R51 – Affaires de famille

   Dan voit sa soirée tranquille bouleversée quand les filles s’imposent dans sa chambre. Elles ont un plan, mais toutes ne partagent pas le même…
   Le lendemain, une lettre d’Awira Soren ravive brutalement les tensions autour de l’absence maternelle, et révèle que chacun, dans cette famille, porte un manque profond.
..

Dan fait face à un plan imaginé par les filles

22:10

Dan se félicite de pouvoir au moins une fois dans la semaine se coucher de bonne heure. Il a prévu de relire son dernier chapitre, pour laisser la nuit lui inspirer la suite dès demain. En pyjama, son manuscrit à la main, juste au moment précis où il allait se glisser sous la couette, quelqu’un frappe à la porte… Sans attendre l’autorisation d’entrer, Néha, Roxanne et Florence se présentent devant Dan. Néha la première, toujours sans laisser à Dan le temps de réagir, annonce fièrement …

Néha – Dan

  • On veut dormir dans ton lit !

Dan, surpris, et voulant toujours protéger ce moment calme dans lequel il se projetait déjà, riposte.

  • Ah ! Impossible !
  • Pourquoi ?
  • Aucune d’entre vous ne s’est douchée ce soir !
  • Ben toi non plus ! Impossibilité annulée !

Dan sourit, mais continue d’y croire. Il réfléchit un instant et trouve la parade.

  • Bon ok ! Vous prenez mon lit… Et moi je dors… Dans la chambre de Florence !
  • Eh ben non ! C’était pour dormir tous ensemble ?
  • Ah ! Malheureusement dans cette chambre, il n’y a qu’un lit double, pas de quadruple. Laquelle d’entre vous sait bien compter ? Combien êtes-vous ?
  • Si c’est un lit double, alors pourquoi tu dors tout seul. Il est où ton double ?
  • Heu…
  • C’est Claire ?

Roxanne fixe Néha, qui l’ignore poliment.

  • Hein ?
  • Roxanne m’a dit qu’elle n’avait toujours pas répondu à son message…

Les oreilles et les joues de Roxanne rougissent. Avant de voir le scénario qu’elle a imaginé lui échapper, elle interrompt Néha…

Roxanne – Dan

  • …En vrai, on venait voir si, quand on voulait, on pouvait venir dormir là !
  • Roxanne ? Avec Claire, tu ne me cacherais pas quelque chose ?
  • …Parce que tu vois, je ne te vois jamais avec Florence vous faire de câlin… Alors je me demandais, ce qui n’allait pas entre vous ? Parce qu’avec moi… c’est normal.

Dan cette fois capitule. Sa maladresse naturelle et récurrente avec Florence est mise à nu. Il se doit de réagir. Il regarde Florence avec des yeux coupables, et tente une explication…

  • Florence mon cœur, j’adorerai…

Roxanne – Néha

  • …Oh, ben cool alors… Allez vient Néha, on les laisse ensemble… Mission accomplie !
  • Oui… Mission accomplie… et dormez bien… Là c’est mieux, plus personne ne dort tout seul !

Dan reste sans voix, Florence elle-même semble surprise. Ce n’est pas du tout ce qui était prévu.

Roxanne observe une dernière fois Dan et Florence avant de quitter la chambre. Florence, assise à côté de son père sur le bord du lit, ose pour la première fois depuis longtemps poser sa tête sur son épaule.

Roxanne sourit, et savoure en silence, mais fièrement, ce qu’elle vient de provoquer.

Le lendemain matin

Dan se lève. Plus efficace pour lui qu’un réveil, l’odeur de café et de tartines grillées lui a donné le signal. Florence a dormi à côté de lui cette nuit, pour la toute première fois. Elle est déjà descendue rejoindre ses sœurs à la cuisine, mais sa place est encore chaude. Il sourit. Toutes les rugosités dans la relation avec sa fille s’éliminent les unes après les autres. Il descend l’escalier le cœur léger, plus alerte que d’habitude. Il embrasse chacune des filles. Surprises d’une si bonne humeur matinale de sa part, elles échangent entre elles un regard complice. Au moment où il allait s’asseoir, la sonnette du portail retentit.

