Roxanne étouffe sous ce qu’elle porte en elle. Lorsqu’elle refuse d’entendre parler de violence en classe, trouvera-t-elle enfin quelqu’un pour la comprendre ? Et si l’espoir venait là où elle ne l’attendait pas… dans une relation naissante ?

Roxanne est assise en tailleur par terre, contre un mur, dans la cour du collège pendant la pause du matin. Intrigué par cette mélancolie inhabituelle, Dmytro s’approche.
Dmytro – Roxanne
- Tu… Tu vas, en UPE2A ce soir ?
- Oui…
- Pourquoi tu as l’air si triste ?
- Je ne suis pas triste…
Roxanne baisse encore plus les yeux.
- Ce n’est pas ce que tu montres en tous les cas !
- Je montre… Que… J’ai envie d’être seule, voilà !
- Ah ! Et moi, je te montre que j’ai envie d’être ton ami.
Roxanne relève le nez, et lâche un sourire furtif à Dmytro. Elle remonte ses genoux contre sa poitrine, et les serre dans ses bras. Son regard se perd quelque part au fond de la cour de récréation. Dmytro, toujours debout, ne lâche pas l’affaire.
- Roxanne… Tu sais pourquoi dans une prison, tous les jours on fait marcher les prisonniers ?
- Pour qu’ils puissent discuter entre eux, de… comment s’évader ?
- Eh bien… Viens, donne-moi la main et lève tes fesses. On va marcher et discuter comment t’évader de tes mauvaises pensées… Allez…
Roxanne cède à l’invitation de Dmytro. Une fois debout, elle garde sa main dans la sienne. Et elle lui demande brutalement…
- Tu as une copine ?
Dmytro rougit et sent son cœur s’emballer. Surpris, il lâche la main de Roxanne…
- Non… Mais… Je ne te draguais pas là ! Enfin… Ce n’était pas l’intention.
- Je ne te plais pas ?
- Si… Bien sûr… Mais…
- Mais quoi ?
- C’était ça, tes pensées mélancoliques ?
- Nan, pas du tout… Excuse-moi ! Ce que j’ai envie de dire, en ce moment… Soit ça ne sort pas, soit c’est un peu… comme ça, tu vois ?
- T’inquiète, tu m’fais pas peur… Enfin, pas très… On peut se redonner la main ?
Roxanne à son tour rougit. Surprise, elle ne répond pas, et laisse son instinct la guider. Timidement ils se reconnectent, et font quelques pas ensemble.
- Et toi, tu as un copain ?
- Non plus… J’ai un ami !
- Ah ! Je le connais ?
- Oui… C’est toi, idiot !
- Et… Un ami… Ça peut devenir copain ?
Roxanne retrouve le sourire…
- S’il a un cheval blanc avec des ailes… et aussi, un costume blanc avec des paillettes… Il a ses chances !
Dmytro sourit, mais aurait préféré une autre réponse.
- Les filles, c’est… toujours tout dans les apparences !
Roxanne réalise qu’elle vient encore de parler plus vite que sa pensée. Elle s’arrête net, hésite un instant, puis ose une bise sur la joue de son ami pour se faire pardonner.
- Tu comprends mon problème maintenant ? Ma bouche et mon cerveau sont désynchronisés !!
Dmytro regarde Roxanne dans les yeux, brûle d’envie de lui rendre son baisé sur ses lèvres. Se rapproche, et préfère la serrer contre lui, protecteur, amoureux, mais sans rien vouloir risquer… Risquer de briser quelque chose de très précieux et fragile qui est en train de naitre entre eux. Il ne sait pas encore vraiment quoi…
Roxanne sent le cœur de Dmytro battre aussi fort que le sien… Les mots qu’elle voudrait lui dire restent coincés dans sa gorge. Elle lui murmure juste tout bas à son oreille…
- Merci…
La cloche retentit. Roxanne sursaute. Elle serre à son tour Dmytro contre elle pour lui dire… À tout à l’heure. Puis, au milieu d’une foule d’élèves en mouvement, chacun part vers sa classe respective.
