R42 – Bis repetita

   Roxanne présente Néha à Dan comme sa petite sœur. Elle lui raconte qu’après l’accident et l’absence de sa maman elle n’a plus qu’elle. Dan accepte de l’héberger, mais en rappelant que sa situation devra être éclaircie dans les prochains jours. Bis repetita. Roxanne prend soin de Néha en reproduisant la même bienveillance que Florence lui avait offerte à son arrivée, au geste près...

Roxanne lit une histoire à sa petite sœur.

Comptine du petit loup

Roxanne entre dans la maison en tenant Néha par la main. Elle laisse tomber son sac d’école par terre, dans l’entrée, se déchausse rapidement, et se baisse pour défaire les lacets de Néha. Dan est dans le salon, en train de configurer l’ordinateur que lui a prêté son nouveau travail. Roxanne tire Néha par la main, pour venir la présenter à Dan.

   Roxanne – Dan

  • Papa Dan, on a un gros problème…

Dan relève la tête, regarde Roxanne d’un air inquiet, puis découvre Néha.

  • Roxanne ? Tu n’es pas au Collège ? Et… Tu n’es pas toute seule ?
  • Oui, c’est ça le problème ! C’est Néha… Ma petite sœur. Sa maman est mmm… malade. Très. Genre… dans le coma. Très profond. Il faut qu’on l’héberge quelques temps. Elle peut dormir dans ma chambre, avec moi ?

Dan tente de sourire, et de s’approcher de Néha.

  • Bonjour Néha…

Néha ne répond pas… Fatiguée, affamée, elle se contente de serrer Roxanne par la taille.

  • Sa maman est… Tu veux dire, sa maman à elle ?
  • Néha est autant ma petite sœur que Flo est ma grande sœur. C’est encore plus fort qu’en vrai.
  • Ah, je vois ! Eh bien… Bienvenue jeune fille. Jamais la maison n’aura été aussi… remplie. C’est bien. C’est… vivant !
  • Vivante… La maison ? On a besoin de faire un peu de toilette. Je vais lui montrer la salle de bain…
  • Elle est toute pâle ta petite sœur. Tu ne veux pas lui proposer un truc à grignoter avant, ou à boire ?

Sans desserrer Roxanne, Néha affiche un demi sourire.

Roxanne installe Néha à la table de la cuisine. Elle lui prépare une tranche de brioche avec du Nutella, et un verre de jus d’orange. Malgré la faim qui lui tord le ventre depuis près d’une journée entière, Néha n’ose pas bouger. Roxanne alors se rappelle de son arrivée à la maison, les mots qui ne voulaient pas sortir de sa bouche, et la bienveillance de Florence le premier matin. Elle approche la tartine près de la bouche de Néha, qui timidement croque dedans, puis la saisit à deux mains.

  • Roxanne, il va quand même falloir que tu m’en dises un peu plus sur Néha. On ne peut pas aussi facilement soustraire une enfant à ses parents. Il y a des règles…
  • Néha est comme moi, Papa Dan. Et là, elle n’a plus que moi ! Y a pas à chercher !
  • Roxinnou, Néha va rester là, promis. Mais on doit faire comme pour toi, s’assurer que tout est en ordre. Tu comprends ?
  • Oui… on va appeler Claire ? Et on va l’inscrire à l’école ?
  • Appeler Claire Fitoussi, oui, c’est une excellente idée, ça ! Sauf que… Néha a encore sa maman. Alors, elle n’est pas tout à fait comme toi…
  • Si ! Ma maman est vivante, elle aussi… Oups… Grrrr… Enfin, elle n’est juste, pas à côté !

Roxanne se rapproche de Néha, et lui fait une bise sur sa joue décorée au chocolat… Néha sourit vraiment cette fois.

