R22 – Ce que nous pouvons apporter

   Roxanne propose à ses camarades de créer une chanson porteuse d’espoir et de tolérance, pour changer les mentalités sans violence. Avec Mahir, Parwana et Dmytro, ils s’unissent autour de l’idée d’exprimer la beauté et la paix à travers la musique. Chacun doit apporter ses inspirations personnelles pour leur prochaine rencontre…

En cours de UPE2A (Unité Pédagogique pour Élève Allophone Arrivant)

Roxanne, Parwana, Mahir et Dmytro

– Madame, pouvons-nous encore discuter une demi-heure, avant le cours ? J’ai quelque chose à dire. C’est important. Une idée, enfin, plus une proposition, pour agir et ne plus subir. Un truc qui peut faire changer les choses. En douceur, mais vraiment vraiment !

– L’école est un lieu pour apprendre, Roxanne, pas pour passer des messages politiques. Même si ce que tu dis est juste, ce n’est pas l’endroit approprié. Continuez d’apprendre, jeunes gens. Les vraies armes pour agir ce sont la connaissance, la compréhension du monde, une bonne expression orale et écrite… C’est pour ça que vous êtes ici. Et puis l’école est un privilège de vos plus jeunes années. Elle vous accompagne avec bienveillance jusqu’à l’âge adulte. C’est l’amie qui vous fera devenir grand ! Vous comprenez ? Des questions ?

Grand silence

– … Oui, Roxanne ?

– Madame, alors… est-ce que vous pouvez nous aider à écrire notre prochaine chanson ? Même si c’est juste pour l’orthographe.

– Je ne suis qu’une prof de collège, ni musicienne, ni militante politique. Je lirai votre texte, lorsqu’il sera écrit. Je vous en ferai une critique constructive. Peut-être mieux encore. Nous pourrions nous en servir comme support, pour une prochaine leçon ! C’est tout ce que je peux vous promettre aujourd’hui. 

– Le collège est ma forteresse, Madame. Dehors, je… je n’ai pas l’autorisation d’exister, légalement, je veux dire. Est-ce que je peux rester une demi-heure de plus avec mes camarades, après le cours ?

– J’ai quelques copies à corriger… Si je ne suis pas de trop, oui. Nous pourrons partir ensemble, et fermer la salle après.

Deux heures plus tard

– Roxanne, moi aussi je suis clandestin. Chez nous, au Soudan, c’est la guerre aussi. Mais celle-là, on n’en parle pas à la télé. Quand je sors du collège, on vient me chercher, des légaux… Sinon, même à mon âge, je peux être embarqué. Et avec moi, ils retrouvent mes parents, forcément…

– Mahir, nous sommes tous des citoyens de la planète. Partout où nous allons… la nature, elle, elle nous accepte. Le problème c’est pas nous, c’est le regard des autres. Il ne nous voit pas comme il faudrait. Mais ça, on peut le changer… La beauté est partout autour de nous. Nous pouvons nous en revêtir pour changer les choses. Notre look, une musique, des paroles qui claquent… On a les moyens de faire vibrer les cœurs, sans faire peur, ni pleurer. 

– Tu veux écrire une autre chanson ?

– Oui, mais une joyeuse, celle-là. Une pleine d’espoir, aux couleurs de nos émotions. Une qui raconte un monde dans lequel on a envie de vivre… vivre en paix, dans la tolérance et l’harmonie. Un monde dans lequel je peux regarder les gens dans les yeux. Et marcher… sans devoir baisser les miens. 

– Moi, Parwana, l’Afghane que son propre pays veut faire taire… Je serais heureuse d’offrir ma voix aux oreilles de ceux qui ont un cœur ! Je suis partante !

– L’Ukraine aussi… Je ne comprendrai jamais cette haine entre des peuples si proches, qui partagent la même langue, la même culture ! Le souffle de nos voix doit pouvoir écarter les fumées de la guerre, de la colère, puis faire apparaître un coin de ciel bleu. Et puis, j’aimerais tant entendre autre chose que toute cette violence qui bourdonne en permanence, partout dans le monde.

– Alors voilà le plan. Chacun de notre côté, on va écouter la musique qui nous donne envie de bouger… On va mieux regarder autour de nous ce qu’on trouve beau. On va attendre de sentir un sourire venir tout seul, et on va écrire là, à ce moment précis, tout ce qui nous passe par la tête. Sans se relire, pour garder l’émotion intacte. Et puis la prochaine fois, on partage tout ça et on voit ce que ça donne. Vous êtes OK ?

– Da !

– Aywa…

– Bale, hi hi… Quelqu’un comprend ?

– Moi, Indra Soren, oui… Alors faites-vous plaisir, et à très bientôt… Les invincibles !

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