R25 – Intégration

   Roxanne se préoccupe des activités qui pourraient illustrer sa volonté d’intégration, pour son dossier d’adoption. Elle fait part à Florence son envie de servir aux restos du cœur, mais aussi de travailler au sein d’un centre culturel, avec des tout petits…

Florence passe devant la porte entreouverte de la chambre de Roxanne. Elle l’aperçoit assise en tailleur sur le lit, avec son cahier et son stylo à paillettes à la main. Curieuse elle frappe à la porte.

Florence – Roxanne

– Tu fais quoi ?

– Je travaille mon intégration !

– Comment ça ?

– Maintenant que j’ai le droit de me montrer, je dois m’impliquer dans la vie sociale. C’est ce que demande la croix rouge. Pour mon dossier. Elle veut des preuves de… ce que je suis prête à apporter aux autres ici.

– Ah ! Tu prépares un discours, là ?

– Nan ! Juste une liste de possibilités… J’te montre ?

– Ouais.

Florence rejoint Roxanne sur le lit.

– Alors: 

– Distribuer des repas aux Restos du cœur, Secours populaire…

– Tri et rangement à Emmaüs… ça, bof !

– Aide aux devoirs dans une asso locale, mais vu mon âge, pas trop crédible !

– Nettoyer des rivières, ramasser des déchets…

– Je n’ai que des trucs bof…

– Attends, t’aime les bibliothèques ?

– Oui ?

– T’aimes lire des histoires ?

– Ben c’est ce qu’on y fait en général, là-bas ! On lit des histoires.

– J’ai gardé une petite une fois. Je devais aller la chercher le mercredi à la MJC, pas loin de chez nous, en fin d’aprèm. Il y avait des ateliers pour eux. Elle me disait qu’on leur lisait des histoires et en vrai, elle adorait…

– Ça oui, ça me plairait vraiment. Et aussi distribuer des repas, je pense. J’ai connu la faim… Enfant on trouve ça trop injuste. C’est une douleur qui fait autant mal au ventre qu’à l’âme.

Florence se lève d’un bon, et tire Roxanne par la main.

– Viens, on sort. Direction la MJC first, et les restos du cœur après. Il y a une antenne à deux stations de bus d’ici…

En chemin

– Flo, j’ai un autre truc à te demander…

– Tu peux tout me demander, Roxdrannou !

– Pourquoi tu n’as pas de petit copain ? Et… Pourquoi tu n’as pas d’amis garçons ?

– … Je crois que… On pense que… Que j’aime les filles ! Du coup, les garçons, ben ils n’osent pas me draguer !

– Tu aimes les filles ?

– Nan… Si, un peu… Je ne sais pas, j’ai pas envie d’en parler !

– Si dis-moi ! Si il y a un truc dans ton cœur qui bugge, faut en parler… Et moi je suis là ! Tu sais, J’ai vu aussi des choses, moi… que je ne peux pas raconter. J’ai pas l’droit. Même à toi. Ça pèse lourd, là-dedans. Alors ton truc, si ce n’est pas aussi grave, dis-le.

Florence s’arrête net, puis s’appuie contre un poteau d’interdiction de stationner, comme pour reprendre son souffle.

– Je ne sais pas ce que tu as vu, mais j’imagine ! Je n’ai jamais eu quelqu’un avec qui parler de ça… Maman est trop loin. Puis raconter ça à une fille… Elle va tout de suite croire que je la drague, et me catégoriser. Et je me retrouverais encore plus seule au monde.

Roxanne prend immédiatement conscience du poids que pèse le secret de Florence dans son cœur.

– Donne-moi la main, et raconte…

Florence et Roxanne se remettent à marcher.

– Une fille, une fois… Dans les vestiaires, elle m’a coincée sous la douche et embrassée. Je ne voulais pas. J’avais jamais embrassé personne, pas de cette façon… J’ai de l’attirance pour les garçons, mais cette expérience m’a traumatisée. Et en même temps, après coup, j’ai honte de le dire, j’ai aimé ce qu’elle m’a fait. Mais pas sur le moment ! tu comprends ?