  • Heu… Roxanne ? Un détail…
  • Ouiii ?
  • Pour le collège, tu comptes y retourner quand ?
  • Je peux être malade ? Deux jours ? Je rattraperai… Et puis je n’ai que des bonnes notes jusque-là. S’il te plaît s’il te plaît s’il te plaît, Papa doudou ?
  • Et ses affaires à Néha, elle doit bien en avoir quelque part ?
  • On ira les chercher demain…
  • Ah ? Elle a donc un chez elle ?
  • Oui… Mais non ! Elle a… un chez eux. Et… sans sa maman, c’est encore moins un chez elle. Tu vois ?
  • Donc, tu sais où elle habite ?
  • Elle n’habite pas… Non je ne sais pas où… Mais elle sait comment y aller, elle, depuis ici !
  • Alors on ira ensemble les chercher demain, si tu veux bien. Il faut que je rencontre ces gens-là. Les prévenir que Néha est hébergée chez nous, avec toi. C’est le moins qu’on puisse faire, non ?
  • Non !…

Dan prend un air sévère, Roxanne soutient son regard.

  • Non ? Et pourquoi ça ?

Roxanne s’assoit juste à côté de Néha, les yeux plein de tristesse.

  • En vrai… Tous les gens qui ont voyagé avec moi, doivent se cacher là… Ils n’ont pas été expulsés… Et…
  • Et quoi ?
  • J’ai interdiction de les revoir…
  • Eh bien il faudra quand même… Il s’agit d’une enfant, Roxanne… Même sans papiers, tu crois qu’ils vont l’abandonner comme ça ses oncles, tantes, cousins ou je ne sais qui ?
  • Nan ! …Il faut que je te dise… Mon oncle… Ramesh, celui qui ne veut pas que je revienne… il a fait en sorte que je sois toujours protégée… Tout le temps… Même après vous avoir trouvés.
  • Tu vois, il s’inquiète… Ce ne serait pas l’occasion, tu penses, de lui dire que maintenant, Florence et moi, avec Claire Fitoussi, on peut prendre le relais ?
  • Je peux y aller toute seule, avec Néha…
  • Ça te gène que je vous accompagne ?
  • Un peu… Tu vas nous voir autrement après ! La misère, ça déforme la vue quand on regarde les gens… On n’en voit que l’extérieur… Et on n’a pas envie d’en connaître plus !
  • Je les regarderai comme je vous regarde là, toutes les deux… belles et sans filtre.
  • Tu parles tamoul ?
  • Tu seras mon interprète ?
  • Tu nous trouves belles ?
  • Ta petite sœur te ressemble, vous êtes très jolies, même si, là… La salle de bain était une bonne idée de départ !…

Quelques instants après, Roxanne fait découvrir à Néha tout le confort d’une salle de bain moderne. Elle rejoue à l’identique la scène du bain avec Néha, que Florence avait improvisée pour elle, il n’y a pas si longtemps.

Roxanne – Néha

  • Tes vêtements, je vais les laver… Ils en ont besoin. Ils ne seront pas secs avant demain. Je vais te trouver un truc à mettre, en attendant.
  • … !
  • Tu sais ? Moi non plus je n’arrivais pas à parler quand je suis arrivée ici. Ça a même duré plusieurs jours. Faut attendre, c’est tout. Ça revient tout seul ! Tiens, je t’ai trouvé un tee-shirt à Florence… Ça va faire, robe et pyjama en attendant.

Encore mouillée Néha serre Roxanne dans ses bras, et refuse de la lâcher.

  • Tu sens tout bon, maintenant… Hey, Néha… On est sœur pour la vie ! Tope-là ?

Un petit poing tout timide vient rencontrer celui de Roxanne. Puis d’une toute petite voix, quelques mots se font entendre.

  • Pourquoi il n’y a pas de petit chien, ici ?
  • Hi hi… Et tu vas l’appeler ton petit chien, qui t’as redonné la voix ?
  • Je ne sais pas encore…
  • Ben alors commence par là, et ne lâche pas l’affaire !

Le soir venu, Roxanne accueille sa petite protégée dans son lit. L’une contre l’autre, elle lui lit l’histoire du petit loup perdu dans la forêt.

