La sensibilité de Roxanne pousse Florence à ouvrir enfin son cœur. Mais les mots sont trop lourds à porter seuls. Alors, devant un piano, une chanson s’élève. Suffira-t-elle à libérer Florence de toutes les souffrances qu’elle garde en elle ?

8h00 – Dimanche matin
Un calme étrange règne dans la maison. Bien qu’il soit encore tôt pour un dimanche, Dan se lève pour se débarrasser d’une stupide inquiétude… Les évènements d’hier soir lui en ont fait oublier le don de moelle de Néha et de Roxanne, plus tôt dans la journée. Il veut juste s’assurer qu’elles respirent bien, sans les réveiller.
Il ouvre doucement la porte de leur chambre… Et ne trouve personne, dans un lit défait dépourvu de sa couette ! Sans chercher bien loin la raison, il descend l’escalier, et les trouvent toutes les deux installées tête-bêche dans le canapé… Le petit chien au milieu, allongé sur la couette !
Le petit chien observe Dan. Il se lève sur ses quatre pattes sans quitter sa forteresse, et remue la queue. Néha ouvre un œil…
Néha – Dan
- On va voir Maman ? Faut lui montrer… Tifou !
- Tu peux encore dormir un peu ma chérie. Ça va ?
Néha se redresse et caresse le chien, qui lui lèche les mains, puis le visage…
- Il a mangé au moins, ton animal ?
- Des céréales, mais il préfère les steaks hachés… Il n’y avait rien d’autre dans le frigo !
Dan soupire… Ce chien à peine arrivé, commence à prendre beaucoup de place, se dit-il.
- Bon ! Et comme tu es bien réveillée maintenant… tu ne veux pas aller lui montrer le jardin, avant qu’il choisisse définitivement notre paillasson pour faire ses besoins ?
Néha sourit, se lève sans se faire prier, et ruine au passage l’espoir de Roxanne de rester encore quelques précieuses minutes sous la couette, à l’odeur de chien mouillé !
- Il s’appelle Tifou… Pas : « ton animal ». Et c’est un chien, si t’avais pas encore reconnu !
Dan sourit et s’adresse au petit chien.
- Tifou ? Moi c’est Daniel… Sinon tu peux m’appeler Papa-Dan, ou Dan… Comme tu veux !
Néha rigole et part dans le jardin avec Tifou, en pyjama, manteau, et pieds nus ! Elle est rejointe deux minutes plus tard par Roxanne.
Dan s’essaie à préparer une cafetière de café. Florence arrive dans la cuisine, et surprend son père en l’enlaçant dès le réveil.
Dan – Florence
- Ça va ma chérie ? Mal dormie ?
- On va voir Aisha aujourd’hui ?
- Oui, sans doute, pour Néha déjà, c’est important…
- Le piano, on va le récupérer ?
- C’était celui de ta mère… Comme elle est partie… Sa place, le garage lui allait bien !
- J’irai jouer là-bas, alors !
- Florence, si tu veux te remettre au piano… On peut aussi aller le chercher. Ce sera le tien, plus celui de Maman…
- Tu fais comment toi, pour dire ce qui est là, et qui ne veux pas sortir ?
- Ah !… Je crois que c’est ce qui m’a poussé à écrire… Tu as une boule dans le ventre ?
- Nan… Dans le cœur. Le piano… Hier, il m’a parlé. Je ne sais pas expliquer.
Dan remarque les yeux humides de Florence.
- On va redemander la remorque des voisins, et on le ramène aujourd’hui. Ça te va ?
- Non… Finalement, il est mieux là-bas, s’ils veulent bien que je joue… C’est… intime ce que j’ai à lui raconter !
Néha et Roxanne débarquent dans la cuisine avec Tifou, les joues rosies après avoir couru et sans doute jouer ensemble. Tifou renifle partout, cherche sa place, et finit par s’installer devant un bol d’eau que Roxanne lui pose dans un coin.
Le petit déjeuner passé, Dan envoie un message à Aléïc pour le prévenir qu’ils passeront dans la matinée, prendre des nouvelles d’Aisha.
Au moment de partir, Tifou descend l’escalier avec un foulard enroulé rouge autour du cou en guise de collier, et Néha tient à la main un morceau de corde à linge, pour lui tenir de laisse…
Néha – Florence
- On peut y aller à pied ? Ça fera la promenade de Tifou…
- Tu lui as demandé son avis ? La rue il connaît, il n’a peut-être pas envie d’y retourner !…
Néha ouvre la porte, Tifou fait demi-tour et court se réfugier à l’étage. Néha revient deux minutes après avec lui dans les bras…
- Bon, ok pour la voiture !
- Ça, c’est un bon chien chien de garde. Tout de suite, on se sent en sécurité avec lui !
- C’est Tifou son nom !! Lui aussi, il a ses blessures… Et je vais les soigner, moi !
- Excuse moi Néha… Tifou est super mimi. Juste, on est là, nous aussi…
- Il a besoin d’une maman, lui aussi ! Comme tout le monde ici, d’ailleurs !
Florence ne répond pas. Assise devant, à coté de Dan dans la voiture, elle tourne la tête et préfère regarder le paysage défiler, plutôt que de répondre. Derrière, sur la banquette avec Néha et Tifou, Roxanne observe le visage de Florence, grâce au rétroviseur extérieur. Elle se mordille la lèvre inférieure.
