Roxanne, une jeune fille marginalisée, découvre un nouvel univers en entrant chez Florence. Entre peur du rejet et espoir d’un refuge, Roxanne s’ouvre peu à peu, touchée par la chaleur de cette famille inattendue. Tandis que Florence prend soin d’elle, son père, Dan, assiste avec émotion à la transformation de sa fille…

Roxanne
Dans le métro, on fuit mon regard. On me voit comme celle qui mendie ou qui vole, seule ou avec d’autres. C’est bien connu : les gamines comme moi ne peuvent pas être honnêtes. La rue est mon école. Avec Florence à mes côtés, j’ai l’impression d’être moins effrayante. Sans mon ange gardien, les gens s’écarteraient sur mon passage. Ce monde m’attriste. Je ne desserre pas sa main, chaude et rassurante. Et puis je ne veux pas être abandonnée une deuxième fois. Pour elle je pourrais faire le ménage, ranger sa chambre, laver ses habits, lui préparer à manger, à elle et à toute sa famille, le travail ne me fait pas peur. Elle me ramène sans doute chez elle pour ça. Je suis d’accord, pas besoin de me demander.
Peut-être alors… je pourrai rester, un peu ? Pourvu qu’ils ne me trouvent pas trop repoussante.
Florence
Elle s’accroche à ma main comme une naufragée perdue dans un monde devenu trop grand pour elle. Ses yeux regardent partout, mais sa tête reste immobile et baissée, le menton contre poitrine. Si elle pouvait devenir invisible, ou se transformer en petite souris pour sauter dans mon sac, elle le ferait. Ma toute nouvelle responsabilité me pèse déjà. L’attention que je devrais lui porter, est perturbée par ce qui va arriver après.
On arrive à la maison. Je n’ai pas eu le temps de ranger avant de partir. Lui présenter notre « Bazard Land » tel quel me met mal à l’aise. En plus, rentrer par le garage avec son odeur de poubelle pestilentielle me fait monter le sang à la tête. Mes joues doivent être rouge écarlate. L’horreur, honte à nous. Je la presse de rentrer à l’intérieur.
Mon père lance du salon un : « c’est toi Flo? Ton stage… déjà fini? ». Mince, j’ai loupé l’explication rationnelle à donner en rentrant ! Au son de cette voix masculine, elle me lance un regard aussi inquiet qu’inquisiteur. Je lui retire ma veste en jean pour la rassurer. En lui tirant la main, je l’invite à se rapprocher de notre fameux mur à graffitis. Mon père, ébahi, arbore sa tête décoiffée pré-caféinée du matin, mais avec le sourire aux lèvres. Il me découvre accompagnée de cette jolie poupée de chiffon. Marqueur XXL à la main, j’écris à ma hauteur « Bienvenue à… » puis je lui tends l’instrument, espérant de tout mon cœur découvrir enfin son prénom.
Elle me regarde, me sourit nerveusement, se tourne vers mon père en évitant de croiser son regard, hésite un instant, puis écrit timidement « Roxanne » en tout petit, comme pour ne pas trop prendre de place, et ne pas déranger.
Esquivant habilement la machine à questions que mon père pointe déjà sur moi, je l’emmène visiter.
Dan
Florence ramène une copine à la maison. Ah mince ! j’en renverse ma tasse… C’est inespéré. Une première, depuis… si longtemps. Florence sourit, enfin. Elle est différente des autres jours. Par quel miracle son cœur se remet soudainement à chanter ? Son stage ? Cette petite fille ?
Roxanne
On arrive chez Florence. La chance d’avoir une boîte aux lettres ne se mesure que lorsqu’on n’en a pas ! Sa main se crispe. Même avoir sa propre poubelle est un luxe, ça veut dire qu’on a un vrai chez-soi. Ses joues rougissent. Elle est nerveuse d’un coup. Que va-t-il m’arriver ? Elle me stresse… Me suis-je faite piéger ? J’entre, on n’est pas seules… Une voix. Son père, sans doute. Je suis dans la maison où habite sa famille. Ça sent bon. Ça sent l’intérieur, pas comme toutes ces odeurs de rues, froides et changeantes. Elle se déchausse. Moi je n’ose pas, mes pieds sont plus sales que mes chaussures. Et puis tant pis, j’ai survécu au froid, je survivrai à l’humiliation… La mort est trop cruelle. Elle préfère me voir agoniser de honte, que de m’emporter pour de bon. Jouer comme ça avec ma dignité est monstrueux et humiliant… Je suis toute tendue, rien qu’avec l’aspect que j’ai à présenter. Elle me débarrasse du manteau qu’elle m’avait prêté. Elle est gentille, et attentionnée. Je suis en sécurité ici, mon instinct me dit de lui faire confiance. Un chapeau ridicule est accroché au porte-manteau… Il est là pour la déco ou ils le portent vraiment ? Elle me souhaite la bienvenue, à sa façon. Je suis dans un rêve, je ne veux pas me réveiller.