Roxanne propose à ses camarades de créer une chanson porteuse d’espoir et de tolérance, pour changer les mentalités sans violence. Avec Mahir, Parwana et Dmytro, ils s’unissent autour de l’idée d’exprimer la beauté et la paix à travers la musique. Chacun doit apporter son inspiration personnelle pour leur prochaine rencontre…

Roxanne et ses camarades entrent en cours d’UPE2A (Unité Pédagogique pour Élève Allophone Arrivant). La professeure est déjà assise à son bureau. Roxanne hésite un moment avant d’aller s’assoir, et demande.
Roxanne, Parwana, Mahir et Dmytro
– Madame, s’il vous plaît, je peux dire quelque chose avant de commencer le cours ? C’est important.
– Eh bien, si c’est important, je t’en prie, oui, vas-y.
– Voilà… Notre dernier travail de groupe, c’était une chanson. Une qui révélait… tout ce qu’on avait sur le cœur. On en avait besoin. Mais, Je me suis dit… là, on parle encore de violence, de guerre, de populations malheureuses… Et, j’en ai assez de tout ça… Ici, on vit en paix, et c’est agréable, non ? Faut le dire aussi, ça ! Je veux faire une autre chanson. Comme dit Mahir, les chansons, on les écoute… et elles finissent par calmer les esprits. Je veux dire des trucs positifs, pour faire bouger les choses, changer les mentalités… Dire, regardez autour de vous, c’est beau ! Alors, les invincibles, vous me suivez ?
La professeure laisse passer un silence, puis tente d’introduire le contexte de l’école.
– L’école est un lieu pour apprendre, Roxanne, pas pour passer des messages politiques. Même si ce projet est très intéressant, ce n’est pas le cadre du cours. En revanche, rien ne vous empêche de vous réunir en dehors des cours.
Mahir
– Le collège est notre forteresse, Madame. Il n’y a pas d’autre endroit où nous tous, on peut se réunir… Je veux dire, en séc…
– …J’ai bien compris Mahir… Je vous propose, une heure. Une heure après notre cours, pendant que je corrige des copies. Mais…
– Mais quoi ?
– Considérez ce projet comme une activité extrascolaire sérieuse. Ça veut dire, je vous offre les moyens, vous m’offrez un résultat.
– Vous nous aiderez ?
– Je ne suis ni musicienne, ni militante politique. Je lirai votre texte, lorsqu’il sera écrit. Je vous en ferai une critique constructive. C’est tout ce que je peux vous promettre aujourd’hui.
Roxanne retourne s’asseoir, satisfaite d’avoir été entendue, et remercie d’un sourire sa professeure. Alors que le cours allait commencer, Mahir se lève de sa chaise en regardant Roxanne.
Mahir – Roxanne
Chez nous, au Soudan, c’est la guerre aussi. Mais celle-là, personne n’en parle, même pas à la télé. Je suis clandestin… À la sortie du collège, on vient me chercher, des légaux… Sinon… Qu’est-ce que tu vois de positif à chanter là d’dans Roxanne ?
Roxanne reste assise et répond, en laissant ses mains bouger au rythme de ses mots.
– Ici il n’y a pas de bombe. Pas de soldat dans les rues. Et regarde, même toi tu as un téléphone… Nous sommes tous des citoyens de la planète. Mais les populations entre elles ont oublié de s’aimer. Faut que ça change. La beauté est partout autour de nous… Il faut qu’on s’habille de beauté, nous aussi, pour que les autres nous regardent autrement. On peut le faire, avec un sourire, un regard qui regarde, une musique, des paroles qui claquent. On peut… faire vibrer les cœurs, sans faire peur ni pleurer.
Mahir se rassoit, Parwana se lève, un timide sourire aux lèvres…
Parwana – Roxanne
– Ça demande un effort, ça… Je veux dire, j’ai tellement l’habitude de me taire. Les tal… Je serais heureuse d’offrir ma voix aux oreilles de ceux qui ont un cœur ! Mais, tu veux y mettre quoi dans cette chanson ?
Roxanne tente de répondre en s’efforçant de garder les mains posées sur sa table.
– Je ne sais pas trop quoi encore, mais… j’en veux une joyeuse, pleine d’espoir, aux couleurs de nos émotions. Une qui raconte un monde dans lequel on a envie de vivre… vivre en paix, dans la tolérance et l’harmonie. Un monde dans lequel je peux regarder les gens dans les yeux. Et marcher… sans devoir baisser les miens.
Dmytro reste assis, et illustre le débat avec un souvenir.
Dmytro
– Quand j’étais petit, mon grand-père chantait les mêmes chansons que… celles que ceux qui nous bombardent aujourd’hui, chantent à leurs propres enfants. Une chanson, ça fait vraiment bouger les choses ?
Roxanne bondit de sa chaise, cherche ses mots qu’elle ne trouve pas. La professeure intervient
– Une chanson est une manière douce de transmettre un message, Dmytro. Tu vois, tu te souviens de la chanson de ton grand-père. C’est pour ça que vous êtes là. Les vraies armes pour agir ce sont la connaissance, la compréhension du monde, une bonne expression orale et écrite… C’est avec ces outils que vous pourrez écrire ou chanter vos messages, et transmettre à votre tour. L’école est un privilège de vos plus jeunes années. Elle vous accompagne avec bienveillance jusqu’à l’âge adulte. C’est l’amie qui vous fera grandir ! Vous comprenez ? Des questions ?
Roxanne, restée debout, respire. Elle profite du moment pour donner ses directives.
– Alors voilà le plan. Chacun de notre côté, on va écouter la musique qui nous donne envie de bouger… On va bien regarder autour de nous ce qu’on trouve de beau. Et quand un sourire viendra, on choisira ce moment précis pour écrire tout ce qui nous passe par la tête. Sans se relire, pour garder l’émotion intacte. Et puis la prochaine fois, on partage tout ça et on voit ce que ça donne. Vous êtes OK ?
– Da !
– Aywa…
– Bale, hi hi… Quelqu’un comprend ?
– Moi, oui… Alors faites-vous plaisir, et à très bientôt… Les invincibles !