En fin d’après-midi, les quatre élèves d’origine étrangère se retrouvent en cours UPE2A. Ils entrent quasiment tous en même temps en classe. Parwana d’habitude assise à côté de Roxanne vient s’installer à la même table que Mahir. Roxanne demande par le regard à son amie la raison de ce changement non concerté. Elle lui répond, avec un air amusé…
Parwana – Roxanne
- L’autre fois on a réussi à rapprocher les continents entre eux… Aujourd’hui, plus dur… On rapproche les genres !
Dmytro et Roxanne, assis désormais l’un à côté, de l’autre se sourient. Le destin est de leur côté.
- Les garçons et les filles sont-ils si éloignés ?
Parwana ne peut pas s’empêcher… Elle fixe Roxanne d’un air complice, et d’un ton très journalistique, déclare…
- À en croire ce que l’on observe en cours de récréation, il est permis de croire… qu’il y a des exceptions !
Roxanne baisse les yeux, génée… Elle parle, le menton baissé…
- En vrai, ce qu’on observe… C’est toujours la violence… On parle que de ça. À la télé, partout. C’est aimer, qu’on ne sait plus faire !
Dmytro redescend de son nuage et intervient.
- Tu crois qu’il y en a plus qu’avant, de la violence ? Ou bien que… Ce sont les médias qui cherchent le buzz avec de l’info à deux balles ?
La professeure intervient…
- Voilà un excellent sujet de débat, la violence… Je propose donc…
Roxanne se lève, et lui coupe la parole, presque de façon insolente.
Roxanne – La professeure
- Nan…
- Roxanne, tu pourrais au moins me laisser finir mes phrases …
Au bord des larmes, toujours debout et les deux mains sur la table, la voix mal assurée, elle répond.
- Je ne veux plus entendre parler de violence… Cessez d’en parler… S’il vous plait…
Dmytro se lève à son tour, passe son bras autour de la taille de Roxanne… Et prend la parole.
- Elle a raison… Parwana, ton idée est bonne… On n’est pas là pour lister toute la misère du monde. Mais plutôt… ce qui nous rapproche…
Roxanne se redresse, et sans rien dissimuler de ses sentiments, enlace Dmytro en direct. Puis, les yeux humides, se rassoit. Elle soutient le regard de sa professeure, et tente de s’excuser.
- Déracinement, clandestinité, illégalité… La misère, vous savez de quoi elle est capable ? Quand on n’a plus rien à perdre… Il n’y a plus de règles…
Roxanne marque une courte pause, puis reprend…
- Madame ?… Non rien…
- Si Roxanne… Vas au bout de ta pensée… Dis-nous… Dis-moi…
- Des fois, même quand on ne veut pas croire à ce qu’on voit… Ça s’imprime quand même, là, et pour toujours… Je vomis la violence, Madame. Alors… J’ai juste envie qu’on parle d’autre chose…
Roxanne saisit la main de Dmytro, et la porte à sa joue.
À son tour, la professeure est secouée par la déclaration de Roxanne. Elle se rassoit lentement sur son siège, sans trouver les mots. Elle ne trouve rien d’autre à lui répondre, qu’un pauvre sourire de compassion. Le silence s’installe de nouveau dans la classe.
Quelques instants après, le cours reprend, sur le genre, mais dans sa version grammaticale du terme cette fois.
Le cours terminé, Roxanne traîne à ramasser ses affaires. Les élèves sortent de la classe, elle se retrouve seule avec la professeure.
- Je vous demande pardon Madame…
- Pour quelle raison Roxanne ? Ma maladresse ? Vous avoir poussée à parler de vos traumatismes ? C’est à moi de m’excuser…
- Pourquoi faut-il toujours parler de violence pour avoir la paix ?
- Tu sais… C’est toute l’histoire de l’humanité… Les guerres, les conquêtes… C’est aussi comme ça que le monde s’est construit. Mais ça ne veut pas dire que c’est tout ce qui existe.
- Et l’amour dans tout ça ?
- Vous étiez très touchants avec Dmytro tout à l’heure. Gardez ça… Un peu de beauté dans le paysage, ça compte.