Dan se gare dans la cour de Saint Camille. Avec un peu plus d’assurance que tout à l’heure, Tifou marche au milieu de Roxanne et Néha, au bout de sa corde à linge. Aléïc les accueille. Florence, lui fait la bise, suivi d’un rapide câlin. Roxanne observe la scène d’un œil suspicieux et détourne son regard.
Dan – Aléïc
- Salut Aléïc. Serge et Josh ne sont pas là ?
- Ils sont passés ce matin, tôt. Ils devraient revenir en début d’après-midi… C’est à qui ce nouveau venu ?
Néha dit rapidement bonjour à Aléïc, puis file directement présenter son nouveau compagnon à sa mère.
- Tifou ! Un égaré… Depuis qu’ils se sont rencontrés, Néha et lui, nous, on n’existe presque plus ! Sa mère a de la chance… Comment va-t-elle ce matin ?
- Elle a dormi. Elle est toujours sous perfusion et antidouleur. Elle m’a souri, mais elle ne parle pas encore, et ne bouge pas vraiment.
- Elle revient de loin… Il faut lui laisser le temps.
- Les fonctions cognitives peuvent mettre un moment à revenir. Et pour sa jambe… On attend !
- Courage… Et toi ? Tu tiens le coup ?
- Ça va, Néha est mon rayon de soleil…
- T’aimes les petits chiens, j’espère !
Néha et Tifou sont déjà au chevet d’Aisha. Dan et Aléïc marche dans le couloir vers la chambre. Roxanne et Florence les suivent à distance.
Roxanne – Florence
- Dis… Excuse-moi de te demander… Tu n’aurais pas un crush pour Aléïc, par hasard ?
Florence ne répond pas et regarde devant elle…
- Tu ne peux pas faire ça à Aisha… ni à Néha ?
Ils continuent quelques pas ensemble, puis Florence s’arrête, et regarde Roxanne d’un regard noir.
- Quand je t’ai découverte dans le lit de mon père, je croyais bien que tu couchais avec !
- Hey ça va… Je ne t’agresse pas… Pardon, pour ma curiosité, pardon !
- Roxi ?
- Oui ?
- Excuse !
Florence s’arrête au labo, et profite qu’il soit vide pour s’installer au piano. Pendant que tous sont avec Aisha, à tenter de solliciter son attention dans tous les sens, y compris et surtout avec Tifou, Florence laisse jouer ses mains sur le clavier.
Soudain, la porte du labo s’ouvre, puis se referme doucement. Florence se retourne, c’est Roxanne qui est venue tenter de découvrir ce qu’il ne tournait pas rond chez sa sœur.
Roxanne – Florence
- Tu y arriverais, à moi, de me parler ?
- Ché pas… En chanson… peut-être.
Roxanne s’approche par derrière, colle sa joue contre celle de Florence, puis lui murmure…
- Vas-y ma belle. Je ne suis pas là… mais je t’écoute quand même !
Florence entre deux accords commence à parler…
Cher journal intime,
Ça doit faire un siècle que je ne t’ai pas ouvert,
Tellement tu sens la poussière.
Suis relou tant pis, plus facile de parler de ça avec des rimes !
Puis elle s’arrête se retourne, cherche des yeux Roxanne… Et lui demande.
- Tu m’jures de garder ça rien que pour toi ?
- Promis juré, et je ne m’appelle pas Néha !…
- C’est… qu’une chanson !…
Florence, joue son intro. Puis, d’une voix fragile, commence à chanter…
En amour, moi j’te diffère.
Pour moi le genre, n’est pas la frontière.
J’ai mal mal mal à l’âme.
Tous les jours je me mens,
C’est bien là tout mon tourment.
Et tout ça nuit grave à ma vie de femme.
En amour, moi j’te diffère.
Pour moi le genre, n’est pas la frontière.
Il n’existe pas d’autre mot sur terre,
Tant pis je vais être grossière.
Je suis une gouinasse !
Ça y est, dans tes yeux, je n’suis plus de ta race…
En amour, moi j’te diffère.
Pour moi le genre, n’est pas la frontière.
J’aime les filles, comme les mecs.
Mais j’suis une fille, avec des seins à la place des pecs.
J’suis une fille, en vrai et dans ma tête.
Pour d’autre, je viens d’une autre planète.
En amour, moi j’te diffère.
Pour moi le genre, n’est pas la frontière.
Tu m’dis j’suis jolie, c’est tellement dommage.
Ça dépend pour qui, toi, tu n’mérites même pas ma rage.
Je suis normal, moi, parce-que je suis heureuse.
Ta violence ta haine, j’en n’suis pas envieuse.
En amour moi, j’te diffère.
Crois-moi, la race n’est pas la frontière.
Ma richesse, c’est la différence.
Vivre en paix c’est de l’intelligence.
Alors préfères tu encore le gris du ciel ?
Ou t’as encore peur des couleurs de l’Arc-en-ciel ?
En amour moi, j’te diffère.
La vie serait tellement plus belle, sans toutes ces frontières.
Roxanne, les larmes aux yeux, se précipite sans même la laisser finir de jouer. Elle l’enlace, longuement, en serrant aussi fort qu’elle peut.
- C’est super beau…
- Merci.