Aaron révèle à Élise un message bouleversant de Calie. Dans son message, Calie remercie Aaron, confie sa tristesse, ses regrets envers sa sœur Hope, et son amour intact pour sa mère. Élise pense que Calie continue d’exister d’une certaine manière, et cherche à réparer ce qui a été brisé. Hope, assiste à la scène, et s’interroge sur la capacité de la conscience à voyager entre les dimensions.

Élise
Quatre jours se sont écoulés sans évolution majeure dans les affaires de chacun. Ce mail arrivé tôt ce matin, envoyé par la maman de Aaron, va sans doute bousculer ma routine matinale ! Avant même de le lire, je sens déjà l’émotion prendre le dessus.
Email
De : Mrs Moore
Objet : Calie
À : Dr Élise Ioannis
Chère Docteur,
Aaron semble avoir retrouvé un peu de joie de vivre, sans pour autant être moins sollicité par ses rencontres avec les esprits. Le voir aller beaucoup mieux, et gagner en confiance, je m’interroge sur l’attitude que je dois à présent lui témoigner.
L’esprit de votre petite Calie semble actuellement bien le préoccuper. Au cours de leur dernière rencontre, Aaron a eu la présence d’esprit de répéter tout ce qu’il entendait dans le dictaphone de son téléphone. Quelques heures plus tard, en le voyant transpirer à vouloir retranscrire par écrit ce qu’il avait enregistré, je me suis permise de lui servir de secrétaire.
Voici donc, à quelques virgules près, la retranscription fidèle d’un message qui vous est adressé.
Lettre de Calie pour vous,
Très chère Maman,
Aaron s’est très bien acquitté de sa mission. C’est un petit garçon épatant, courageux, à la très belle sensibilité. Dommage qu’il ait encore peur de ce qu’il voit, car sans le savoir, il fait un bien énorme à des gens… comme moi. Grâce à lui, on partage une apparence, et parfois même, quelques mots. Il me permet d’exister, vraiment. Ou du moins, il me sauve de l’oublie. Parle-lui toi. Il t’écoutera avec beaucoup moins de méfiance qu’il en a envers moi, ou d’autres…
Ta lettre m’a touchée… beaucoup. Elle m’a aussi rassurée. J’avais deviné que ce qui clochait chez toi était grave, suffisamment pour expliquer ton absence. Tu as choisi de partir, mais moi, je n’ai pas choisi de rester seule avec Papa… Parce que je n’ai toujours pas compris cette injustice, j’ai le cœur lourd, souvent, je l’avoue, mais je m’efforce de rester positive. L’amour reste bien plus léger à porter que la rancœur.
J’ignorai tout de ce qui s’est passé à ma naissance. C’est en t’entendant le révéler à Hope que… la honte m’a submergée… Je me suis complètement plantée sur elle. Je regrette tellement mon comportement… Ce n’est pas juste ce qu’il lui est arrivé. Ce n’est pas juste non plus ce qu’il nous arrive. C’est triste, super triste même. Je n’aurais sans doute pas autant cherché, toute ma courte vie, celle qui manquait tant dans mon paysage affectif.
Je comprends à présent l’évidence de ma rencontre avec Éléonore. Loin de vouloir renier mes sentiments pour elle, j’aurais dû grandir avec Hope, ma sœur, et l’aimer tout autant. Nous aurions partagé ton amour, à parts égales. Quel tragique malentendu ! Que de beaux sentiments gâchés et de temps perdu !
Elle aussi a été privée de sa gémellité. Je ne peux pas retenir mes larmes. Je suis nulle… mon attitude à son égard est méprisable. Comment m’excuser… m’excuser d’avoir si peu vécu, que son sacrifice n’ait servi que douze trop petites années, c’est tout !…
Des pensées super sombres me traversent l’esprit… Comment réparer ? Que peut-on lui offrir d’aussi somptueux, que ce qu’elle m’a déjà donné…
Maman, à quoi sert l’amour sinon qu’à nous rendre si triste ???
Continue de m’écrire, je t’aime Maman.
Calie
Voilà, veuillez accepter mes excuses pour cette petite intrusion dans votre vie privée. Je vous souhaite beaucoup de courage pour traverser ces moments, que je devine bouleversants.
Je vous remercie encore, d’avoir su rendre à mon fils le sourire qu’il avait perdu depuis si longtemps. Si je peux encore aider d’une façon ou d’une autre, n’hésitez pas.
Amicalement
Émilie Moore
Élise
Calie, ma petite fille tu n’es pas nulle… Loin de là. Tu as du cœur… moi aussi je t’aime. Écris-moi encore, parle-moi…
Hope – Élise
– Tu crois que j’suis définitivement prisonnière, comme elle ? Moi je serais coincée dans ta tête, et elle à son hôpital avec Aléïc ? Si c’est l’cas, comment arrive-t-elle à v’nir t’espionner aussi facilement. J’peux apprendre, tu crois, à voyager dans c’te dimension, pareil ?
– Je n’en sais rien ma chérie… Je n’ai malheureusement pas de mode d’emploi. Je suppose qu’elle ne quitte pas l’endroit où elle est. Je pense que c’est notre sensibilité, à Aaron et moi, qui lui sert de chemin pour voyager jusqu’à nous.