leurs blessures et leurs visions du monde, entre exil, injustice sociale et quête de sens. Mais leur complicité prend le dessus : convaincues que leur rencontre n’est pas un hasard, elles se projettent ensemble vers un avenir porteur d’espoir et de force…

Roxanne; Florence

– Florence ? Toi et ton père ne parlez jamais de ta mère… Il lui est arrivé quoi ?

– Il lui est arrivé qu’elle n’est plus là, c’est tout !

– Tu veux pas en parler, c’est ça ?

– Et la tienne, pourquoi elle t’a abandonnée ?

– Elle ne m’a pas abandonnée. Elle m’a confiée… pour me sauver…

– Te sauver ? Prétexte, oui ! Dis plutôt se débarrasser…

– Tu sais quoi de l’exil forcé, toi ? Notre peuple est considéré comme arriéré, parce qu’on vit dans la forêt, qu’on parle à la nature. Et la forêt… on veut nous en chasser, pour l’exploiter, pour l’argent… même pas pour manger !

– Pourquoi t’es partie si loin ? Il n’y avait pas de forêt plus près ?

– En ville nous n’y avons pas notre place… Ça te parle les castes en Inde ? Ce sont d’immenses vitres derrière lesquelles on doit rester. On a tout juste le droit de regarder au travers. La pauvreté a des frontières invisibles que, là-bas, tout le monde respecte. Fallait quitter ce monde injuste, et en trouver un dans lequel on peut marcher, en relevant la tête. Ma mère ne m’a pas abandonnée… Elle m’offre juste l’opportunité de choisir ma vie, comme toi ! 

– Ta mère, au moins, elle t’a montré un chemin pour sortir de la forêt ! Tu sais ce que tu fuis… Moi j’erre dans cette jungle urbaine sans y trouver ma place. Ma mère, elle est partie. Elle devait penser que mon père, qui n’était jamais là, allait assurer… Que sans elle, à la maison, il y aurait moins de disputes, et que ça allait être mieux pour tout le monde… Les adultes oublient trop vite leurs peurs d’enfant. Moi, ma mère, elle m’a clairement abandonnée ! Et j’ai pas choisi ma vie. J’ai pas choisi de vivre non plus. C’est toi qui m’as sauvée… pas l’inverse !

– Nos mamans nous ont conduites l’une vers l’autre, qu’elles en aient eu l’intuition ou pas. Notre rencontre n’est pas un hasard, le ciel nous accompagne sur ce coup. Ensemble, on va réaliser un truc tellement de ouf, que le Nobel de l’humanité va nous être décerné ! Tu vas voir !

– Que les anges du ciel t’entendent… Et surtout, qu’ils se mettent aux boissons énergisantes, s’ils veulent nous voir soulever des montagnes !

– T’as rien compris ma Flor-Ange. T’oublies la force d’un battement d’ailes de papillon. Avec ton Parwana sur la main, ce n’est pas une seule personne à qui tu l’as présenté ton exposé, mais à plus de cent cinquante élèves. Beaucoup ont même filmé. Tu es sur les médias sociaux. Et ton message, il parle désormais à beaucoup plus que cent cinquante personnes…

– Mon père a raison, tu nous es tombée du ciel. À quelques minutes près, j’aurais pu amortir ta chute dans mes bras !

– Hihi, le jour se levait, la visibilité était mauvaise… Le fossé était la meilleure option, pour ne pas risquer de te blesser ! J’y crois tellement aux anges, moi, que quand tu m’as offert ton sandwich la première fois… J’ai bien regardé dans ton dos si tu ne portais pas des ailes. Je t’assure c’est vrai !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut