Au cœur du laboratoire, Florence est paralysée par ses peurs, et refuse de jouer au piano la chanson écrite pour Aisha. Soutenue par Aléïc et portée par l’émotion, ses mains vont finalement interpréter une partition qui dépasse tout ce qui avait été imaginé…

5h05 – Aléïc ne dort pas. Il descend au labo. Il regarde Aisha. Il lui parle, silencieusement, dans sa tête. Sa main est encore plus froide qu’hier… Il voudrait y croire encore, à son réveil. Aujourd’hui est leur dernière chance. Il n’envisage pas d’élever Néha seul… Qu’aurait-il de plus que Dan à lui proposer ?
Il s’installe au piano. Il joue un accord, puis deux. Les vibrations ressenties au bout des doigts le sort de sa mélancolie. Il enchaîne. Il joue, ce qu’il croit avoir appris, ou bien avoir dérobé, à un esprit innocent !
Le halo des phares d’une voiture soudainement fait glisser des ombres sur le mur. C’est Josh et Serge qui arrivent. Ils sont en avance… Aléïc se demande ce qu’ils peuvent encore améliorer. Ils ont tellement répété encore et encore toute la procédure, dans les moindres détails.
Trois lits médicalisés ont été installés pour l’occasion. Un pour Aisha, les deux autres pour Néha et Roxanne. Aucune des deux n’a encore été choisie, pour le don.
6:55 – Le jour se lève. Une voiture entre dans la cour. Aléïc va voir. C’est Dan, accompagné des filles. Roxanne et Néha sont en pyjama. Elles ont respecté la consigne, elles ont sauté le petit déjeuner.
Néha court vers Aléïc, trouve ses bras et décolle du sol. Florence se hisse sur la pointe des pieds pour lui faire la bise. Dan et Roxanne, arrivent à leur tour.
Dan a décidé de ne pas rester. Il n’apporterait rien de plus au dispositif. Il est convaincu que le stress sera bien plus gérable chez lui, plutôt qu’ici, en risquant de surréagir à la moindre petite anomalie.
Les filles découvrent le laboratoire. Seule, la présence du piano les rassure. Elles ont composé ensemble la chanson pour Aisha dessus. Serge s’avance vers elles pour les accueillir. Avant même qu’il ouvre la bouche Roxanne prend la parole.
Roxanne – Serge
- On a décidé que c’était nous deux !
- Nous deux quoi, Roxanne ?
- Néha et moi… C’est nous deux qui donnons la moelle, qu’elle attend, Aisha.
- C’est une excellente idée, ça, Roxanne. Vous nous soulagez d’une décision impossible à prendre… et pour vous deux, ce sera bien mieux supportable. Tout est déjà prêt. Juste à prévoir une anesthésie supplémentaire.
Florence s’approche du piano. Elle est mal à l’aise. Il y a trop de monde, trop de lumière, trop de bruits parasites. Aisha, elle ne peut pas l’entendre dans ces conditions, se dit-elle. Elle n’est pas là juste pour chanter la chanson. Elle veut elle aussi aller la voir, la ramener, la convaincre de revenir. Elle ouvre, puis referme le cylindre du piano. Elle n’y croit plus.
Aléïc comprend immédiatement son mal être. Il l’a déjà vécu, le même, à travers les souvenirs qu’elle lui a transmis. C’est juste une question de pudeur, analyse-t-il. Transmettre quelque chose de très intime à quelqu’un mais devant les autres, peut se révéler une épreuve insurmontable.
Il s’installe au piano à son tour. Il soulève le cylindre. Il ferme les yeux, et redevient Florence. Il voyage à travers ses souvenirs. Il entend une berceuse, d’abord dans sa tête, puis au bout de ses doigts. Une chanson douce. Le visage de la maman de Florence lui apparaît, bienveillante. Elle sourit. Elle est là, elle aussi. Il rouvre les yeux. Florence est assise à côté de lui, les larmes aux yeux, les mains positionnées sur un octave plus grave. Ensemble ils jouent la partition qu’ils connaissent, tous les deux.
Néha et Roxanne ont déjà sombré dans un sommeil artificiel, depuis cinq, ou dix minutes.
Une voix masculine, basse, celle de Serge, annonce : « on est prêt… »
Aléïc fait rouler son tabouret de quelques centimètres en arrière. Florence adopte une position un peu plus centrale par rapport au clavier. Elle est seule devant l’instrument. Ses yeux se ferment. Ses deux mains se lèvent… puis jouent, la chanson écrite l’autre soir tous ensemble dans le garage, pour Aisha.
L’instant est suspendu. La musique berce le ronronnement des appareils médicaux. Chaque geste est millimétré, cadencé au rythme des notes et des mesures médicales. Une partition parallèle se joue.
Florence arrive à la dernière phrase : « Tu vois, je ne suis pas encore devenue grande ».
Les yeux d’Aisha s’ouvrent un instant, puis se referment. Un bip régulier électronique cadence l’émotion de tout le monde. Josh et Serge n’osent rien dire. Très concentrés, ils vérifient une dernière fois les paramètres biologiques. Très délicatement, ils libèrent Aisha du respirateur artificiel : elle vit.
Un grand silence envahit la pièce. Ils ont atteint le sommet de la montagne. L’effort a été intense, mais le paysage vu d’en haut, en valait vraiment la peine. Le stress du début disparaît petit à petit. Mais la course n’est pas finie, il faut penser désormais à redescendre.
Néha et Roxanne ont très bien réagi, à l’anesthésie, puis à la ponction. On les transporte dans leur lit dans la chambre voisine. Encore sous sédation, elles sont confiées à la surveillance d’Aléïc jusqu’à leur réveil. Après avoir rassuré Dan par message, Aléïc finit par s’assoupir dans un fauteuil à côté de Néha.
Florence propose à Serge et à Josh de transférer également Aisha dans une autre chambre. Elle leur fait remarquer à juste titre qu’Aisha a cessé d’être une expérimentation de laboratoire. Elle aussi a droit à un décor moins austère et surtout, plus accueillant, après un si périlleux voyage.
Serge et Josh sourient, et conviennent de la pertinence de l’idée. L’instant d’après ils installent Aisha dans la chambre voisine de celle de Néha et Roxanne. Vidés physiquement et nerveusement tous les deux, Florence se propose d’aller faire du café pour tout le monde chez Aléïc, à l’étage.
Il sera environ 19h00 à Saint Camille, lorsque Dan repartira chez lui, en voiture, accompagné de ses trois plus chères héroïnes. Bien qu’il soit totalement rassuré sur la santé de Néha et Roxanne, il regrette de ne pas encore pouvoir promettre à Néha, un rapide rétablissement de sa mère. Et puis, même s’il se refuse d’y penser encore, tout le monde trouvera la maison bien vide, quand Néha décidera de retourner vivre auprès de sa maman, avec probablement Aléïc aussi…