Après un rapide coup d’œil par la fenêtre, un homme aux cheveux gris semble avoir déposé quelque chose dans la boîte aux lettres.

Dan, mules aux pieds, enfile une veste et marche en pyjama vérifier ce qu’il peut avoir été mis de si bonne heure dans sa boîte aux lettres.

Lorsqu’il revient dans la cuisine son sourire a disparu. L’air gêné et sans trop savoir comment annoncer ça, il s’avance vers Roxanne, et lui dit.

  • Tu as une lettre, pour toi, de la part de…
  • … de qui ?
  • De… Awira Soren !

Un grand silence immobilise même les cuillères dans les bols. Roxanne ne réagit pas. Elle garde les yeux fixés sur son bol, puis reprend d’un geste machinal le transport de céréales jusqu’à sa bouche.

Dan reste un instant figé, la lettre à la main, sans savoir quoi en faire…

  • Je te la pose sur le bout de la table… Il n’y a certainement pas d’urgence… Tu peux aussi la lire ce soir… Roxinnette, ça va ?

Roxanne jette un coup d’œil furtif à la lettre, puis répond.

  • Oui.
  • D’accord… C’est toi qui vois !

Le petit déjeuner terminé, la routine quotidienne reprend ses droits : la queue à la salle de bain, les derniers oublis de choses à emporter, les chaussures… Au moment de partir, Roxanne court à la cuisine récupérer sa lettre.

En fin d’après-midi, Roxanne rentre de l’école avec Florence.

Néha est en train de lire sur le canapé et Dan, à la table de la salle à manger, travaille sur son roman à l’ordinateur.

Florence la première, profite que tout le monde soit réuni pour demander à Roxanne…

  • Alors, tu l’as lue ?
  • Quoi ?
  • Roxichou !… La lettre de ta maman…
  • …C’est pas ma mère !
  • Ah ! Elle ne s’appelle pas Awira So…
  • …C’est pas ma mère… Ma mère n’écrit pas. Elle ne m’écrit pas. Elle l’aurait déjà fait sinon !
  • Alors tu vas en faire quoi, du bout de papier qui traîne dans ton sac ?
  • Rien !
  • Rien ?… Alors, je peux la lire, moi ?

Dan, qui depuis un moment a levé le nez de son écran, intervient…

  • Florence, c’est la lettre de Roxanne. Si elle n’a pas envie de l’ouvrir, elle en a tout à fait le droit. Bien des choses dans la vie ont besoin de temps pour avancer.

Roxanne jette un regard de remerciement à Dan, qui enchaine…

  • Un monsieur, avec des cheveux gris, qui connaît Awira Soren, et qui dépose une lettre dans notre boîte juste avant que tu partes au collège… Ce ne serait pas la même personne que tu soupçonnais de parler à ta mère en secret ?
  • Ben lui non plus, ce n’est pas ma mère !
  • Ça c’est certain… Mais les questions que tu te posais il y a encore quelques jours, trouveront peut-être des réponses dans cette lettre ?

Néha, qui n’a pas manqué une miette de la discussion, pose son livre ouvert sur le canapé et apporte à Roxanne son sac de collège. Elle le pose à côté d’elle, et monte sur ses genoux pour lui faire un câlin.

Puis, malicieusement, elle allonge le bras pour attraper le sac. D’un regard, elle demande l’autorisation à Roxanne de l’ouvrir… Avant qu’elle ne puisse dire non, elle en sort rapidement la lettre qu’elle lui remet entre les mains.

Désemparée, sous le regard de tout le monde, Roxanne se sent obligée d’enfin ouvrir cette lettre. La main hésitante, elle déchire l’enveloppe sans trop de précaution, et en sort une feuille pliée en quatre.