Quand Roxanne ouvre les yeux le lendemain matin, elle trouve Néha toujours endormie contre son épaule. Elle n’ose pas bouger de peur de la réveiller. Elle a obtenu de Dan la permission, exceptionnelle, de rester à la maison pour s’occuper de Néha, mais seulement aujourd’hui. Comme tout bon parent, il a prévenu dès hier par téléphone la vie scolaire, pour excuser l’absence de sa fille hier après-midi, et aujourd’hui. Néha ouvre un oeil, et prononce encore moitié endormie le mot « Maman ». Roxanne se redresse, et lui caresse les cheveux.

  • Tu es en sécurité, ici, mon cœur. Dans une vraie maison…
  • Avec un vrai petit déjeuner ?

Roxanne sourit, s’habille, et descend avec elle à la cuisine. Elles saluent rapidement Dan en passant, qui, derrière deux ordinateurs, hésite encore entre travailler sur son roman, ou bien sur un premier projet de sa nouvelle boîte. La bise du matin sera pour plus tard.

9h05 – La sonnerie de l’entrée fait sursauter Néha. Dan, n’ayant encore pas pris de décision ferme sur sa préférence de travail, demande aux filles d’aller voir. Néha se précipite à la fenêtre, puis ouvre la porte avec précipitation en s’écriant : c’est Aléïc…

Roxanne soupire, et regarde Néha s’envoler dans les bras d’Aléïc, au bout de l’allée. Elle s’avance un peu, se mordille les lèvres, refusant de venir troubler cette belle complicité affichée. Néha n’a même pas calculé qu’elle était sortie pieds nus, vêtue seulement du grand tee-shirt emprunté à Florence.

Le temps dans les bras s’éternise. Néha lui parle à son oreille. Des secrets sont échangés. Le cœur de Roxanne bat fort dans sa poitrine.

Aléïc l’embrasse sur la joue, et la repose par terre. Néha ne décroche pas ses bras d’autour de son cou. Elle veut à tout prix l’embrasser à son tour. Elle a enfin son doudou à la main, et un sac rempli d’affaire à ses pieds.

Aléïc semble pressé. Il referme le portail derrière lui, salut de loin Roxanne d’un geste de la main, puis s’éloigne. Néha reste figée. Elle continue de le regarder jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement. Son esprit est embrumé de mille espoirs, mille rêves qui la rendent toute mélancolique. Roxanne se décide à la rejoindre.

Roxanne – Néha

  • Je prends ton sac, viens, rentrons, tu vas attraper froid…
  • Je lui ai demandé…
  • Demandé quoi ?
  • D’être mon papa !
  • Ah… Et il a dit quoi ?
  • Qu’il faut demander à Maman d’abord…
  • S’il dit oui, tu vas partir avec lui ?

Néha réfléchit… Elle enroule son doigt dans son tee-shirt nerveusement, ses yeux se remplissent de larmes. Aucun de ses mots trouve réponse à cette question.

La question était trop brutale, Roxanne regrette. Néha se blottit contre Roxanne. Elle aimerait se faire porter jusqu’à l’intérieur… Dan observe la scène discrètement derrière le rideau, regrettant de ne pas avoir le son.

  • Toi, tu as Papa Dan, Florence… et une maman, même si elle est loin…

Roxanne frissonne, elle s’accroupit devant Néha, en lui tenant la main.

  • Ton papa t’a ramené ton Doudou, et tes affaires. Tu vas pouvoir vivre à la surface, comme nous… comme si toi et moi on était de vraies sœurs… Alors tu vois, on fait tous partie de la même famille… Même si on a quatre parents, c’est rien ça. Et même, si notre maison est toute biscornue… ce sera notre chez nous !
  • C’est quoi biscornu ?
  • Ça veut dire que, Partout où il y a de l’amour, ce sera chez nous !

Néha tend ses bras à Roxanne, et profite qu’elle lui ramasse son sac pour s’accrocher à son cou, et enrouler ses jambes autour de sa taille. Roxanne se redresse péniblement, ramène son lourd fardeau à l’intérieur, et le décharge sans ménagement sur le canapé…

  • T’es aussi lourde qu’adorable p’tite sœur… Allez, regarde, t’as de quoi t’habiller maintenant !

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