– Ce n’est qu’un épisode, pas la fin de l’histoire. Ta vie amoureuse va être belle. Juste… Dans les couloirs du bahut… Arrête de baisser les yeux quand un garçon te regarde !

Roxanne et Florence arrivent à la MJC.

– Et toi, Roxidrou, ton prince, tu l’imagines comment ?

Roxanne sourit d’un air malicieux.

– À cheval… et si le cheval pouvait avoir des ailes, et une crinière arc-en-ciel ce serait encore mieux !

Responsable du centre MJC – Roxanne – Florence

– Bonjour Mesdemoiselles, vous désirez ?

Roxanne réagit comme si elle venait de se faire prendre en traine de voler quelque chose. Son cœur s’embale, sa voix se noue dans sa gorge. Elle hésite un instant, puis trouve rapidement en elle des forces insoupçonnées.

– Bonjour Madame… Ma grande sœur m’a dit que vous cherchiez des volontaires pour animer des activités avec des enfants. Je n’ai pas cours le mercredi… Et je serais très heureuse de donner un peu de mon temps.

– Mais quel âge as-tu jeune fille ? Vois-tu, les activités dont tu parles, sont davantage adressées à des enfants de ton âge. Nous cherchons avant tout des gens avec une qualification genre BAFA, ou en cours de formation à la petite enfance. Ce n’est pas pour toi, tu comprends ?

Roxanne soutient le regard de la responsable, qui semble hésiter entre méfiance et curiosité.

– J’ai presque treize ans. Je ne suis plus une enfant. Même si je n’en suis pas si éloignée. Et c’est pour ça que je suis qualifiée pour m’en occuper… De ma hauteur, je les comprends bien mieux qu’une adulte. J’aime énormément lire… Laissez-moi une chance de partager ma passion avec des tout petits.

– Eh bien, tu as l’air bien motivée… Je dois te demander… Tes parents sont d’accord ? Et… tu es bien française ? Nous avons un règlement qui nous oblige à protéger…

Roxanne voit sa différence lui être jeté au visage. Elle reste sans voix. Florence vole à son secours.

– …Je suis sa grande sœur, et nous sommes inscrites au collège Jacques Prévert, là, juste derrière…

Roxanne sent qu’elle n’a plus rien à perdre, et vide son sac.

– … Non, je ne le suis pas. Et pourtant, voyez, je parle et comprends parfaitement votre langue, que j’adore. Seule ma couleur de peau peut surprendre. Elle s’est assombrie au fil de mes voyages… Car je suis une conteuse, venue d’un pays imaginaire aux mille histoires. On vient de loin pour m’écouter, d’habitude… Mais cette fois, exceptionnellement… C’est moi qui viens à vous. Le rêve, Madame… Le rêve fait partie de la réalité. Il aide à bien grandir, et construit la personnalité. Les histoires d’adultes, de monstres pour effrayer les petits, c’est complètement idiot. Les jeunes ados comme moi savent bien mieux ce qui fait voyager les petits, et donne envie d’interagir dans l’histoire, plutôt que de les voir se cacher, apeurés. J’aime les mots, c’est mon royaume, Madame. J’aime les enfants, aussi, beaucoup. Juste… Une seule fois, s’il vous plait !

– Comment t’appelles-tu… jeune princesse des mots ?

Roxanne, le souffle court, répond d’une voix volontaire et franche.

– Roxanne, Madame…

– Eh bien… Chère Roxanne, demain, reviens avec ton père ou ta mère, et, selon leur accord et un essai, je pourrais te laisser venir le mercredi, de 16h00 jusqu’à l’arrivée des parents vers 17h00. Tu serais animatrice assistante, sous la responsabilité d’un adulte, bien sûr… je ne peux pas te proposer mieux !

– Han !… Merciiii !

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