Elle la déplie… Parmi tous les mots, un seul retient son regard : celui d’Awira Soren, en bas de deux emails distincts. Puis en remontant jusqu’aux destinataires, elle découvre le nom de Ramesh pour le premier, et le sien pour le deuxième.

Les yeux rivés sur sa lettre, Roxanne observe le silence. Les mots sont troubles. Ils refusent d’être lus… Puis sa vision s’éclaircit. Le cœur battant, elle commence à lire à voix haute. Le ton est monocorde et rapide. L’intention affichée est clairement de se débarrasser de ces mots qui entachent sa journée, plutôt que d’en retenir une quelconque signification.

Cher Ramesh,

Merci encore de me faire parvenir quotidiennement, toutes les aventures de ma petite Indra. Je sais que ce doit être très difficile pour toi de ne pas lui révéler toute la vérité…

Le débit de Roxanne ralentit. Sa gorge se noue, et son visage s’assombrit. Elle reprend. Les phrases deviennent trop lourdes à supporter… Encore un mot… Puis, plus rien…

Le choix que nous avons fait était vital pour elle… Grâce à cette nouvelle famille, elle va pouvoir grandir comme une personne libre… Elle ne mesurera très certainement pas tout de suite ce que cela signifie… pour elle… pour nous…

Les mains de Roxanne tremblent. Elle ne peut plus continuer… Des larmes silencieuses apparaissent aux bords de ses yeux. Puis soudain, la colère la submerge. Elle se lève brusquement en chiffonnant la lettre qu’elle jette par terre. Surprise, Néha glisse de ses genoux et se retrouve debout au milieu du salon.

Roxanne

  • Ce n’est pas ma mère… C’est pas elle qui a pu écrire ça… C’est pas ce qu’elle pense… C’est…

Roxanne monte en courant l’escalier jusqu’à sa chambre. Sa porte claque bruyamment jusqu’à faire vibrer le salon.

Dan – Néha

  • Faut la laisser. L’orage va bien finir par passer… Enfin… J’espère.

Néha se retourne vers Dan le regard noir. Juste avant de courir rejoindre Roxanne, elle lui lance…

  • Mais t’es pas un enfant toi… Tu peux pas comprendre !…

À peine une minute après, un deuxième claquement de porte fait vibrer toute la maison. Florence ramasse la lettre froissée au sol.

Dan – Flo

  • Flo, j’ai encore fait une boulette ?
  • Elle te manque comment, toi Mamie ?
  • Je ne sais pas. Tu sais, elle est partie déjà il y a…
  • …Partie comme Maman ?
  • Mais non… Maman est vivante, elle ! Ma chérie… et elle t’aime…
  • Une vraie maman ne se contente pas d’échanger par email une fois de temps en temps ! Aimer un fantôme… ça fait plus de mal que de bien !

Dan ferme son ordinateur portable, et rejoint Florence dans le salon. Il prend le livre de Néha resté ouvert sur le canapé, et le referme en prenant soin de bien mettre son marque-page au bon endroit. Il le pose sur la petite table basse, en se laissant tomber en arrière sur le moelleux des coussins.

  • … Sa lettre, tu es en train de la lire ?
  • Nan ! Elle n’est pas en français de toute façon ! Et puis… C’est sa lettre, pas la nôtre.

Florence se lève de sa chaise pour venir s’asseoir juste à côté de son père.

  • Alors que fais-tu avec ton téléphone ? Tu ne chercherais pas à la traduire avec une appli en ligne ?
  • Papaaaa ! L’intimité, ça te parle ? J’enregistre juste les adresses email de ce Ramesh, et de sa maman… Puis…
  • Puis quoi ?
  • Bon… d’accord, j’ai pris une photo. Mais c’est juste si par colère, le mail de sa mère qu’elle n’a pas encore lu était détruit.

Dan passe son bras autour des épaules de sa fille.

  • Maman te manque aussi ?

Florence se colle à son père.

  • Il manque quelqu’un à chacun dans cette maison !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut