Alors qu’un petit déjeuner en paix semble se profiler, Claire doit rassurer et trouver sa place au sein de cette famille en pleine recomposition. Mais les blessures de Florence refont rapidement surface, poussant Dan à une réaction aussi sincère que maladroite…

7h00 – Premier petit déjeuner chez Dan et sa famille agrandie.
Roxanne s’est levée la première pour tout préparer. Elle a déjà établi les places autour de la table. Dan à sa place, Claire à côté, Florence et elle en face. Elle reste un instant figée devant la chaise du bout qui reste, et pense à Néha. Le bruit du grille-pain qui relève deux tartines la sort rapidement de sa mélancolie.
Claire descend l’escalier, seule, sourit à Roxanne et vient lui faire une bise. Roxanne s’immobilise, ferme les yeux un instant, et invite Claire à s’asseoir à la place qu’elle lui a choisie.
Claire – Roxanne
- Bonjour jolie Roxanne… Tu te lèves toujours la première ?
- Souvent… Je… C’est ma façon à moi, de me rendre utile !
- Et… Comment crois-tu, moi, je pourrais être utile, ici ?
- Ché pas ! Tu es là… C’est déjà énorme ! Café ou thé ?
Claire sourit.
- Thé… Le café, j’en bois bien trop au boulot !
- Tu as plein de pauses ?
- J’aimerais… Non, c’est… juste un trompe-fatigue !
- C’est si dur que ça, ton job ? Mais tu es dans les bureaux, non ?
- Oui, mais dans plusieurs à la fois… Et puis, il y a le terrain, les permanences… parfois même la nuit !
- Pourquoi tu fais ça alors, si t’y laisses ta santé ? Tu veux te faire soigner par tes collègues ?
Florence descend à son tour l’escalier, pressée par une deuxième alarme qui n’a pas sonné. Claire se lève, lui sourit, et lui souhaite le bonjour.
Claire
- Bonjour Florence, tu as l’air pressée… Je peux aider ? Vous déposer toutes les deux au collège par exemple ? J’ai ma voiture…
Florence répond par un sourire aimable. Elle regarde un instant la chaise du bout, et répond à Claire.
- Non non, ça ira ! Il n’est pas levé Papa ?
Claire – Roxanne – Florence
- Vous voulez que j’aille le…
- …Non ça va, on a un ordre d’arrivée. Papa, c’est toujours le dernier… Même avec toi ! Indécrottable !
Claire sourit. Florence la regarde, le visage inexpressif, et marmonne…
- En plus avec le sport de cette nuit, pas près de le voir !…
Claire ne relève pas, garde un sourire un peu figé, et demande de la confiture à Roxanne, qui sort le jus d’orange du frigo. Les yeux fixés sur sa tasse fumante, Florence s’adresse à Claire.
- Tu sais que Papa et maman sont… juste séparés ?
Roxanne intervient
- Flo, tu fais quoi, là ?
- Rien, je préviens, c’est tout…
Claire n’élude pas la question
- Je ne remplace personne les filles. J’espère seulement apporter, un peu de ce qui manque ici…
- Et que crois-tu qu’il manque ?
Roxanne fixe Florence d’un regard noir. Claire lui répond calmement.
Claire – Florence
- La paix !
- Quoi la paix ?
- La paix dans les cœurs ! Moi aussi ça cogne là d’dans… même passé trente ans. Si seulement ça pouvait faire moins de bruit !
- Tu l’aimes, Papa ?
- Oui… ?
Roxanne croise les bras sur la table, et cherche à savoir où veut en venir sa sœur.
- Pour combien de temps ?
Les jambes de Roxanne se mettent à osciller nerveusement sous la table.
- Pour… Tu as peur de quoi Florence ? Je ne remplace ni ta mère, et je ne vais pas non plus kidnapper ton père. Il dit quoi ton cœur à toi ?
Claire se tait quelques secondes avant de poursuivre ?
- Moi le mien, il bat pour Dan, Roxanne, toi, et Néha bien sûr ! Je crois qu’une vraie famille, c’est décider tous ensemble de marcher dans la même direction. Non ?
Elle baisse les yeux, prend une longue respiration, et conclut :
- Et que c’est peut-être ça le bonheur. Ça, et rien d’autre !
Roxanne se lève, et vient contre Claire, en lui prenant la main. Florence, en parlant à sa tasse, déclare :
- Mon cœur à moi… ne sort plus du garage !
Dan apparaît enfin, décoiffé, les yeux à peine ouverts. Sans encore prononcer un seul mot, il fait une bise à Florence, à Roxanne… puis après une brève hésitation, une bise sur la joue à Claire.
Dan – Roxanne
- J’interromps un débat ?
- C’est Flo… Elle fait passer un examen à Claire !
Claire répond avant Dan.
- Non… J’allais juste lui dire que… Son cœur est bien ici, et… il est très beau.
Florence fait un rapide sourire à Claire, puis regarde à nouveau son assiette.
Dan regarde sa fille quelques secondes. Il esquisse un sourire. Puis, comme pour cacher son émotion, il attrape la cafetière.
Roxanne, toujours contre Claire, commente :
- Le cœur de Néha, lui, il n’est plus là !
Les regards se tournent soudainement vers la chaise vide. Claire réagit.
- Néha est attachée à sa maman… c’est normal qu’elle veuille rester auprès d’elle… Et puis elle s’est choisie un papa… Un peu comme tu as choisi le tien ?
Florence regarde brièvement Roxanne avec Claire. Elle bougonne, mais suffisamment fort pour être entendue :
- Et une maman, apparemment !
Roxanne – Florence
- J’ai déjà une mère ! … Comme toi ! Mais ça ne m’empêche pas d’avoir du cœur, moi !
- C’est pour papa, je dis ça !
- Quoi ?
- Ben… Claire c’est pas juste sa nouvelle copine, tu vois ? Y a nous !
Claire attrape la main de Florence, posée sur la table, sans trouver les mots pour réagir. Florence poursuit…
- Elle peut encore partir ! Comme maman… ou Néha.
Dan renverse son café en buvant. Avec une voix un peu trop autoritaire, il répond à sa fille :
- Néha est à moins de deux kilomètres d’ici… et elle nous aime comme… au moins aussi fort que nous, on l’aime… Qui parle de partir ? On vient juste de se trouver… Regarde le mur du salon ma fille, avec tout ce qu’on y a écrit ! On avait décidé ensemble de le casser, tu te rappelles ? Crois-tu que c’est le moment pour y rajouter des briques ? On ne peut pas profiter du moment présent, là, juste une fois ? Plutôt que de prédire des catastrophes !
Florence se lève, les larmes aux yeux, et court se réfugier dans sa chambre.
- Qu’est-ce j’ai dit encore !
Claire adresse un sourire triste à Dan, se lève, prend Roxanne par la main et monte l’escalier. Elle toque à la chambre de Florence.
- C’est Claire, et Roxanne, Florence. Je vous emmène… On va emmener Néha à l’école. Je vous déposerai au collège en voiture après. Vous ne serez qu’un tout petit peu…
La porte s’ouvre… Florence recule d’un pas, surprise, puis finit sa phrase.
- …En retard !
Florence apparaît. Les yeux humides, mais prête pour le collège. Roxanne court à sa chambre récupérer rapidement ses affaires.
Lorsque les filles redescendent, Dan est debout, sa tasse de café tiède à la main, et toujours en pyjama.
Florence ouvre la porte d’entrée. Claire fait un discret clin d’œil à Dan avant de sortir derrière Roxanne. La porte se referme brutalement. Dan sursaute !